La fraude n’est vraiment pas celle qui est exploitée par le populisme

Les accusations en tous genres pèsent sur les personnes bénéficiant dans notre pays des aides institutionnelles. Illico quand sont abordés les allocations individuelles de solidarité surgit le fantôme de la fraude. Bien entendu elle serait l’apanage des étrangers qui coûterait un pognon de dingue au budget de l’Etat. Une rengaine qui permet à des personnes pourtant sensées, de se rallier aux slogans populistes de l’extrême-droite. Rien n’y fait : toutes les preuves n’effacent pas ces affirmations déformées, exagérées, exploitées. Un désastre démocratique qui, comme bien d’autres à comme seule cause une désinformation permanente.

En fait la « fraude  des pauvres » serait la pire, la plus ruineuse, la plus pénalisante pour les contribuables car elle concerne les dépenses et donc est parfaitement traçable. Par contre « celle des riches » qui ne versent pas leur contribution légale par de multiples moyens sophistiqués et engendre un manque de recettes n’enclenche pas de réactions violentes, haineuses de l’opinion actuellement dominante. Cette différence d’appréciation pèse sur la société. Le chômeur, la personne au RSA, le handicapé, le petit artisan, le migrant, la famille sans toit ni loi pour la protéger… sont stigmatisés, vilipendés et mêmes ostracisés quand le gestionnaire de puissantes entreprises, le détenteur de capitaux, le « profiteurs », le « bien sous tous rapports » échappent au jugement défavorable.

Si l’on s’intéresse par exemple à la fraude sociale réputée comme étant abyssale il est souvent omis de préciser que ce ne sont pas les prestations détournées qui plombent le budget de la Nation. Le détournement du RSA et des autres subsides officiels reposant sur des organisations sophistiqués et quasiment mafieuse atteignait  seulement « un milliard d’euros » en 2019 selon un rapport de la cour des Comptes. Somme qui ressemble à une bagatelle quand on la compare aux 7 à 8 milliards de manquements au versement pur et simple des cotisations sociales. La perte de recette liée au « travail au noir » dont sont essentiellement victimes les travailleurs étrangers se situe elle aux alentours de 5, 6 milliards.

Au total les parlementaires ont chiffré il y a un peu plus de 2 ans le préjudice global entre 13,5 et 45 milliards. Il concerne les secteurs de la construction (3,8 milliards d’euros, pour un taux de fraude de 22 %) le commerce (3,3 milliards d’euros, pour un taux de fraude de 12 %) et également les transports, les travaux saisonniers en agriculture, les services aux entreprises, le spectacle vivant et enregistré, l’hôtellerie, la restauration, le déménagement ainsi que les banques et assurances pour le recours aux stagiaires. Qui en parle ? Qui s’en émeut ? Qui souhaite renforcer le nombre des fonctionnaires chargés de contrôler ces abus gigantesques ? Un étrange silence ! 

Le milieu économique vient par ailleurs de profiter allégrement du « quoi qu’il en coûte « . Certaines entreprises, de l’aveu même de leurs dirigeants ont davantage gagné en étant fermées par la crise sanitaire qu’avec leur activité normale déclarée. Même avec des moyens humains très limité les services concernés auraient détecté plus de 170 millions de détournement. Des plaintes ont été déposées et dans quelques années Bercy n’aura probablement jamais récupéré ces sommes. Comme le veut une tradition bien établie ce montant est mise en perspective avec les 40 milliards des aides et parvenir ainsi à le minimiser. Pour les aides sociales ce n’est jamais le cas.

Au total, 74.000 versements sont considérés officiellement comme illicites, dont 8000 ont été détectés comme frauduleux. toutes les techniques ont été utilisées : faux chef d’entreprise se faisant passer pour un vrai patron, entreprises gonflant leur chiffre d’affaires de référence pour toucher plus d’aides, nombre de salariés imaginaire… Certains ont même répertorié leur entreprise dans une catégorie professionnelle à laquelle elle n’appartient pas, mais qui est mieux protégée par l’État : la restauration notamment. Mais là encore ils ne seront pas montrés du doigt, classés dans la catégorie des « voleurs de l’État ». Eux sont des citoyens « malins »! Ajoutons que l’on vinet de constater que plusieurs pharmaciens auraient détourné plus de trois millions de tests, payés par les fonds publics. L’un d’entre eux, mis en examen à Paris, aurait détourné 18 millions d’euros, en quelques mois. D’autres arriveraient mais dans des proportions moindre.

Il faut dans le même temps rappeler qu’en ce qui concerne le RSA, la prime d’activité, l’allocation logement, en 2020, les Caisses d’allocations familiales ont détecté 36 917 cas de fraudes pour un montant de 255,5 millions d’euros, soit 21 % de moins qu’en 2019. Ah ! J’oubliais que la fraude fiscale non évoquée ci-dessus oscille entre 80 et 100 milliards… Comme quoi plus les accusations sont fausses et outrancières et plus elles imprègnent les esprits.

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La société du présent est rongée par le renoncement à connaître le passé simple

Je suis vraiment claqué ce soir après 180 kilomètres aller-retour pour aller présenter mon autre vision de l’immigration. Un périple qui me laisse vide et ma tête sonne creux face à l’écran de cet ordinateur qui attend pourtant que je lui donne sa pitance textuelle quotidienne. La dixième rencontre mémoire a rassemblé une bonne trentaine de participants dont quelques amis de longue date. Une satisfaction puisque depuis que j’ai lancé cette initiative j’ai nettement dépassé les 500 personnes venues pour écouter une présentation de cette histoire des Italiens venus « bouffer le pain des Français ».

