Le statut de la liberté des femmes décapité aux USA

Il faudra de plus en plus considérer qu’il existe les « Etats-Désunis » d’Amérique et les étoiles du drapeau filent directement vers un retour dans la période sombre traversée avec des formes de sécession conservatrice revenant au siècle dernier. Plus que jamais la pression religieuse extrémiste sur ce que l’on ne peut plus considérer comme le pays le plus puissant du monde devient prédominante. Doit-on encore considérer que la statue de la liberté a encore sa place dans la rade de New-York après une nouvelle décision de la Cour Suprême des USA déniant le droit essentiel des femmes à disposer de leur corps ? Elle avait déjà cette semaine continué a légalisé le droit de porter des armes létales de toute nature dans le quotidien et partout ?

En fait cette instance strictement politicienne découlant de son noyautage par les extrémistes de toutes sortes constitue non seulement un défi à la liberté individuelle mais plus encore le principe même de l’égalité vis à vis d’une situation relevant de la conscience personnelle. Immédiatement d’ailleurs les États noyautés par les mouvances religieuses les plus rétrogrades ont sauté sur cette mesure d’un autre âge. Durant les sept dernières années ce ne sont pas moins de treize gouvernements autonomes qui ont adopté une législation prévoyant l’interdiction quasi totale de l’IVG (le danger pour la vie de la mère, parfois le viol ou l’inceste, constituant parfois des exceptions).

Leur décision déjà prise entrera en vigueur automatiquement dans les jours suivant la décision de la Cour suprême. Et pour blinder leur interdiction, ces États, à l’image de la Louisiane avaient souvent décidé que l’envoi de la pilule abortive venant d’un autre État par courrier constituait un délit passible de prison. Selon les défenseurs de la liberté de choix d’autres États qui restreignent déjà fortement l’avortement vont se précipiter dans la brèche pour l’interdire rapidement. Quelques-uns d’entre eux ne sont pas considéras comme spécialement conservateurs (le Wisconsin ou le Michigan par exemple) et n’ont jamais abrogé l’interdiction de l’IVG en vigueur avant 1973. Ils risquent eux-aussi de basculer. Une femme américaine sur deux sera désormais privée d’une liberté fondamentale.

Sur le plan pratique, la Cour suprême venait tout juste d’obtenir suffisamment de juges anti-avortement pour annuler l’arrêt Roe v. Wade Donald ûisque Trump avait pu en nommer trois avant de quitter la Maison-Blanche. L’équilibre interne de la cour en fut totalement modifié puisque la majorité conservatrice (six juges contre trois), avait la main mise sur les décisions. Trump a effectué une vraie révolution réactionnaire et religieuse ne représentant pas les convictions d’une majorité de citoyens.

Elle est en capacité d’imposer son idéologie à une large majorité de personnes souvent en détresse. De petits groupes de militants ultrareligieux en faveur des droits des femmes ont organisé des rassemblements devant les domiciles de plusieurs juges. Une pression inhabituelle, relayée par les réseaux sociaux. Les adventistes ont été en pointe dans ce combat.

Trump avait déjà la responsabilité de centaines de milliers de morts en raison de ses déclarations et de ses actes délibérés privilégiant l’économie du profit durant la première partie de la pandémie. En termes de mentalités, l’avortement est une question extrêmement politique aux États-Unis. Au lieu de s’intéresser à l’impact de la grossesse sur les premières concernées – les femmes enceintes -, les différents partis utilisent cette question pour rallier les électeurs à leur cause. Les juges de la Cour suprême ressemble à celle des Ayatollahs qu’ils critiquent tellement. Trump n’a d’ailleurs pas hésité un instant en déclarant que cette décision reflétait « la volonté de Dieu ». Rien que ça !

Les USA passent par de profondes crises sociétales : l’esclavage, la prohibition, la crise économique de leur capitalisme, le maccarthysme, le racisme, l’assassinat de son Président, la faillite des « Subprimes », l’élection de celui que dans n’importe quel autre pays on aurait qualifié de dictateur fou et maintenant la privation d’une avancée essentielle donnée aux femmes : jamais ils n’ont représenté la liberté mais plus sûrement le libéralisme débridé effaçant les valeurs essentielles de cette démocratie mal en point qu’ils prétendent imposer aux autres. Malheureusement ils inspirent nos propres politiques et souvent, trop souvent, leurs erreurs envahissent notre vie sociale.

Comment ne pas reprendre ce constat sans concession d’Oscar Wilde qui déclarait que « les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans jamais avoir connu la civilisation »… Comment lui donner tort ! « God bless USA  » comme dit Joe Biden ! Et dire que nous galvaudons notre trésor de la laïcité.

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Le partage laïque essentiel de la « kermesse »

Aussi longtemps que ma mémoire me le permette, la kermesse des écoles publiques a appartenu à mes fins d’année scolaire. Tant comme élève ou collégien puis pendant une vingtaine d’années comme instituteur j’ai eu des rapports très tumultueux avec cette tradition (1). N’empêche qu’en retrouvant ce soir une cour d’école maternelle bondée de parents, de grands-parents, de frères et de sœurs j’ai ressenti l’utilité de ces rassemblements de la communauté éducative. Tout le monde semblait unanime : durant deux ans le rendez-vous avait été escamoté par la pandémie et il manquait.

D’abord l’action commune entre la majorité des parents des élèves et les enseignantes à la fois simple mais tellement précieuse, trouvait une concrétisation d’un programme commun. Durant quelques heures chacun à sa place, valorisait ainsi un système éducatif tellement malmené tant par les élites chargées de le gérer que par une opinion publique influencée par des médias avides de sensationnel. La kermesse même très éloignée de celles que j’ai connues avait un sens par son existence même. La très grande diversité des familles présentes et leur cohabitation joyeuse offraient en effet une vision bien différente de cette société française que l’on dit fracturée.

