Le Bordeaux une appellation générique mal…traitée

Le restaurant « Aux pieds sous la table » dans un quartier proche de la faculté du Capitole à Toulouse offre un cadre original et bien sympa. D’un bon rapport qualité-prix le menu du jour a tout pour satisfaire un adepte des bonnes tables simples et goûteuses. Au moment d’aborder le choix du vin, la lecture de la carte réserve une mauvaise surprise aux Bordelais de passage : pas une offre de vin de Bordeaux ! Toutes les appellations sont déclinées en blanc, en rosé, en rouge avec le renfort de quelques crus espagnols mais rien qui vient de l’une des plus célèbres régions de production française.

Ce constat résonne comme un signal d’alerte dans la période où les chais des viticulteurs girondins ne se vident pas. Les stocks ont atteint des niveaux dénotant une crise de commercialisation et la profession souhaite des mesures draconiennes pour tenter d’enrayer la descente aux enfers de nombreuses propriétés. Un prix d’achat en vrac très bas, une consommation en baisse constante sur la France, une crise sanitaire ayant paralysé les échanges internationaux, un pouvoir d’achat en berne : l’avenir s’annonce pour le moins compliqué.

La production n’a cessé d’augmenter durant la décennie écoulée pour atteindre des volumes records et désormais les viticulteurs réclament hors secteurs de grands crus ou d’appellations renommées une campagne d’arrachage. La surface entre 15 et 1à 000 hectares a été évoquée comme moyen de réduire les quantités récoltées. A ce jour tant au niveau de l’Europe que de Bercy où se trouve le vrai pouvoir la réponse reste négative. Or des chiffres circulent : 500 comptes bancaires seraient bloqués et entre 3.000 et 4.500 dossiers de recouvrement sont en instance de recouvrement à la MSA sur 5.200 viticulteurs que compte la Gironde !

Près de 1 400 propriétés seraient en cessation de paiement. «Le fermier qui exploitait les 8 ha de notre propriété familiale vient de jeter l’éponge après deux ans de loyers impayés » explique Jean. « Le montant de ses ventes ne sont pas suffisantes pour honorer le contrat. Nous cherchons un remplaçant pour une petite surface en Entre-Deux-Mers. Pas facile voire impossible. Si nous ne trouvons pas nous ne savons pas comment assurer le maintien en état des vignes ». Cette situation n’est pas unique dans le secteur girondin qui produit les plus gros volumes de Bordeaux générique.

« L’arrachage subventionné ne constitue pas la panacée ajoute Bernard, ancien exploitant.  Rien ne dit que les surfaces qui seraient supprimées soient plantées de vignes permettant une diminution significative des récoltes. Le vrai problème c’est que des vignobles risquent d’être abandonnés puisque leur entretien coûterait plus que rapporterait leur production. La propagation des maladies constituerait un autre fléau ».

C’est en regardant la carte des vins à Toulouse que me revient en mémoire une conversation avec un exploitant chilien de la vallée de Colchagua. Carlos Cardoën, le bâtisseur de l’oeno-tourisme sur Santa Cruz m’avait confié : « nous approcherons la qualité de vos produits haut de gamme mais nous les égalerons jamais mais par contre nous serons toujours meilleurs que vous à Bordeaux en terme de commercialisation. » Il avait raison et ce n’est pas spécifique au Chili ! 

Cherchez un blanc d’Entre-Deux-Mers dans certains restaurants girondins ? Combien d’entre eux proposent pour satisfaire les apriori de la clientèle du rosé de Provence ou du Var ? Alors dès que l’on s’éloigne un peu de la zone de production le constat est implacable ! Au Chili j’ai constaté que dans les chambres des hôtels d’un certain niveau une bouteille de vin attendait l’occupant étranger qui pouvait l’emporter. Elle lui était offerte (enfin elle devait être incluse dans le tarif) et constituait une promotion directe. De telles initiatives sont-elles possibles en France ?