Ce qui me frappe c’est que bon nombre d’entre eux appartiennent à la troisième génération des Ritals intégrés dans notre pays. Lors de la sortie sur Andernos une psychologue s’est présentée en fin de réunion. Elle m’a indiqué qu’elle était spécialiste des relations interculturelles avec justement cette transmission des parcours de vie dans des contextes différents. « C’est un constante m’a-t-elle expliqué, celles et ceux qui ont eu une chemin tortueux, difficile voire épouvantable ont bien du mal à le raconter. Ils mettent parfois des mois ou de années à formuler ce qu’ils ont vécu. Ils se taisent. Ce n’es parfois que deux générations plus tard que par bribes ressort leur aventure. Les descendants se penchent de plus en plus sur ce que leurs aïeux ont traversé. » J’ai maintes fois constaté que cette analyse devenait prééminente dans ce monde où seul l’autrance, le surnaturel, l’extraordinaire captent l’attention. 

Pour Simone Veil qui a mis des décennies à raconter son passage dans les camps l’explication est ailleurs. « Aujourd’hui, on refait beaucoup l’Histoire. On essaye de comprendre pourquoi on n’a pas plus parlé. Je crois que ça vaut la peine d’essayer de comprendre pourquoi mais qu’il ne faut pas refaire l’histoire autrement qu’elle n’a été en disant que c’est parce que les déportés n’ont pas voulu en parler, parce que les déportés ont cherché l’oubli eux-mêmes. Ce n’est pas vrai du tout. Il suffit de voir le nombre de rencontres qu’ils ont entre eux. » explique cette grande dame qui ajoute  « Si nous n’avons pas parlé c’est parce que l’on n’a pas voulu nous entendre, pas voulu nous écouter. Parce que ce qui est insupportable, c’est de parler et de ne pas être entendu. C’est insupportable. Et c’est arrivé tellement souvent, à nous tous. Que, quand nous commençons à évoquer, que nous disons quelque chose, il y a immédiatement l’interruption. La phrase qui vient couper, qui vient parler d’autre chose. Parce que nous gênons. Profondément, nous gênons. »

J’ai parfois en contant le périple des migrants italiens haïs, chassés ou massacrés le même sentiment. J’emmerde car je casse des « certitudes » voulant que « maintenant ça ne soit pas comme avant, que la misère, la peur, la haine, l’exclusion ne sont plus les causes du départ de ces migrants que l’on voudrait ne jamais voir. Des regards se baissent. Des têtes se tournent. Des mains se croisent. Et des départs précipités démontrent que le propos a fait mouche.

Transmettre ses moments difficiles, ses faiblesses ou ses efforts met parfois en grande difficulté. Comment avouer que rien n’a été facile dans une société où tout doit venir sans effort ? Le risque de ne pas être cru paralyse. Les enfants notamment ont bien du mal à imaginer que le niveau atteint a nécessité résilience et combativité. Alors il faut absolument à un moment ou un autre se décider à raconter. La faiblesse essentielle de la période actuelle reste l’ignorance du passé réel. Pas celui des documentaires et des films mais celui qui appartient aux histoires individuelles conséquences des aléas de l’Histoire collective ou participant à celle-ci.

Il arrive que des langues se délient, que des confidences percent, que des yeux s’embuent. La récompense vient de ces multiples retours avec des gens qui prennent le temps de mettre dans un SMS, un mail ou mieux encore une lettre une part d’eux-mêmes. Toutes les semaines ce sont un ou deux témoignages qui arrivent. Le dernier m’a été adressé par un Allemand résidant en France. J’avais échangé avec lui et je lui avais demandé de me faire part de ses observation. « Etant d’origine allemande je partage l’attitude du Dr Helmut Klotz (1). Profondément choque et encore profondément humilié de ce que mon pays a fait… » m’écrit-il en toute confiance avec courage et sincérité.

Ces soirées me donnent une force particulière qui se renforce quand je vois le caractère épouvantable des conversations du quotidien. J’ai encore plus la rage de combattre. « Vous aurez réussi votre mission d’enseignant si dans une carrière vous avez réussi à éveiller une conscience ; » Ce principe inscrit au bas du buste d’un inspecteur général de l’Éducation nationale installé dans un couloir de l’École Normale Supérieure me rassure et l’inquiète. Il reste tellement de travail à accomplir. Ce soir je suis vidé mais j’ai quelques regards et bien des paroles dites à voix basse qui vont meubler ma nuit. 

(1) un personnage de mon roman « Les 9 vies d’Ezio »

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Acte III, scène 10 de « l’électeur imaginaire » comédie donnée en campagne

Les 400 ans de la naissance de Jean Baptiste Poquelin devenu Molière donne lieu à de multiples manifestations. Les exégèses les plus fines de son art de la comédie se succèdent. Les hypothèses d’une aide de Corneille pour construire et écrire les plus brillantes des œuvres du tapissier du Roi alimentent les débats. L’évocation de ses liaisons tumultueuses avec Madeleine permet de constater que les mœurs dans le milieu du spectacle n’ont guère évolué depuis quatre siècles. Mais comme en termes choisis toutes ces récits sont construits il n’y a pas matière à scandales.

Un seul regret pour bien des élèves d’antan : ne pas avoir compris car trop jeune que cette forme de théâtre constituait bien plus que des textes abstraits ou décalés mais des superbes partages de la constance des comportements sociaux. Le déclin de la culture, le rôle pervers des religions, le confinement hors de toute vie collective, la prééminence obsessionnelle de l’argent, les fourberies des faux amis, le goût de l’exotisme et tant d’autres sujets occupent une place de choix dans notre monde réputé évolué.

Je ne résiste donc pas à la tentation de vous délivrer pour ce docte anniversaire, ma vision de la scène 10 de l’acte 3 du Malade imaginaire que je me permets d’intituler « l’électeur imaginaire ». Bien évidemment toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est pas pure coïncidence. Dialogue entre Eric et Paul !