L’école publique, laïque reste pour moi le creuset de la République et plus encore l’école maternelle. D’origines visiblement très diverses les adultes se côtoyaient à table, derrière un stand ou devant le spectacle proposé par leurs progénitures. Une fois par an dans un cadre non institutionnel, cette manifestation offre le plus essentiel des principes : le partage. La joie de la réussite dans la communication d’un travail pédagogique effectué en classe; la joie d’échanger grâce aux enfants alors que les contraintes sociales les réduisent le plus souvent à la plus simple expression ; la joie de découvrir que dans le fond la tolérance, la sérénité dans les échanges existe davantage dans le cœur des enfants que dans ceux des adultes : rien de bien exceptionnel mais l’essentiel c’est que la prise de conscience puisse exister.

Il y eut dans ma vie scolaire le concert de l’école préparé de longs mois et donné dans la salle des fêtes du village de Sadirac sous l’égide de l’amicale ou du patronage laïque. Désuet, sans intérêt, non-conforme aux instructions officielles, nécessitant trop de temps de préparation, n’intéressant plus personne : tous les arguments ont été utilisés pour que ces soirées mêlant chant, danse, théâtre, pratiques artistiques disparaissent. Or elles permettaient aux élèves de se confronter aux réalités du spectacle vivant : apprendre pour offrir aux autres le fuit de son travail solidaire. Il s’agissait d’un acte culturel réel, concret et d’un apprentissage à la vie sociale ayant eu un véritable intérêt. En se refermant sur ses certitudes « officielles » l’école a perdu de son aura. Elle aussi est devenue un lieu de « confrontations » alors que durant un siècle elle avait été un lieu de « rassemblement ».

La « grande » kermesse de Créon a rassemblé durant quatre décennies après la dernière guerre mondiale sous l’impulsion des instituteur(trice)s absolument tous les élèves fréquentant les établissements de la commune. Un dimanche après midi des centaines de parents se retrouvaient autour du carré vert abîmé de la pelouse devant le groupe scolaire : maternelle, élémentaire et collège dans une unité parfaite. Inimaginable dans le contexte actuel. Toute ma génération conserve pourtant des souvenirs exceptionnels de ce rendez-vous qu’aucun élève ou collégien(ne) ne pouvait manquer. Le lendit, la fameuse pyramide humaine, la représentation théâtrale d’œuvres des grands auteurs, les costumes des petits  rien ne devait clocher car c’est l’image de la « laïque » qui se jouait.

Que dire de celle du parc Bordelais et ces milliers de spectateurs. J’ai eu le bonheur d’en être acteur et de présenter les dernières éditions avant que les normes, le désintérêt et les modes la tuent.  Il faut regarder les archives pour mesurer son impact sur une ville. Les lendits au stade municipal devant des travées garnies et la vitrine extraordinaire des chars, des stands et des repas dans un  écrin naturel ouvert au plus grand nombre. C’est oublié et considéré comme sans valeur profonde. 

La disparition des associations supports fédératives (amicales, patronages) et l’émergence des fameuses associations de parents d’élèves sectorielles, oublieuses des valeurs essentielles qu’étaient la laïcité ou la fraternité ont lentement asphyxié ces rendez-vous pour les remplacer par des « réunions » institutionnalisées et souvent majoritairement revendicatives. Les « kermesses » n’ont plus l’heur de plaire. Elles n’existent qu’à la marge et oublieuse des valeurs qu’elles doivent véhiculer. 

Hier soir j’ai pris une lampée de bonheur en recevant le regard pétillant de mon petit-fils ravi de montrer ce que « maîtresse » lui avait enseigné,  heureux de défoncer le chamboule-tout, de pécher les canards ou de courir derrière un pneu qui roule, de déguster un jus de fruits avec une portion de pizza confectionnée par une maman inconnue. Les écrans, la télé, les jeux vidéo, le mac Do’ étaient loin, très loin. Dans le marigot dans lequel nous nous enlisons cette parenthèse de simplicité, d’authenticité, de solidarité m’a fait le plus grand bien.

(1) Lire Jour de rentrée Editions vents salés dont j’ai encore quelques exemplaires

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Un plan de lutte contre la grêle s’impose

Entre les épisodes de gel, ceux de la grêle, la véritable problématique de la sortie de l’utilisation des produits phytosanitaires dangereux : le vignoble bordelais traverse une très mauvaise période. Pas une année sans que les volumes de récoltes prometteuses ne soient pas entamés par des épisodes climatiques exceptionnels de violence. Cette triste réalité (mai 2009, août 2013, juin 2014, mai 2017, juin 2022 pour la grêle et avril 2016 pour le gel) se répète désormais de manière trop systématique pour que l’on n’y voit pas l’impact du dérèglement climatique.

Il va devenir de plus en plus difficile de nier que ces phénomènes n’ont pas leur origine (même si tout le monde à en mémoire des dégâts identiques dans le passé) dans le réchauffement général de la planète, les modifications fortes dans les mouvements des masses d’air, la perte de l’influence bénéfique du Gulf Stream sur l’Océan et c’est mon avis la création à la suite des tempêtes (2009 surtout) ou des incendies de nouveaux « couloirs » de circulation des vents sur la côte Atlantique. L’intensité de ces orages naît probablement de la conjonction de ces causes mais ce n’est pas pour autant que l’on peut en maîtriser les effets.

Il existe pourtant en Gironde une structure qui tente d’anticiper la formation de ces grêlons liés à la température froide en altitude. L’Adelfa (Association départementale d’étude et de lutte contre les fléaux atmosphériques) a depuis maintenant ans mis en place un réseau spécialisé de diffusion dans l’atmosphère de iodure d’argent dès lors que les services météorologiques lancent une alerte ! Ce système repose des générateurs composés d’une bouteille d’air comprimé, d’un réservoir d’acétone et d’iodure d’argent et d’une chambre de combustion. L’air comprimé permet de mettre sous pression le mélange d’acétone et d’iodure d’argent pour l’acheminer vers la chambre de combustion où il est pulvérisé par un gicleur. Il suffit alors d’un briquet pour enflammer l’acétone et entraîner l’iodure d’argent dans les airs.