En attendant une annonce « traditionnelle » est tombée. Pour accompagner la filière « majeure pour l’économie française », « une campagne de distillation » sera engagée « dès cet été » grâce au déblocage « dans la limite des montants autorisés par les dispositions européennes » de « 40 millions d’euros de crédits nationaux complétés de 40 millions de l’enveloppe de financements européens (FEAGA) »,  a indiqué le ministre. Une seconde campagne de distillation pourra être organisée « à partir d’octobre […] pour atteindre un maximum de 160 millions d’euros en 2023 »

Les excédents constitués au début de la pandémie de coronavirus en raison de la fermeture quasi simultanée des bars et restaurants dans le monde entier. Ils avaient été transformés en alcool pour fabriquer du bioéthanol, des parfums ou du gel hydroalcoolique. Est-ce la finalité du vu=ignoble bordelais ?

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Le vrai plaisir sincère de pouvoir justifier « sa » politique

Dans la vie sociale la seule évaluation qui compte reste celle du suffrage universel… Comme la « politique » n’a plus la cote car elle est confondue avec les comportements politiciens il devient extrêmement difficile de savoir sur quels critères se fondent les appréciations de l’action publique. Ce n’est pas nouveau mais la situation s’aggrave de scrutin en scrutin. Comment expliquer aux citoyens que son premier rôle est de solliciter des élus une justification des décisions qu’ils prennent et plus encore des priorités qu’ils ont choisies. La pire catastrophe qui menace la démocratie c’est l’indifférence. Et elle gagne sans cesse du terrain.

Au plan local le sésame pour une élection réussie reste le fameux « je ne fais pas de politique » qui devrait constituer un motif de refus de voter en faveur de ceux qui lancent cette affirmation. En effet il ne saurait y avoir de gestion efficace sans affirmation d’une stratégie, d’une orientation et d’une capacité à justifier ses réalisations en fonction d’objectifs annoncés. Le vrai problème c’est que l’opinion dominante a depuis des décennies galvaudé le sens du mot politique.

Toute communauté humaine, quelles que soient son lieu de vie, son importance, ses origines a besoin d’une organisation lui permettant d’améliorer sa qualité de vie, la satisfaction de ses besoins collectifs. Localement les enjeux sont connus mais ils ne reposent souvent que sur la forme et rarement sur le fond. Il faut construire pour être crédible ou aménager pour être apprécié. C’est ainsi que souvent des équipements ont été inaugurés en grande pompe pour ensuite se retrouver abandonné car nul n’avait prévu non seulement son utilité et son utilisation.

Combien de terrains de sport ont disparu car… il n’y avait plus de clubs, de bénévoles, de pratiquants pour les fréquenter ? Combien de salles dites des fête prévues pour favoriser le lien social ne sont ouvertes que quelques jours par an car il n’y a pas d’associations pour les animer ? Combien de lieux de services ne rendent plus aucun service ? La crise énergétique après la crise sanitaire va certainement accélérer cette non-utilisation de « constructions » disproportionnées ou dépassées. Tout projet d’intérêt général nécessiterait une approche politique de ses modalités de fonctionnement afin de se prémunir contre ces suites détestables.

De plus en plus souvent, la contestation systémique a supplanté la concertation informative. Des groupes se constituent pour « vaincre » profitant du fait que les élus ne cherchent plus à convaincre. Dans ce domaine rien ne remplace le contact direct, l’ouverture sur les autres, la capacité à dialoguer plutôt qu’à décider. Des initiatives de plus en plus nombreuses se font jour pour répondre à ce besoin que les élus prêtent à des habitants devenus «consommateurs». La loi a prévu une bonne demi-douzaine de structures pour favoriser l’échange entre élus et citoyens. Là encore, comme trop souvent, les « organes » prévus sont souvent détournés de leurs fonctions à des fins politiciennes.