L’électeur imaginaire : Acte III Scène 10

Deux personnages : Eric, en médecin, Paul en citoyen normal

Eric : Monsieur, je vous demande pardon de tout mon cœur.

Paul : Cela est admirable !

Eric :Vous ne trouverez pas mauvaise, s’il vous plaît, la curiosité que j’ai eue de voir un illustre malade comme vous êtes, et votre réputation qui s’étend partout, peut excuser la liberté que j’ai prise.

Paul : Monsieur, je suis votre électeur.

Eric : Je vois, Monsieur, que vous me regardez fixement. Depuis quand croyez-vous que j’exerce ?

Paul : Je crois que tout au plus depuis vingt-six, ou vingt-sept mois.

Eric : Ah, ah, ah, ah, ah ! Depuis quatre-vingt-dix ans.

Paul : Quatre-vingt-dix ans ?

Eric : Oui. Vous voyez un effet des secrets de mon art, de me conserver ainsi frais et vigoureux pour reprendre des idées que vous pensiez oubliées.

Paul : Par ma foi voilà un beau jeune vieillard pour quatre-vingt-dix ans.

Eric : Je suis politicien passager, qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume. Je veux des maladies sociales d’importance, de bonnes fièvres des consciences, de superbes pestes brunes, de bonnes pleurésies déraisonnables, avec des inflammations collectives, c’est là que je me plais, c’est là que je triomphe ; et je voudrais, Monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire.

Paul : Je vous suis obligé, Monsieur, des bontés que vous avez pour moi.

Eric : Donnez-moi le pouls de vos opinions. Allons donc, que l’on batte comme il faut. Ahy, je vous ferai bien aller comme vous devez. Hoy, ce pouls-là fait l’impertinent ; je vois bien que vous ne me connaissez pas encore. Qui est votre favori ?

Paul : Monsieur Macron.

Eric.- Cet homme-là n’est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins. De quoi, dit-il, que le pays est malade ?

Paul.- Il dit que c’est du manque de profit, et d’autres disent que c’est des services publics.

Eric.- Ce sont tous des ignorants, c’est de l’immigration que le pays est malade.

Paul.- De l’immigration ?

Eric.- Oui. Que sentez-vous ?

Paul.- Je sens de temps en temps devant ma télé des peurs et des angoisses.

Eric.- Justement, l’immigration.

Paul.- Il me semble parfois que l’on met un voile devant les yeux des femmes.

Eric.- L’immigration.

Paul.- J’ai quelquefois des maux de cœur en voyant passer un étranger devant ma maison.

Eric.- L’immigration.

Paul.- Je sens parfois des lassitudes chez tous les membres de ma famille.

Eric.- L’immigration.

Paul- Et quelquefois il me prend la peur au le ventre, comme si c’était des coliques.

Eric.- L’immigration. Vous manquez d’appétit pour la solidarité ou la fraternité ?

Paul.- Oui, Monsieur.

Eric.- L’immigration. Vous aimez entendre que l’on laisse la mer à boire aux malheureux qui cherchent l’espoir surtout s’ils sont musulmans ?

Paul.- Oui, Monsieur.

Eric.- L’immigration. Il vous prend un petit sommeil après un bon repas, et vous êtes bien aise de dormir sur vos deux oreilles en pensant que l’on va les rejeter à l’eau ?

Paul.- Oui, Monsieur.

Eric.- L’immigration, l’immigration, vous dis-je. Que vous ordonne votre conscience pour votre avenir ?

Paul.- Elle m’ordonne parfois du partage.

Eric.- Ignorant.

Paul.- De la mansuétude pour les femmes et les enfants.

Eric.- Ignorant.

Paul.- Du respect pour les droits de l’Homme.

Eric- Ignorant.

Paul.- De la raison face aux outrances.

Eric.- Ignorant.

Paul.- Des idées objectives.

Eric.- Ignorant.

Paul.- Et le soir des émissions télé intelligentes pour oublier ma haine intériorisée.

Eric.- Ignorant.

Paul.- Et surtout de refuser les croyances de toutes sortes.

Eric.- Ignorantus, ignoranta, ignorantum. Il faut boire les croyances jusqu’à la lie, et pour épaissir encore plus vos certitudes qui sont déjà solides, il faut avaler de bon gros slogans, de bonnes grosses contre-vérités , de bonnes images de Calais, du brutal et du néo-nazi, et des marrons de manifestations, pour coller et conglutiner votre vote. Votre politicine est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main, et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville.

Paul.- Vous m’obligez beaucoup.

Eric – Que diantre faites-vous de ce bras gauche là ?

Paul.- Comment ?

Eric.- Voilà un bras que je me ferais couper tout à l’heure, si j’étais que de vous.

Paul.- Et pourquoi ?

Eric.- Ne voyez-vous pas qu’il tire à soi toute la nourriture, et qu’il empêche ce côté-là de droite de profiter de la concurrence libre et non faussée ?

Paul.- Oui, mais j’ai besoin de mon bras.

Eric.– Vous avez là aussi un œil gauche que je me ferais crever, si j’étais en votre place.

Paul.- Crever un œil ?

Eric.- Ne voyez-vous pas qu’il incommode l’autre, et lui dérobe sa nourriture ? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt, vous en verrez plus clair seulement de l’œil droit.

Paul.- Cela n’est pas pressé.

Eric.- Adieu. Je suis fâché de vous quitter si tôt, mais il faut que je me trouve à une grande manifestation qui se doit faire, pour une République qui mourut hier.

Paul.- Pour une République qui mourut hier ?

Eric.- Oui, pour aviser, et voir ce qu’il aurait fallu lui faire pour la guérir. Jusqu’au revoir.