C’est ainsi que l’on ensemence les nuages en noyaux qui provoquent la formation de multiples petits grêlons plutôt que de quelques gros dévastateurs. Chaque générateur est mis en route par des bénévoles quatre heures avant le risque de grêle afin que les nuages se chargent en iodure d’argent. Lorsque le nuage rencontre ces pulvérisations en altitude ils l’absorbent et les gouttes de pluie ne se transforment pas en grêlons ou si ce n’est pa suffisant ils se ramollissent et perdent tout effet destructeur.

L’ADELFA doit donc agir très en amont de la formation des masses nuageuses menaçantes et donc il faut une maillage le plus serré possible en générateurs sur la côte atlantique ou sur la zone situé entre l4océan et les premiers vignobles. Plus d’une centaine est installée et tous fonctionne grâce au bénévolat ou à un « accord » avec les sapeurs-pompiers. Actuellement le nombre de ces acteurs de la prévention grêle est insuffisant et, comme dans beaucoup de cas, le financement (achat du produit, entretien et rénovation du matériel, achat de postes supplémentaires) s’il a beaucoup progressé grâce à la participation des organismes professionnels du monde viticole repose… sur le département !

La perte de la compétence générale portée par la loi NOTRe a mis le département hors-jeu en matière de soutien économique. La Gironde a cependant maintenu son effort financier conséquent mais la mobilisation des communes ou des intercommunalités reste faible comme si le risque ne concernait pas outre les agriculteurs (viticulteurs certes mais maraîchers, arboriculteurs..) les particuliers (véhicules, habitations) lorsqu’une chute de grêle se produit !

Un secteur entier manque à l’appel, celui des assurances ! Il couvre les propriétaires sur des bases des 3 ou 5 récoltes antérieures mais ils ne prend pas en compte les conséquences sur les années suivantes et surtout la répétition des fléaux ayant diminué de fait les volumes des récoltes. En fait sauf cas exceptionnels les assureurs font le service minimum… et surtout ne participe pas à ce qui pourrait être considéré comme de la prévention alors que ce serait leur intérêt. Plutôt que de jouer la prévention il préfère constater en augmenter les cotisations ensuite! 

La profession viticole girondine a donné l’exemple et désormais la Bourgogne a suivi et la région de Cognac souhaite que le réseau Adelfa en amont soit renforcé… sauf qu’il faudrait obligatoirement trouver des volontaires ou automatiser le déclenchement des générateurs. Des solutions sont recherchées et tout le monde y va de la sienne avec par exemple des bombes tonitruantes expédiées en grande quantité dans les nuages au-dessus d’une zone délimité.

Encore une fois des réunions destinées à compenser les dégâts vont être organisées avec des alertes vers les Ministres qui vont venir dans le vignoble et promettront des aides (toujours les mêmes) qui mettront des mois à se concrétiser quand au plus près il faudrait mettre en œuvre une vraie politique préventive même si on sait que les racines du mal se trouvent dans des comportements mondiaux dépassant totalement le plus beau vignoble du monde.

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Et si la dissolution devenait la rustine obligée ?

La politique fiction reste un art qui doit résister à l’épreuve des faits mais mais elle tente celui qui possède un peu de recul pour observer la vie sociale. Les stratégies à court ou moyen terme constituent la tâche essentielle des conseiller(e)s des puissants et ils inventent des coups de billard à trois ou quatre bandes pour atteindre un objectif paraissant inaccessible. Certain(e)s se plantent lamentablement et sont congédiés avec des gants blancs quand d’autres prennent tout simplement un coup de pied au cul. Il va y en avoir quelques-uns ! Tout l’art de leurs prévisions repose désormais dans le contexte médiatique actuel sur un proverbe réputé chinois voulant que quand « le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt ».

En effet après sa défaite cuisante infligée par des urnes funèbres pour son quinquennat « Jupiter » tente de décrocher la lune grâce à une entente même pas cordiale avec le groupe de droite pas tout à fait extrême. Il sait pourtant fort bien que quelques jours après leur succès les néo-députés autant que ceux qui ont de la bouteille du (Palais) Bourbon ne vont pas brutalement rallier le camp de ceux qu’ils ont combattus. Mais peu importe : il lui faut gagner du temps pour étudier toutes les solutions avant de prier quelques ministres de libérer des places. Il n’aura pas trop de mal car les vocations risquent de se raréfier dans un contexte où il faudra déployer des trésors de patience pour arracher un texte législatif. Pour le moment on agite le concept du gouvernement d’union nationale en sachant fort bien qu’il ne permettra de pécher que quelques menus fretins ayant envie de mordre à cet hameçon de la solidarité politicienne.

Il n’est pas inutile d’ajouter que quelques autres joueront à « chat perché » en tentant de conquérir le fauteuil présidentiel et surtout l’immunité pouvant aller avec. Regardez bien les vocations; Pendant ce temps la Nupés va très vite se fracturer. Les postes à l’Assemblée (vice-présidences, questure, commissions) traduiront la triste réalité. Partout les rancœurs vont se manifester. La difficulté viendra du fait qu’il y aura deux scénarios possibles vis à vis du RN : la compromission avec des échanges de services ou la confrontation avec le refus de soutenir leur accession à des responsabilités sensibles, bien rémunérées et surtout dotées de moyens matériels non négligeables. Dans les deux cas la groupe « Ensemble » ressortira gagnant puisqu’il lui suffira de s’abstenir ou de compter les points.