La politique porte sur les actions, l’équilibre, le développement interne ou externe d’une société de n’importe quelle taille, ses rapports internes et ses rapports à d’autres ensembles pu au sein d’autres ensembles. La politique est donc principalement ce qui a trait au collectif et donc à la volonté de chacun de ne pas considérer que l’intérêt général se confond avec son intérêt particulier. Il faut sans cesse le répéter, le ressasser, le démontrer, le prôner et construire une vraie stratégie pour en faire vivre. Il n’y aucune solution toute faite : « la démocratie c’est (en effet) avant tout un état d’esprit » comme le prônait Pierre Mendés-France ;

En me rendant à la Faculté du Capitole à Toulouse devant des étudiants pour deux heures d’échange sur la vision que nous avons eue durant quelques décennies dans le développement social, culturel, économique, environnemental de Créon, je prends un pari risqué. Pourtant j’en jubile à l’avance. Être poussé à me justifier, à expliquer, à essayer de convaincre constitue un défi qui me rajeunit et me plaît. Nous parlerons beaucoup du passé dont je continue à penser qu’il a de l’intérêt pour imaginer un autre avenir. « Le partage du pouvoir local » (1)… même imparfait comme il l’a probablement était a été mon bréviaire politique car j’ai fait de la politique à contre-courant.

(1) Le partage du pouvoir local Editions Le Bord de l’Eau 

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La crêpe doit être une œuvre du coeur

Jeudi ça a sauté dur dans tous les coins! Mieux certains maîtres-queux se sont amusés à expédier au « septième ciel » leurs créations pour les récupérer avec jubilation afin d’épater les spectateurs. Il faut une véritable adresse, un poignet habile et surtout une préparation réussie pour obtenir le résultat souhaité.

Depuis la vielle on a pensé dans les « chaumières » à ces instants privilégiés durant lesquels on partage le vrai plaisir de déguster une fabrication maison . Chacune des spécialistes a sa recette et surtout ses astuces pour arriver à son objectif consistant à entasser des gourmandises pour respecter une tradition, celle des crêpes.

La Chandeleur permet en effet de retrouver des sensations souvent ancrées dans l’enfance et d’en créer pour les jeunes générations. Il existe autour de ce rendez-vous ce sentiment agréable de participer à un passage de témoin au sein de la famille. On hérite d’un secret pour les doses, pour les arômes, pour les ustensiles et on va s’efforcer de persuader la tablée que le résultat en dépend.

Les grands-mères ont, en général les ingrédients et les proportions dans leur tête alors que souvent les mères les ont notés sur une page quadrillée. Ce n’est pas pourtant pas décisif car rien n’est vraiment figé et la qualité dépend essentiellement du tour de main. Et ça je ne sais si c’est inné ou le fruit d’une longue expérience. Une « reine des crêpes » n’existe que si justement une solide confiance en son talent.

D’abord la « crêpière » doit anticiper sa prestation et préparer une pâte qui relève d’une alchimie personnalisée. A Créon nous savions par exemple que Jeanine  possédait la science de cette préparation laiteuse aux reflets ambrés dont elle gardait jalousement les proportions. Elle fut incontestablement une artiste de la Chandeleur dont on garde le souvenir ému.

Il fallait, selon elle, tamiser et aérer la farine car l’ennemi de la crêpe n’est autre que le grumeau et elle expliquait, sans autre précision, que la fluidité de la matière première constituait la condition expresse de la réussite. Laisser reposer au frais (pas au froid) sous un linge fin la pâte toute la nuit avant de la battre à nouveau vigoureusement constituaient le second point important. Les « pâtes fraîches » ne feront jamais des crêpes légères et surtout elles ne permettront pas une cuisson parfaite. 

La touche personnelle essentielle tient dans le choix du parfum. La bière est parfois utilisée pour fluidifier la pâte mais les avis sont partagés sur cette technique d’appoint. Le rhum a son intérêt mais il ne permet pas là encore la finesse de la réalisation finale. Selon l’éminente spécialiste créonnaise la fleur d’oranger constituait le meilleur des ajouts à la pâte initiale quand d’autres ajoute du zeste de citron.