Paul.- Vous savez que les malades ne reconduisent point…. ils restent au chaud chez eux pour éviter d’attraper le virus du doute… (…)

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Le coût de la baguette n’a rien de magique

La caricature de la France se résume parfois à un triptyque que les dessinateurs humoristiques croquent avec délectation. Elle repose sur la présence sous les bras du porteur d’un béret d’une ou plusieurs baguettes de pain avec dans l’autre main une bouteille supposée contenir du vin. Le passage chez le boulanger constitue en effet une spécialité hexagonale que parfois le reste du monde nous envie. Cette production artisanale récente symbolise un savoir-faire particulier donnant un goût particulier aux bons moments de la vie et notamment au petit-déjeuner. Nous consommons  environ 30 millions de baguettes par jour

Pesant aux alentours de 250 grammes elle a une forme allongée caractéristique mais surtout elle possède des atouts gustatifs nécessitant un soin particulier dans sa fabrication. Ainsi la mie devra toujours être moelleuse, non croustillante sous une croûte cuite à point c’est à dire sans excès de température. L’un des secrets de confection réside justement dans le réglage du four. L’extérieur doit être foncé, doré et rester croustillant sans être dur. Vous repérerez une authentique baguette assez aisément. Il vous suffit de pincer la mie entre deux doigts. Si elle reprend sa forme initiale c’est qu’elle a été confectionnée avec une farine possédant une taux élevé de protéines (13 g environ pour 100g). La baguette bien cuite croustille sous la dent mais ne blesse pas les gencives. Elle n’agresse pas mais résiste.

Les qualités gustatives ne constituent pas un signe d’authenticité puisque dans bien des boulangeries industrielles ou semi-industrielles des additifs sont incorporés pour améliorer une matière première de mauvaise qualité (8 g de protéines). Les pâtes congelées sont donc « assaisonnées » pour créer une accoutumance particulière qui va conquérir le consommateur. Trois adjuvants sont en effet autorisés : 2 % de farine de fèves, 0,5 % de farine de soja, 0,3 % de farine de malt de blé (ces pourcentages représentent les proportions maximales autorisées) ainsi que l’utilisation de gluten et d’amylases fongiques

. La différence entre l’artisanal quotidien et le « tout prêt à cuire » ne repose pourtant pas exclusivement sur les ingrédients de base. L’odeur constitue par exemple un atout considérable pour les accros de ce type de pain. C’est souvent un vrai critère lorsque l’on entre dans une boulangerie. L’odorat permet d’apprécier la fraîcheur de la cuisson et surtout de déguster le pain avant même de le trancher. respirez le pain… et vous verrez c’est la clé de la qualité. 

Pour ma part je n’ai jamais connu dans mon enfance ces baguettes tant distribuées actuellement. La voiture du boulanger qui s’arrêtait au cours de la tournée quotidienne, nous délivrait des « sept cents » ou des « miches de quatre » mais nous ignorions tout de ce qui était considéré comme un produit de la ville et de luxe. Les quantités primaient sur la qualité bien que cette dernière appartienne au travail du boulanger. Durant les deux première décennies de mon existence  des injonctions revenaient sans cesse autour de la table : « mange ton pain ! » ou «  finis d’abord ton pain tu te resserviras après ». Une baguette n’aurait parfois pas suffi pour le « quatre heures ».

De larges et épaisses tartines couvertes de beure ou de crème de lait et saupoudrées de chocolat en poudre comblaient la dépense d’énergie de la journée. Une frottée à l’ail avec un soupçon d’huile agrémentait aussi des tranches de plus petite taille. Le pain appartenait au quotidien. Il était indispensable. Un jour sans pain était un jour triste. « Trempé » dans la soupe pour constituer un dîner; prétendu « perdu » (mais pas pour les gourmands) après être passé dans une poêle ; en « mouillettes » beurrées dans un œuf venu tout droit du poulailler ; bardé d’une belle épaisseur de rillettes ou de pâté maison : que du plaisir et de l’envie. Il ne serait venu à l’idée de personne de se restreindre.

J’ai toujours conservé en mémoire ce conseil que nous avait donné le directeur de l’école normale en cours de morale professionnelle. « Vous rencontrerez des enfants qui ne mangent pas à leur faim (c’était il y a 56 ans et tout le monde sait ce qu’il en est actuellement…) vous pouvez le savoir facilement. En surveillant la cantine (et oui ça a existé!) vous observerez les quantités de tartines stockées… C’est instinctif : ils compensent leur faim par des provisions de ce pain qu’il n’ont pas ! » J’ai souvent pensé à cette approche qui reste toujours valable dans le self-service des restaurants scolaires.

La tempête déclenchée par la volonté du « maréchal » des grandes surfaces de vente en pleine période de négociation avec les producteurs relève donc de la provocation. En abaissant le prix de la baguette et en le déconnectant des modalités de fabrication il a mis à mal une filière qualitative ne reposant que sur une culture gustative en perdition. En plus comme chaque Français ne consomme plus que 120 g de pain par jour, soit trois fois moins que en 1950, l’attaque est hautement symbolique. A chacun son gagne pain.

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La hausse fulgurante de la contamination positive des plus fortunés

Lorsqu’avec un peu de recul seront publiées les analyses des deux années de crise sanitaire il est certain que le bilan en sera pour le moins contrasté. Il y aura eu, et il est aisé de pratiquer ce bilan, des déclarations toutes plus contradictoires les unes que les autres avec des formules chocs démenties sans aucune vergogne quelques semaines plus tard. Il serait malhonnête de prétendre que la gestion de la pandémie pouvait être aisée et linéaire mais un constat s’impose : elle fut souvent improvisée et surtout éminemment politicienne.

Toutes les adaptations jouaient sur le principe voulant selon Joël de Rosnay que «  La gouvernance par la peur est le moyen de souder les gens : gouverner par la peur, c’est le moyen de ressouder les gens en leur offrant la sécurité. » Il semble que l’objectif avec des moments sinusoïdaux ait été atteint. On ne le saura vraiment qu’au moment du départ en vacances estivales avec le résultat des élections nationales. Le niveau de l’abstention risque d’être historique et comme les historiens le constatent après chaque période difficile, les électrices et les électeurs soutiendront celles et ceux qui incarnent l’ordre et la sécurité.