Cette première période déjà entamée avec les déclarations sur la présidence de la commission des finances et l’épisode des groupes séparés va s’accentuer avec la composition du bureau de l’Assemblée. Est-on prêt sur les bancs de la Nupès à voter pour une liste bloquée sans RN ou une autre avec un(e) vice-président(e) susceptible de les représenter dans des manifestations officielles ? A voir mais ça risque de tanguer.

Début juillet les télés auront déjà déversé des tonnes et des tonnes de commentaires et d’analyses sur ces comportements contraires aux bonnes mœurs parlementaires. Le Président aura pour sa part tout tenté, aura démontré sa bonne volonté, aura affiché ses bonnes intentions et son changement le temps qu’il faut. iL sera temps de mettre une Assemblée nationale erratique à l’épreuve avec le texte sur le « pouvoir d’achat ».

N’ayant pas obtenu le droit de gouverner par ordonnance car il lui sera refusé (sauf négociation antérieure sur d’autres sujets) par l’Assemblée, Jupiter et ses disciples clameront que la France sera donc encore plus ingouvernable puisque sans ordonnances et sans décisions parlementaires rien ne peut avancer. D’autant que dans les analyses tout le monde oublie le Sénat majoritairement à Droite et dans lequel le groupe LR jouera un pole clé. Il rétablira ses amendements du Palais Bourbon constituant ainsi une « deuxième lame » que le gouvernement ne maîtrise pas. La Droite dite parlementaire (ce qui ne veut plus rien dire) jouera un rôle  essentiel car positionné dans les deux chambres avec un vrai pouvoir de décision. Elle sait qu’elle est incontournable. 

Qui parle de la commission mixte regroupant à la proportionnelle des sénateur(trice)s et des Député(e)s en nombre égal. Tout finit dans ce cénacle tenu par un sénateur LR rompu aux batailles de textes. Il faudra aussi y scruter les rapports de force. La « majorité présidentielle relative » n’aura là encore, pas son mot à dire ce qui promet encore une belle cacophonie. Faute d’accord le dernier mot revient constitutionnellement à l’Assemblée nationale et donc replongera l’exécutif dans une nouvelle empoignade incertaine. Imaginons ce que va être par exemple dans cette situation le vote de la loi des finances (budget de l’Etat) dont la discussion dure déjà des semaines et se termine parfois en temps normaux, dans la nuit du 31 décembre !

La dernière page de la politique fiction, découlera de toutes les autres. La bourse s’effondrera, l’inflation galopera, la croissance déesse suprême du libéralisme sera au point mort, la commission européenne toquera à la porte en réclamant des mesures promises avant les élections, une bonne crise financière mondiale surgira, une guerre ukrainienne qui ne finira pas et les polémiques enfleront grâce à une concurrence entre des ennemis soucieux de préparer la prochaine échéance qu’ils vont s’évertuer de créer : la dissolution ! Certains l’envisagent déjà et annoncent des candidatures de revanche.

La campagne du cinquième tour devrait donc intervenir vers mars 2023 mais il faudra que la situation soit bien pourrie. Attention tout reposera alors sur la crédibilité des comportements dans la période qui s’ouvre. Et là… ce n’est pas gagné car c’est le maître de l’Elysée qui détient le pouvoir de choisir le moment où il appuiera sur le bouton !

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La ligne de front a été enfoncée

Un concept ayant beaucoup servi à sauver les apparences s’est évanoui avec le résultat des dernières élections législatives. Comme ces axiomes que l’on ressort pour trouver une solution aux problèmes, le fameux front républicain avait jusque là sauvé les apparences. Désormais il n’existe plus et ne fonctionne donc plus. A force de jouer au plus malin, à se contenter de déclarations ambiguës, de pencher d’un coté ou de l’autre selon ses intérêts personnels le monde politique français à dynamité les valeurs essentielles de la République. L’addition est salée. Il n’y a aucun doute : le seul vainqueur c’est le RN 

Lors des élections présidentielles (Chirac, Macron à deux reprises) au second tour bon nombre de citoyens souhaitant protéger ce en quoi ils croient avaient mis leur mouchoir pour repousser la venue au pouvoir des porteurs d’idées néfastes. Chaque fois ils ont été pris pour de braves couillons puisque l’heureux élu ne tint aucun compte de cet apport décisif d’électrices et d’électeurs ayant laissé parler leur conscience. Chaque fois en criant au feu… au feu… au feu les partis de gauche ont mobilisé des millions de « sapeurs-pompiers » pour endiguer l’incendie du FN devenu RN.

Cette fois avec une habileté certaine la « Marine nationaliste » et son état-major ont endormi la méfiance des deux blocs dub pouvoir et de ses opposants de gauche. Par des déclarations défaitistes calculées ils ont à la fois mobilisé leur électorat qui restait en veille pour sauver les soldats RN mais aussi et surtout ils ont permis des transferts de voix de la Droite dite républicaine. Une sorte de trêve des principes antérieurs a été mis en œuvre contrairement au second tour des présidentielles. Le soir de la première étape de ce scrutin, Mélenchon de manière théâtrale et tous les leaders de la Gauche pas encore « nupétisée » dans des termes indiscutables avaient appelé à ne donner « aucune voix » au rassemblement national ». Le camp présidentiel a accepté de bonne grâce ce « cadeau » idéologique bienvenu. Aussitôt reçu aussitôt oublié par simple mégalomanie présidentielle : la victoire n’était due qu’à son talent et donc mépris total pour les électrices et les électeurs ayant voté en sa faveur pour éviter l’arrivée au pouvoir du RN.

La première erreur a été la laisser accroire que le succès macroniste était une adhésion à un programme qui ne reposait que sur des mots ou des vagues intentions. En fait le silence du président réélu contre le clan Le Pen a aggravé la fracture et la rancœur de ces anti-RN avant toute autre considération. Ils ont constaté que dans le fond le front républicain était utilisé pour seulement conserver le pouvoir. Aucun signe permettant de démontrer que le sauvetage (car il s’agissait bien du sauvetage) n’était que la résultante d’un rassemblement sur les valeurs essentielles de la république.