Pourtant durant la même période la fracture sociale se sera considérablement élargie et la France est devenue un pays où les inégalités économiques, sociétales, culturelles, éducatives et sanitaires se sont accrues. Bien évidemment alors que la liberté vacille, que la fraternité est totalement oubliée et que l’égalité n’est plus qu’une idée oubliée il faudra de longues années pour une éventuelle réparation des dégâts. Pour la situation financière, le ministre concernée évoque « une décennie minimum ». Pour la partie liée au virus il n’est même plus question d’une fin prévisible mais d’une « obligation de vivre avec… » et pour le reste il n’y aura que des lambeaux qui auront bien du mal à tenir face aux changements d’habitude. Le doute s’installe chaque jour davantage.

Comme plus personne ne souhaite se remettre en question et admettre que ses « croyances » n’ont aucun fondement objectif, la récente publication de l’ONG Oxfam (1) tombera dans des oreilles des sourds à toute raison. Imaginons un instant qu’il y a une quarantaine d’années on ait appris qu’en France, que les milliardaires se sont largement enrichis et de manière « historique » durant 19 mois au pire moment de la crise sanitaire. D’après l’observatoire « de mars 2020 à octobre 2021, les richesses des grandes fortunes françaises ont bondi de 86%, soit un gain de 236 milliards d’euros. À titre de comparaison, elles avaient augmenté de 231 milliards d’euros en 10 ans, entre 2009 et 2019. » Des chiffres hallucinants qui ne provoqueront aucun débat puisque les échanges sur le « capitalisme » ou « le profit » sont considérés comme obsolètes.

Si on se concentre sur les cinq premières fortunes du pays, « elles ont doublé leur richesse depuis le début de la pandémie : elles ont gagné 173 milliards d’euros. C’est près de ce que l’Etat a dépensé pour faire face au Covid-19 en un an. » Oxfam annonce que ces cinq milliardaires possèdent désormais autant que les 40% les plus pauvres en France. Bernard Arnault, PDG du groupe de luxe LVMH, a vu par exemple sa fortune passer de 67 milliards d’euros en mars 2020 à… 163 milliards, en octobre dernier. Le fameux « quoi qu’il en coûte… » n’a pas fait que protéger les PME, mes restaurants, les bars, les artisans ou certains commerçants mais a été une manne pour les plus nantis.

Trois facteurs ont provoqué cet enrichissement fulgurant : le flux d’argent public qui a plus que largement compensé leurs pertes non analysées et non vérifiées ; les prêts consentis à des taux ridicules par les banques centrales qui ont déversé des milliards dont n’ont bénéficié que ceux qui ont su les capter pour les placer ailleurs sur les marchés financiers ; la montée record du niveau des actions dont ils sont détenteurs.

Dans le même temps  la crise a renforcé la pauvreté chez celles et ceux qui étaient déjà en difficulté avant la pandémie. Ainsi sept millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire pour vivre, soit 10% de la population française (2), et quatre millions de personnes supplémentaires sont en situation de vulnérabilité à cause de la crise. Là encore il n’y aura pas de réactions indignées puisque les analyses prouvent que les abstentionnistes figurent dans leurs rangs et qu’une majorité d’entre eux votent désormais pour l’extrême-droite qui leur donne en pâture les responsables de leur situation : les migrants ! Ceux qui détiennent et tirent les ficelles du pouvoir réel ont les moyens d’échapper à la vindicte populaire et plus encore à un échec électoral.

(1) Le communiqué diffusé par Oxfam est édifiant 

(2) Chiffres du secours ctaholique

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Le ballet matinal des rouges-gorges de la piste

A-t-on perdu la notion même des saisons ? La piste dite cyclable Lapébie au moment où blanchit la campagne ne semble guère se préoccuper de la présence de ces signes hivernaux en étirant sous les rayons timides son ruban noir déserté par les promeneurs en tous genres. Certes l’hermine d’une gelée parfois présentée comme exceptionnelle, lui confère une prestance inhabituelle mais elle ne grelotte guère et paraît étonnée de ce qui l’entoure . Elle a emmagasiné au cours du reste de l’année suffisamment de chaleur pour ne pas ressentir un léger coup de froid. L’hiver ne change rien à son statut d’espace de vie.

Sa sombre nudité préservée de la couche de laque blanche passée sur le paysage tranche avec l’engourdissement général. Elle attend sans crainte ses amis du dimanche. Or il n’y a pas le moindre promeneur qui vaille ou pas un pneu à se mettre sur l’enrobé. Le calme plat. Si le grand silence blanc est un luxe très rare, elle s’offre en attendant une pause décorative éphémère et fragile. La piste respire la sérénité. Enfin presque.

Quelques merles ayant mal dormi dans la froidure s’énervent en mettant le bec dehors. La queue en l’air ils s’échauffent et lâchent quelques tirades colériques contre ce petit matin frisquet. Leurs querelles prennent une importance particulière et dépassent le cadre du voisinage. Réfugiés pour un petit-déjeuner des baies glacées restant disponibles dans les houppelandes de lierre tombant d’arbres fatigués, ils s’enfuient en criant leur désapprobation. Il n’y a que les geais pour rivaliser avec eux dans le niveau sonore et donner l’alerte.

Ces criailleries n’affolent pas les habitués qui sont davantage inquiets par l’absence de pitance en cette matinée givrée. Les passereaux constituent en effet le petit peuple laborieux de la piste. Quelques-uns d’entre eux n’ont pas l’habitude ni les moyens de s’offrir un hiver au soleil. Le réchauffement climatique n’est donc pas fait pour leur déplaire. La nuit a été longue pour eux. Faute de dénicher ces quelques fourmis dont ils rêvent ils les ont dans les pattes. Alors ils sortent de leurs abris de fortune où le froid les a saisis.

Les rouges-gorges appartiennent aux familiers de la piste. Dès qu’un rai de soleil frappe à travers les futaies dénudées, le revêtement de leur « table » quotidienne ces convives très frugaux viennent chercher leur pitance. Les feuilles mortes raidies par le gel deviennent impossibles à déplacer. Les graines sont engoncées dans une gangue verglacée. Il ne reste plus que ces minuscules parcelles de nourriture nichées entre les cailloux. Les petites boules de plumes sautillent comme si la fraîcheur du sol leur brûlait les pattes. Une danse solitaire qui s’interrompt à l’arrivée d’un intrus dérangeant. Toujours en alerte, cet hôte des sous-bois reste le plus beau des compagnons de l’hiver. Ils offrent un ballet qu’il faut savoir observer. 

Profitant de leur légèreté exceptionnelle les rouges-gorges s’éclipsent au dernier moment vers les buissons d’où ils observent ces étranges créatures en lutte contre le temps qui marchent, courent ou roulent emmitouflées jusque par-dessus les oreilles. Ils se faufilent dans les ronciers ou les buissons n’abandonnant jamais l’idée de revenir sur leur territoire. Leur nature peu farouche et leur plumage attractif l’ont rendu populaire chez des générations de jardiniers alors qu’il semble beaucoup plus méfiant dans la nature non aménagée.

En cette matinée un peu rude, ils manifestent pourtant une familiarité plus grande. Ce n’est pas de la reconnaissance mais simplement le signe que son métabolisme, le manque de nourriture dû au froid, les rendent plus vulnérable et donc moins vifs et moins méfiants. Pour l’observateur attentif on suppose vite que ces poids plumes défendent leur territoire puisque d’un matin à l’autre on les retrouve aux même endroits en toute saison. Selon les ornithologues c’est pour eux une question de vie ou de mort. Casanier par manque de force ils luttent en permanence pour leur survie. 

Son petit plastron plus ou moins rouge, signe de son envie de combattre, appartient à notre quotidien. Modeste, humble, incapable de coups d’éclats ou de comportements susceptibles de passionner les documentaristes, le rouge-gorge me paraît ce matin un vrai trésor. La piste l’aime. J’en suis certain. Elle lui offre l’hospitalité pour le protéger des morsures de l’hiver causant la perte d’un compagnon tellement familier qu’on ne le remarque plus. 

Ce matin je pense en observant ses congénères à celui qui vient parfois faire un petit tour et puis s’en va dans le patio de ma maison. J’aimerai tant qu’il devienne mon ami et qu’il me fasse confiance. Dans le fond l’hiver pourrait m’y aider. En attendant je reviendrai me régaler du ballet des gorges rouges sur la scène blanche et noire de la piste.

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L’éclairage sur la situation d’EDF relève l’ombre de l’ultra-libéralisme

Le système libéral a ceci de particulier c’est qu’il ne l’est jamais. Une formule célèbre veut en effet que dans toutes les situations de crise on « privatise les bénéfices et on nationalise les pertes ». Dans toutes les circonstances ne leur permettant pas de trouver des bénéfices suffisants les tenants de ce qu’ils proclament être leur liberté d’entreprendre ou d’agir se tournent la puissance publique. Durant des décennies la propagande a consisté par exemple à vilipender la gestion des entreprises publiques et donc de les privatiser afin qu’elles gagnent en autonomie et donc en rentabilité. Au cours de ces derniers mois on voit où les idéologues de l’ultra-libéralisme ont conduit les pays où ils agissent.

Le plus souvent grâce au pouvoir dont ils disposent par la possession des supports médiatiques qui constituent désormais le bras armé de leurs « politiques » ils imposent une vision des bienfaits de leurs principes. Une croissance reposant sur les mamelles de leurs structures : la surconsommation et le crédit ; une course effrénée à l’exploitation des richesses naturelles planétaires convertibles en profits ; une utilisation constante des procédés déshumanisés que plus personne n’ose plus appeler l’exploitation de l’homme par l’homme ; un mépris absolu des valeurs autre que celle de l’argent roi : le système refuse tout regard citoyen sur des pratiques honteuses.

Leur credo quasiment religieux veut que le politique ne soit qu’au service de l’économie et sûrement pas l’inverse. Il faut donc que l’État favorise le développement de ce monde du profit creusant des inégalités vertigineuses et vienne à son secours lorsqu’il a commis des erreurs colossales mettant en péril des les équilibres des châteaux des cartes bancaires.

En fait le « quoi qu’il en coûte » ayant conduit à une monumental endettement français ayant rangé toutes les entreprises sur le même plan face aux mesures sanitaires correspond parfaitement aux abus du libéralisme. C’est l’Etat c’est à dire l’ensemble des citoyens qui devra d’une manière ou d’une autre absorber sur une décennie ou plus, les conséquences du sauvetage des bénéfices des actionnaires.

Dans le secteur de l’énergie la situation révèle ce paradoxe avec la situation d’EDF. Parcellisée, démantelée, pressurée, contrainte de soutenir ses propres concurrents elle se retrouve dans la tourmente si elle applique la logique libérale ayant fondé sa « disparition ». Soumise à la loi du marché elle doit répercuter sur les tarifs pratiquées vers tous les utilisateurs les augmentations fulgurantes et démentielles imposées par les fournisseurs d’énergie fossile.

Ainsi deux mauvaises nouvelles sont venues altérer l’avenir d’EDF déjà très chargé en lourds nuages financiers (catastrophe de l’EPR, poids du nucléaire contesté et vieillissant). Alors qu’à la pompe à essence il n’y a aucune contrainte l’État (84 %), qui est parvenu à imposer une augmentation d’électricité à bas prix à ses concurrents dans les prochaines semaines !