La tactique présidentielle a alors totalement changé. Non seulement Macron et ses troupes sont restés silencieux mais quand ils se sont décidés à entrer en campagne pour les législatives ils ont attaqué bille en tête la Nupés. Que l’on soit d’accord ou pas d’accord avec cette alliance électorale il faut considérer que ces saillies d’un camp envers l’autre ont considérablement aidé à dédiaboliser le RN ravi de constater que l’extrémisme ce n’était plus lui. Inutile de causer. Inutile de se montrer. Le processus de « normalisation » du RN était au maximum. Le duel s’est résumé à un affrontement à distance Nupés-Ensemble qui a fait oublier le danger de la montée du « fascisme » soft en France. Une stratégie du silence complice mortifère ! 

Pour les macronistes Nupés et RN c’était bonnet blanc et blanc bonnet sauf que cette attitude pour le moins ambiguë a fait exploser le vieux principe du Front républicain dans l’opinion dominante. Tout le monde de l’autre coté a surfé sur l’anti-Macron comme seule référence et donc a renforcé le vote protestataire. Peu importe qui le portait. La digue était rompue et la vague a déferlé, engloutissant une grande part des terres acquises au Président. Une aubaine pour la Marine nationaliste qui n’avait pas demandé pareille aubaine. Elle n’imaginait pas un instant que la navigation à la godille présidentielle lui offrirait un brevet de dédiabolisation.

Le Front républicain a vécu et c’est probablement le fait le plus grave de cette dernière échéance électorale. La déliquescence des partis privés de militants relais, la faiblesse dramatique de l’éducation citoyenne, la haine des élites parisiennes et la montée d’un populisme reposant sur l’acculturation politique l’on progressivement tué. Désormais alors que le scrutin majoritaire devait préserver du retour des forces obscures il ne constitue plus un obstacle. Pas certain que maintenant que le feu est à la maison il soit facile d’éviter qu’il ne se propage puisque tous les « pompiers » détournent le regard et restent sur leur canapé.

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Gironde citoyenne repart plus que jamais au combat

Une cinquantaine de citoyen(ne)s venu(e)s de tout la Gironde a renouvelé sa confiance dans l’association indépendante, laïque, solidaire et résiliente fondée il y a une quinzaine d’années et relancée il y a trois ans. Voici de larges extraits de mon rapport moral auquel je ne retire rien quand je constate le niveau de participation aux élections législatives et plus encore leurs résultats.

« Mes chères et chers amis,

« Cette rencontre nous permet d’espérer que ce que nous avons en commun, enrichi de nos différences, constitue un bien précieux pour  l’avancée de notre démocratie tellement malmenée par les temps qui courent. Il me faut vous rappeler les objectifs que nous poursuivons désormais depuis une quinzaine d’années dans des contextes plus ou moins favorables. Les membres fondateurs dont je vous donnerai les noms dans la suite de l’ordre du jour avaient souhaité consolider, développer et concrétiser cette valeur hérité de la Révolution française qui se nomme citoyenneté. Insidieusement elle a été rognée, détournée et même parfois niée. Les exigences économiques ont bon dos quand elles conduisent à imposer directement ou indirectement les termes de consommateurs, d’usagers ou de clients à celui fondateur du vivre ensemble que demeure le statut de citoyenne ou de citoyen. Il est attaqué de toutes parts. 

Notre volonté reste de dépasser tous les clivages que par expérience je sais éphémères s’ils ne sont pas portés par des divergences sur l’essentiel que sont la mise en œuvre des principes républicains. Gironde citoyenne a été je le crois attachée à la liberté, à la fraternité, à la laïcité et à la solidarité durant ces trois dernières années. Elle a cherché toutes les opportunités de participer à cette éducation populaire citoyenne qui manque tant dans une République oublieuse de la nécessité d’entretenir ce qui a constitué sa force initiale.

Notre souhait de faire vivre le débat et d’offrir à celles et ceux qui le souhaitent des pistes de réflexion sur l’évolution sociale, politique, culturelle ou démocratique a été maintenue dans un contexte parfois très difficile. Permettez-moi une incidente : jamais dans le fond le débat n’a été aussi difficile à la base. Jamais je n’ai autant douté de la réussite de notre entreprise commune. Abreuvés par les médias télévisés de plateaux indigestes où les analyses ne dépassent pas le niveau de l’invective ou des certitudes les plus basiques les citoyens sont devenus des consommateurs d’éléments de langage, de petites phrases se voulant assassines rendant la plus élémentaire des discussion sur le fond impossible. (…)

Nous nous sommes rendus une fois encore le 1° mai devant le monument aux victimes de la barbarie nazie de Mauriac. Un geste symbolique auquel je se sont associés nos adhérents et les élus les plus motivés du territoire. Lors de la première édition un commentaire d’un donneur de leçon prédisait que « ce comportement électoraliste était purement électoraliste… Pas une seule fois nous n’avons manqué aux rendez-vous et nous n’avons jamais vu trace de lui ou de ses proches. Pour nous la perte de la mémoire n’est pas qu’une question d’âge mais la traduction de la facilité avec laquelle on renonce à tirer les leçons du passé.

Outre Gironde citoyenne es-qualités j’aurai personnellement au cours de l’année 2021, malgré les contraintes sanitaires restrictives assuré une trentaine de rencontres autour des sujets d’actualité que peuvent être les finances, l’immigration, la participation citoyenne ou le fonctionnement des collectivités. Au total ce sont plus des dizaines de citoyennes et de citoyens qui auront peut-être compris que le dialogue tolérant, constructif et responsable avait encore sa place dans une société de l’outrance, de l’exclusion et de l’affrontement permanent.