C’est le contraire de toute la logique libéral qui prône la régulation par le marché des prix. Elle devra écouler 20 % d’électricité en plus à prix cassé pour ses rivaux qui tentent par tous les moyens d’augmenter leur clientèle avec des contrats affichant des tarifs réputés attractifs. Les entreprises comme Total dont les bénéfices n’ont jamais été aussi élevés ne saurait supporter une situation qu’elles ont parfois créées ou entretenues.

Les pertes éventuelles seront affectées sur le budget EDF mais les profits seront digérés par les multinationales qui ont demandé et obtenu sa dislocation. L’impact est colossal puisque estimé sur les comptes de 2022, entre 7,7 milliards et 8,4 milliards d’euros de perte sur l’excédent brut d’exploitation.

Bien évidemment le monde du profit a vite réagi. L’action a perdu 23,85% à la Bourse de Paris. Une gamelle accentuée par le fait qu’en cette période pré-électorale que le ministre du quoi qu’il en coûte a vite précisée qu’il n’y aurait pas de rattrapage des tarifs en 2023 ! En attendant il fanfaronne puisque grâce à son action la hausse ne sera que de 4 % en 2022 quand le SMIG a progressé de 0,9 % et les intérêts des comptes épargne de 0,5 % . Mais bien entendu les sujets essentiels demeurent les migrants qui viennent bouffer la baguette à 0,29 € de Leclerc ou le nombre de tests que doivent effectuer les enfants pour retourner en classe ou s’ils seront astreints à porter une blouse.

L’ultra-libéralisme va d’échec en échec, détruisant notre bien commun qu’est la planète terre, asservissant des millions de consommateurs avides de superflu, favorisant la référence de l’argent pour mesurer la réussite, détruisant les valeurs essentielles que devraient être la solidarité, l’égalité, l’empathie et la raison. Pour avoir renoncé à le dénoncer les forces susceptibles de représenter une autre vision de la société portent une grande responsabilité vis à vis de l’avenir. Oui je sais je suis un vieux con ! Mais j’aurai essayé de vous mettre au courant.

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Les méfaits de l’ère « primaires » sont irrémédiables

La mode des primaires revient sans cesse dans le système médiatico-politique. Copies de cette méthode américaine pour désigner les candidat.e.s aux présidentielles inévitablement conduits à s’affronter elles n’ont absolument pas le même sens en France. Si l’on se fie aux annonces multiples et plus ou moins avariées qui se succèdent ont finira par avoir trois ou quatre prétendant.e.s déclarées à gauche pour ce que l’on pense être l’onction populaire. Pourtant jusqu’à présent aucun des désigné.e.s par ce système n’a gagné l’élection. Bien au contraire. Il est cuit !

Depuis plus d’un demi-siècle et le choix d’élire le « Roi de la République » au suffrage universel nous vivons sur un mythe démocratique voulant que l’élection présidentielle serait « la rencontre d’un homme (nul n’envisageait alors qu’il puisse s’agir d’une femme) et d’un peuple ». En fait les partis laissent accroire qu’un choix préalable est un facteur accru de réussite alors qu’aucun des Présidents élus a eu recours à c qui constitue un handicap plus qu’une force.

Dans la France parcellisée par le système permettant aux leaders de survivre (une centaine de sièges ne changent jamais de camp) toutes les péripéties électorales, l’organisation de primaires constituent en effet un leurre. Le temps passé par les particpant.e.s à cette improbable course à une désignation constitue un premier handicap. Il faut y ajouter que le débat (ou le pugilat selon les partis) accentue les fissures dans le camp des tenants des mêmes valeurs. Les traces sont indélébiles et fragilisent considérablement la crédibilité de l’heureux.euse élu.e.

Le combat de ce préambule a démontré au moins à gauche que comme à droite il déchaînait les coups bas et plus encore les trahisons ultérieures. Benoït Hamon largement vainqueur ne s’est jamais remis de la défiance des caciques de son propre parti. Ce qui avait fait sa force (58,69 % des voix) devint rapidement une faiblesse catastrophique. Le 29 janvier 2017, à l’issue du second tour de la primaire auquel avaient participé plus de 2 millions d’électeurs, il l’avait emporté face à Manuel Valls et était devenu le candidat officiel du Parti socialiste et de ses alliés pour l’élection présidentielle française de 2017. Alors que tous les candidats s’étaient engagés à soutenir le vainqueur de la primaire, quel qu’il soit, deux d’entre-eux, François de Rugy et Manuel Valls, annoncent après la victoire de Benoît Hamon soutenir Emmanuel Macron.

Le ralliement de Jadot candidat groupusculaire dans les sondages (2%) coûta 400 000 € de remboursement de la pré-campagne verte ne lui apporta rien. Aucun lien entre le résultat du match d’entraînement et celui de la compétition. On est reparti pour un scénario pouvant être pire ! Il en fut de même à droite où le 27 novembre 2016, à l’issue du second tour auquel participent plus de 4,4 millions d’électeurs, François Fillon est reconnu vainqueur (66%) face à Alain Juppé (33 %) et devient le candidat de la droite et du centre pour l’élection présidentielle française de 2017. Là encore on a vite vu que les rancœurs du premier acte serviraient le camp du duo (Macron-Le Pen) poursuivant sa route vers les premiers rôles. Il restera toujours un doute sur l’origine de la fuite ayant dézingué « Ulysse et Pénélope » mais chut ça n’a rien à voir avec la déception des participants à l’empoignade de l’ère primaire.