Nous voici au terme du bail que nous nous étions fixé avec le groupe des fondateurs. Les statuts prévoient que vous puissiez vous prononcer sur la continuation de l’aventure que constitue Gironde citoyenne. Le temps est venu de savoir ce que vous souhaitez en faire et plus encore comment et avec qui vous souhaitez le faire. (…)

Permettez moi en conclusion de vous faire part de mes doutes. La radicalisation de la vie politique et parfois même de la vie sociale ne m’incite guère à l’optimisme sur l’avenir de Gironde citoyenne.   Il devient difficile d’exprimer un doute, un questionnement et plus encore il est quasiment impossible d’exprimer une différence sans être accablé, vilipendé ou insulté. On s’impose par la force et jamais par l’argumentation. Nous sommes entrés dans la société jupitérienne des idoles intouchables, de la propagande insidieuse ou de la confrontation simpliste érigée en mode de dialogue.

La citoyenneté n’a jamais été autant en danger : abstentionnisme massif, discrédit de la démocratie représentative, confiscation du vrai pouvoir par les élites, désintérêt croissant pour la proximité, médias télévisés destructeurs de la notion même de débats. Jamais l’éducation populaire citoyenne dépassant le cadre des partis en déliquescence n’a été autant indispensable à la survie de notre démocratie. C »est désormais mon objectif et il devient plus que jamais urgent de le mettre en œuvre. »

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Trintignant le pilote de bien des vies

Trintignant un nom qui résonne dans mes souvenirs d’enfance sans aucun lien avec le théâtre ou le cinéma où nous allions très rarement. Le Père Noël avait eu effet la superbe idée d’étancher ma soif de lecture en déposant dans mes déjà grands souliers un livre de la Bibliothèque verte. Un bolide rouge lancé à folle allure traversait la couverture. Maurice Trintignant contait par le menu la vie d’un champion ayant remporté les 24 heures du Mans. Une anecdote reste vive : celle d’Ascari, formidable pilote italien qui haïssait les chats noirs accusés de lui porter malheur. Il en aurait croisé un avant son plongeon au volant de sa Lancia dans le port de Monaco… C’est ainsi que l’on retrouve la futilité des destins. 

Il me faudra attendre des décennies avant que je retrouve un Trintignant au volant d’une automobile de course. Jean-Louis le neveu. Elle était rugissante elle-aussi : une Ford Mustang pour probablement l’un des films les plus réussis du XX° siècle. Ce Trintignant là, alliait la finesse, la pudeur, la tendresse, le doute, la fragilité d’un amoureux avec la fougue et la puissance du maître des chevaux de sa compagne de compétition : la Mustang . Cette œuvre, la plus réussie de Lelouch, a permis au grand public de découvrir le talent extraordinaire de celui qui a désormais rejoint sa fille martyrisée

J’avais dix-neuf ans et j’avais rencontré celle qui devint mon épouse. Nous sommes ressortis muets du cinéma Le Trianon imprégnés par cette histoire d’un amour profond, difficile mais tellement admirable. Serions nous capables d’aller aussi loin ?  La vie a donné la réponse. Jean-Louis Duroc et Anne Gauthier blessés par la dureté de l’existence avaient bien du mal à s’engager dans ce qui pouvait être une désillusion encore plus cruelle. La douleur de l’expérience antérieure était plus forte que leur besoin d’espoir. La mort rode en effet autour du couple puisque le métier de pilote de rallye implique la peur de perdre celui en qui vous mettez une nouvelle confiance. Elle était aussi dans les images des enfants, fruits d’un autre amour brisé. Poignant de délicatesse et d’analyse des vrais sentiments.

Trintignant étalait enfin dès ce film toutes les facettes de son immense talent. Sa voix sortant tour à tour du cœur ou de l’esprit traduit ce que sera sa carrière : une passion intériorisée pour le rôle qui lui est confiée. « Un homme, une femme » cette romance au titre simple mais révélateur de l’enjeu d’une rencontre entre de deux êtres meurtris, portée par la musique envoûtante de Francis Lai reste universelle. Impossible de revoir ce duo sans avoir le regard embué. Ni Anouk Aimé, ni Jean-Louis Trintignant ont pris une ride et l’immortalité leur est acquise au moins autant que pour Roméo et Juliette. 

La seconde étape se situe dans la Grèce des Colonels. J’étais devenu militant et donc persuadé que les combats pour la liberté constituaient le fondement de l’action politique. « Z » me rendit modeste. Le regard du petit juge d’instruction sans nom, réfugié derrière ses lunettes noires, vaut absolument tous les discours sur le courage qui doit animer les défenseurs irréductibles des valeurs de la justice. Trintignant incarne avec sincérité la solidité psychique, la force morale, la pugnacité d’un homme seul face au rouleau compresseur des régimes de la peur, de la honte, de la cruauté et du mensonge. Ce film franco-algérien a été réalisé par Costa-Gavras, sorti en 1969 est inspiré de l’assassinat du député grec Grigóris Lambrákis à Thessalonique en mai 1963, avec comme juge d’instruction dans cette affaire Khrístos Sartzetákis, qui deviendra Président de la République de Grèce de 1985 à 1990. Il a aidé à détruire une dictature qui se pensait à l’abri des aléas de la critique mondiale. Trintignant y affirme sa personnalité dure, implacable et résistante comme le roc. 

Un comédien humble mais habité par les rôles qui lui furent confiés a bouclé plus de neuf décennies sur une terre où il ne sentait plus très à l’aise depuis la mort de sa fille. Cette souffrance intime fut à l’image de sa carrière. Dans « Amour » il semblait boucler un parcours exceptionnel. il formait avec cette fois Emmanuelle Riva un couple d’octogénaires mélomanes confrontés au dépérissement de l’un des deux. A 81 ans, il incarnait un mari fébrile et veilleur, paniqué par une fin annoncée de ce qu’il avait pensé éternel. Les signes d’amour  entre cet homme et cette femme arrivés sur la plage étriquée, étouffante de la fin de leur parcours commun constituent dans le fond la suite de ceux de l’habitacle de la Mustang. Ils s’avanouissent  dans un partage encore plus fort et plus émouvant, plus éprouvant. Je pense souvent à ce film car il symbolise à nouveau le plus bel amour, celui qui doit subsister dans la difficulté au moment de la séparation. Trintignant bouclait selon moi « un Homme et une femme » comme la dernière page du splendide livre de sa carrière : en douceur, en nuances, en sincérité et en fragilité. 

Jean-Louis Trintignant restera l’anti-vedette et sa plus grande réussite aura été de devenir l’un des plus formidables comédiens sans jamais se départir d’une émouvante modestie. Sombre, menaçant parfois terrifiant ou émouvant ou énigmatique rarement comique si ce n’est pour des moments grinçants, il a été couvert de récompenses par le monde du cinéma. Mais la plus belle de ses victoires aura consisté à imposer sa stature de besogneux du septième art parmi ceux que l’on appelle les monstres sacrés. Qu’il vive la plus belle histoire d’amour paternel avec Marie… maintenant que le mot fin est écrit sur l’écran noir de leurs vies !

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Europe : écrasée par sa dette et étranglée par sa dépendance énergétique

La question apparaîtra dès que la campagne des législatives sera terminée et que l’on aura retrouvé le rythme habituel. Si l’on renverse la phrase célèbre de Tristan Bernard après son arrestation par la Gestapo, à partir de lundi « nous vivions dans l’espoir et maintenant nous vivons dans l’angoisse ». Elle va s’insinuer dans tous les secteurs de la vie sociale comme le ferait un virus. L’angoisse des fins de mois, l’angoisse des conséquences du réchauffement climatique, l’angoisse du conflit ukrainien et le retour de l’angoisse de la Covid… celles et ceux d’un camp ou d’un autre qui pensaient que le scrutin des législatives allait tout régler devront déchanter ! Les problèmes essentiels s’aggravent et il sera bien difficile de les endiguer.

Une vaste crise financière se profile avec des conséquences lourdes sur la vie quotidienne des pays évolués pieds et poings liés avec le boulet de leur endettement faramineux. Les particuliers sont dans le même cas avec des dettes à long terme qui pèsent comme une lourde dépense obligatoire sur leur budget. Comme les bulles qui remontent à la surface de l’eau paisible des étangs, ces engagements pour l’achat du foncier et du bâti va vite secouer les classes moyennes. Souvent les contrats signés pour une construction sont en plus fortement impactés par des surcoûts liés aux matières premières. Et ce n’est pas fini.

Dans la précipitation la Banque centrale européenne a convoqué les doctes gouverneurs des entités nationales pour activer le levier du relèvement des taux. Il n’est plus possible de « gratter » de l’argent bon marché et la fuite en avant pour tenter d’étouffer une inflation galopante. Ces dernières années, la politique de la BCE consistait à pratiquer des taux directeurs très faibles pour stimuler la consommation et l’investissement et essayer de doper cette foutue croissance affaiblie en Europe durant la pandémie. Empruntez ! Empruntez ! Les fameux emprunts du « quoi qu’il en coûte » garantis par l’État qui ont parfois été utilisés pour autre chose que le sauvetage des entreprises vont avoir du mal à retourner en France vers les banques.

La pagaille est venue de l’inflation dont les racine se trouvent dans l’augmentation des tarifs des fournitures en matière d’énergie puis de la guerre en Ukraine. Elle a atteint 8,1% sur un an en mai dans la zone euro et continue à grimper . Du jamais-vu depuis l’instauration de la monnaie unique et un niveau quatre fois supérieur à l’objectif de la BCE, qui doit maintenir l’inflation à 2 % pour éviter une hausse des prix incontrôlable. C’est déjà trop tard. La BCE a donc choisi de relever ses taux d’intérêt, ce qui doit décourager l’emprunt des particuliers et des entreprises, ralentissant de fait l’économie et, in fine, la hausse des prix.

Bref le résultat des législatives connu, quel qu’il soit, il n’y aura plus que quelques semaines avant que les décisions impopulaires arrivent. Beaucoup n’appartiennent pas (et c’est ce que l’on doit regretter) à la gouvernance française et même européenne puisqu’il a suffit hier que la réserve américaine hausse le niveau de ses taux pour que les autres se rallient. Qu’on le veuille ou non la politique se fait encore à la corbeille » puisque la « finance » mondialisée pèse partout sur les décisions politiques.

Dans le contexte actuel et futur de graves interrogations naissent de l’affrontement en Ukraine. Si l’on parle du courage, de la ténacité et de la résistance du peuple de ce pays envahi par les Russes les moyens matériels mis à sa disposition par les Européens risquent vite de s’étioler. D’abord parce que les stocks d’armes disponibles s’amenuisent et risquent d’affaiblir grandement les systèmes de défense nationaux. Il ne fait aucun doute ensuite que financièrement même en fanfaronnant, la hausse des taux d’intérêt de dettes colossales risquent fort de gêner les « donateurs » mis à mal budgétairement. Etranglée par sa dépendance énergétique et écrasée par le poids de ses engagements financiers l’Europe aboie de loin. 