Bien évidemment, dans le contexte actuel de balkanisation des deux camps traditionnels, parmi les grenouilles de toutes les couleurs se voyant déjà comme le bœuf de leur camp certaines souhaitent simplement se positionner dans le champ médiatique. La participation à ce cirque permet en effet de renforcer sa notoriété personnelle et quel qu’en soit le résultat de choisir, lors du ralliement au second tour, un.e ami;e qui ne vous voudra ensuite que du bien. La profusion des vocations élyséennes rend ce processus extrêmement suspect.

Il est donc normal que les plus « populaires » refusent de se positionner en attendant que le puzzle actuel se disperse et s’épuise dans des guerres intestines…primaires. Un trio (Macron, Le Pen, Mélenchon) ne bougera pas d’un iota et le quatrième ( Zemmour) attendra patiemment que le résultat de cet échauffement aux gnons politiciens tant il y aura de morts et de blessés au bord du chemin après l’échauffement éventuel des esprits.

L’ère primaire esy bel et bien la plus inutile de toutes. Elle ne sert qu’à gonfler un ego et à générer des rancœurs fatales. Mieux elle gèle les initiatives et fait oublier que ce n’est jamais pour des noms que l’on vote mais pour des valeurs et un programme. Cette course à l’échalote inutile conduira la gauche au ridicule avec une participation squelettique et un résultat inutile.

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Prétendre échapper aux surveillances de tous ordres relève de l’illusion

Il est vain de penser que nous pouvons dans la société actuelle échapper aux contrôles en tous genres. Même si nous n’avons aucune raison personnelle de craindre un suivi personnel il existe et c’est déjà une menace. Toute utilisation d’internet, des réseaux sociaux, de tous les moyens de paiement, des téléphones mobiles, tout achat, tout cheminement sur l’espace public, tout trajet en automobile comportent un risque de violation de notre vie privée. Il n’y a aucune arrière-pensée complotiste dans ce constat mais une simple évocation de la réalité. 

En effet sans tomber dans le délire de Big Brother il faut admettre qu’à tout moment il est possible à des personnes légalement mandatées et même malheureusement à des structures beaucoup plus discrètes de prendre le contrôle d’une vie de consommateur. Bien évidemment toutes les garanties sont fournies par les instigateurs de ces processus de participation à la société de consommation. Or aucune garantie n’est réelle puisque chaque avancée dite de protection est contournée par des techniciens capables de détecter des failles inévitables dans les systèmes réputés inviolables.

La méfiance est partout. La crainte envahit à tout instant. Taper sur un mail prend des allures de mis en danger. Tendre sa carte bleue, dorée ou d’une autre couleur devient une préoccupant. Payer un passage sur l’autoroute constitue une possibilité de traçage dangereuse. Tous les gestes du quotidien un tant soit peu numérisés engendrent une forme d’angoisse. Il faut sans cesse être sur ses gardes. « Si vous voulez que l’on ne sache pas ce que vous avez écrit ou effectué il vous faut changer d’ordinateur tous les ans et détruire votre disque dur à coups de marteau. » m’a conseillé un avocat de mes amis.

J’ai à cet égard en mémoire un cambriolage assez particulier ayant touché le domicile d’une parlementaire d’une probité absolue au cours duquel le code de son ordinateur personnel avait été forcé et une copie de ce que contenait le matériel avait été effectuée… sans bien entendu que l’enquête débouche sur une découverte des coupables. Les opérations de ce type s’étaient multipliées dans les années précedentes sans affoler les autorités compétentes. 

Cette situation de plus en plus prégnante alimente les suspicions et plus encore le sentiment d’insécurité provoqué par des faits touchant les actes de chaque jour. La notion de manipulation considérée comme abracadabrantesque prend chaque jour des contours plus précis. C’est un argument des réfractaires au passe sanitaire ou vaccinal qui ne doit pas être balayé d’un revers de main ? D’autant qu’arrive de chez nos voisins allemands une utilisation de ce traçage anti-Covid qui alimentera un débat en cours.

L’entreprise allemande Culture4life, utilise une application dite Luca-App qui collecte les données personnelles comme le réalise chez nous TousAntiCovid. Or à la suite d’ un accident mortel à la sortie d’un restaurant de Mayence le 29 novembre dernier on a appris que la police locale avait récupéré une série de coordonnées de personnes pouvant servir de témoins grâce à la déclaration d’un faux cas de Covid.

Pour mener son enquête, les enquêteurs et le parquet ont sollicité un service de santé, qui a accepté de prétendre qu’un cas d’infection avait été détecté pour donner l’accès aux données aux enquêteurs. La géolocalisation a fonctionné à plein régime. Le pire c’est que d’après l’entreprise les demandes de ce type sont régulières mais n’ont jamais été suivies d’effets. Les failles de sécurité, le mode de stockage des données sensibles sans protection efficace ainsi que les services de santé mécontents par cette utilisation abusive de la maladie ont provoqué un scandale Outre-Rhin.

Alors que l’Allemagne a une cadre législatif beaucoup plus protecteur que le nôtre cet événement a tout lieu d’inquiéter. Luca-App avait été très critiquée parce que les données collectées – noms, adresses, numéros de téléphone – étaient stockées sur ses propres serveurs. Elles sont réputées cryptées, mais il suffit que les autorités sanitaires et le propriétaire de l’établissement – bar, musée, théâtre, etc. – concerné par des cas de Covid-19 utilisent la clé de déchiffrement pour donner l’accès en clair aux données sur les clients du lieu. En plus la vitesse de propagation de « Haut Micron » rend le traçage très difficile et même impossible.

On attend de savoir ce qu’il en est pour notre système… mais aucune illusion : notre application est infiniment supérieure. Cette démarche renforce cependant le doute, la défiance et donne raison à des déclarations jugées par les thuriféraires du pouvoir en place comme outrancières et purement politiciennes. Doit-on rappeler les propos de Nietzsche : « Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont.»

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