Les sanctions contre Poutine ont un effet boomerang. Poutine a dans le fond intérêt à entretenir aussi longtemps que possible ce conflit. Chaque jour qui passe martyrise davantage les Ukrainiens mais aggrave la situation de ses « alliés ». Famine déstabilisatrice potentielle en Afrique et au Moyen-Orient ; pression chinoise sur Taïwan pour ouvrir avec l’accord de la Russie un second front contre les Américains, raréfaction énergétique et surenchère chinoise aux achats de matières premières ; dévaluation du dollar accentuée par la menace de récession, menace réelle de conflit nucléaire localisé, une pandémie sans fin, un réchauffement climatique dévastateur  : les lendemains risquent fort de déchanter. Les réactions en chaîne risquent bel et bien d’échapper à la totalité du monde occidental et pendant ce temps la Chine attend son heure…

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Parler sans savoir ou savoir sans parler

Roue Libre n’a jamais été autant scrutée. Mon profil Facebook intéresse bien du monde. Tous mes faits et gestes ou posts même les plus anodins sont interprétés. Heureusement que la campagne électorale des législatives s’arrête dans quelques heures pour que je retrouve une certaine quiétude. Depuis 16 ans qu’existe le blog et depuis une douzaine d’années que je publie des posts je n’ai jamais eu l’impression de devoir autant me méfier de chaque mot écrit parfois au creux de la nuit pour être publié de bon matin. J’ai l’impression que cet intérêt est éphémère. Les commentaires vont bon train et les rectificatifs se succèdent comme si tout à coup ce que j’écris intéresse furieusement des censeur(e)s attendant la faute fatale permettant l’exécution en place publique.

J’espère qu’en lisant jusqu’au bout cette dernière chronique avant la clôture les nouveaux habitués seront rassurés : je suis bien dans l’autre camp  puisque je reste discret sur la manière dont je vote. C’est suspect un gars qui a quitté le PS bien avant que d’autres se découvrent une âme insoumise (1), un témoin qui dans un article de Libération a pris ses distances avec Hollande (2) un ancien élu qui a accepté de lancer chez lui la campagne européennes de Mélenchon en 2009 dans la région Sud-Ouest ; un vieux entêté qui discute sur Signal de ses livres  avec le leader intraitable de la gauche qu’il me faut pour éviter les incidents de qualifier de « non-extrémiste » ! Même je ne souhaite que provoquer un zeste de débat  je sui évidemment soupçonné de faire le jeu du pouvoir en place.

Le plus insupportable se niche dans la suspicion ne reposant sur rien d’autres que des sous-entendus et le refus d’accepter que la liberté individuelle ne nécessite pas forcément une adhésion à tout et n’importe comment. L’influence supposée que je pourrais avoir sur la décision des autres relève de la fiction totale tellement le monde et les gens ont changé rapidement. Mais elle perdure. Depuis seize ans je lance des messages avec l’espoir simple qu’ils permettront aux centaines de lectrices et de lecteurs qui s’y intéressent de réfléchir… sans surtout leur apporter une solution. Je me veux lanceur d’alerte réveilleur de doutes! 

Je ne suis sorti de ma réserve que pour soutenir les gens qui m’ont toujours fait confiance car pour ma part cette référence reste essentielle et ma mémoire n’est pas encore défaillante. J’ai donné dans la déception. Il m’est extrêmement difficile de constater que l’oubli devient une denrée très répandue. Ne rien espérer sauf un brin de respect et de mesure constitue un espoir illusoire. Bien entendu la responsabilité des décisions des autres me sont imputables. Bien entendu je complote, je tire les ficelles.  A mon âge et après plus de cinquante ans de vie publique le principe que j’ai croisé reste le même : « accuse l’autre pour exister et effacer tes propres défaillances ». Il n’en a été différemment qu’en de rares circonstances.

Derrière les actes, les postures, les masques il y a bien des éléments cachés. La situation ressemble à celle des icebergs dont on ne voit que le caractère étincelant de la partie émergée alors que la plus impressionnante est immergée. Connue seulement des plongeurs en eau profonde et glacée, elle reste dissimulée aux touristes massés sur le pont des bateaux de croisière. Ce n’est pas parce qu’on le sait que l’on arrive à convaincre les badauds. Souvent il faut se mordre les lèvres pour éviter de lâcher quelques vérités pouvant déchaîner les fauves. Parler sans savoir est désormais beaucoup plus courant que savoir et ne pas parler. Il est vrai que c’est beaucoup plus facile.

Dans quelques heures le rideau tombera sur la campagne des législatives. Rétrospectivement des 11 auxquelles j’ai auparavant participé (dont 3 comme candidat suppléant) c’est la plus simpliste et la plus éloigné du terrain que j’ai entendue. Dire cela générera des remarques acerbes ou méprisantes (attention dépêchez-vous car après minuit ce sera interdit) mais c’est une réalité. La fonction de suppléant durant dix ans je l’ai assumée sans aucun retour autre que l’estime de la candidate qui m’avait donné sa confiance. Pas d’exigence de poste particulier rémunéré ou d’indemnité déguisée. On verra l’avenir.

Le citoyen que je devenu avec soulagement a certes son avis, ses analyses, ses interprétations en fonction de ce qu’il a appris de la vie et de ce qu’il en espère encore. Cette situation n’a rien d’exceptionnel. Comme pour beaucoup le droit à l’effacement qui n’est en rien l’inaction ou d’indifférence, mérite d’être accepté et non pas interprété. Entrer dans n’importe quelle « religion » me dégoûte et je suis devenu en politique ni croyant et plus du tout pratiquant. Amitié, loyauté, solidarité envers ceux qui m’en ont gratifié constituent mes seules références. Aucune agression, aucune accusation, aucune provocation ! Les chapelles ne m’intéressent que pour la beauté de leur décor.

Dans un tel contexte (50 % de non votants et un désintérêt croissant pour les échéances de la vie démocratique) le seul combat qui vaille reste celui de l’éducation populaire citoyenne. L’assemblée générale de l’association « Gironde citoyenne » créée il y a 15 ans et qui n’a pas cessé d’œuvrer pour former, expliquer, informer se tiendra dans la salle que je n’ai pas pour rien baptisée « citoyenne » en mairie de Créon ce samedi…18 juin. Tout un symbole car pour ma part résister dans cette période c’est tenter d’inverser le cours de cette déliquescence incontestable du débat et de la vie publique. Dans le fond j’ai toujours été un insoumis qui s’ignore. 

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