Non alcoolisés ces suppléments gustatifs ne pénalisaient pas la texture de la crêpe car ils ne brûlaient pas dans une poêle à 200-220 °. La encore selon elle, il était indispensable de bien maîtriser la température des feux sur lesquels on pose la poêle car autrement le résultat risquait d’être catastrophique en matière de cuisson. !

Avant « l’arrivée des «outils qui n’attachent pas » la finesse de pellicule d’huile nécessaire à une cuisson rapide et protégée s’avérait décisive. On utilisait un système parfait avec une pomme de terre crue au bout d’une fourchette. L’amidon et le corps gras rendaient le fond de la poêle parfaitement lisse et uniforme. Il y avait aussi la gaze fixée elle-aussi sur le même ustensile de cuisine que l’on frottait soigneusement avant de déposer en tournant la louche de pâte reposée.

Le jeu du poignet prend alors toute son importance pour répandre harmonieusement la matière première. Ce geste requiert une grande expérience gestuelle pour faire couler la louchée mais aussi une appréciation intuitive forte (au décigramme près ) de la quantité de pâte à répandre sur la surface chaude. Pas facile pour les néophytes qui ont tendance à forcer sur la dose et obtenir des crêpes lourdes épaisses, mal cuites. La véritable performance c’est justement de réaliser le contraire en déposant après le fameux saut dans l’air parfumé de la cuisine, sur une assiette une œuvre la plus fine possible, la plus dorée possible (sans tâches noires) obtenue après un temps de cuisson très limité.

La reine de la crêpe créonnaise parvenait grâce à une parfaite synchronisation de tous ces paramètres à mener de front quatre poêles différentes. Essayez donc déjà avec deux et vous verrez la difficulté de l’exercice. Elle arrivait donc à « produire » des centaines de crêpes en quelques heures. Aucune d’entre elles ne finissait sur le carrelage ou… sur le buffet car le spectacle était absent de sa prestation. Efficace, adroite, concentrée, méthodique elle tournait et retournait des crêpes délicieuses car légères dans tous les sens du terme. Une stakhanoviste de la crêpe.

Le matin de la Chandeleur Jeanine venait elle même, à la maison comme depuis des décennies pour nous distribuer la première volée de ses créations. Elle avait beau depuis le temps mettre une pièce dans sa main en faisant virevolter une crêpe elle avait le cœur tellement généreux que jamais elle n’ a été riche. Elle donnait. Elle offrait. Elle aimait partager; 

Comme dans bien des domaines sociaux, seules les personnes qui se préoccupent vraiment du bonheur des autres savent réussir ces trésors familiaux qui ne souffrent surtout pas d’autre additif que du sucre en poudre fin et en quantité très mesurée. La simplicité va bien aux crêpes alors que souvent on dissimulent leur fadeur ou on abrase leur légèreté avec des compléments inutiles. Proust et sa madeleine n’ont qu’à bien se tenir !

Une crêpe réussie est en effet simple, modeste et aérienne comme celle qui l’a créée et elle reflète le plaisir qu’elle a mis à vous la proposer ! La crêpe ne peut être que le fruit de l’amour, de l’amitié et du partage. 

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Le dévot qui n’en faisait qu’à sa tête

Depuis des mois, il existait une volonté manifeste au sein de la bande des Parieurs Minables Unifiés de noyer le chagrin que lui procure systématiquement l’arrivée du quinté dans un repas tête de veau sauce gribiche. Les rencontres privées chez Albert ont placé la barre très haut pour ce plat emblématique dont Chirac se régalait. Il figure parmi les spécialistes incontestés de cette cuisine plantureuse qui culpabilise celui qui chaque matin ajoute à sa ceinture des bretelles pour éviter qu’elle ne fasse sous-ventrière. Alors se rendre dans un Bistrot pour tenter de le satisfaire relève de la gageure.

De méchante humeur en raison de ses déboires de parieur assidu trompé par des chevaux venus du diable Vauvert pour le priver de son ticket gagnant, il guette la venue de l’assiette. Des dizaines d’habitués se rendent entre Pimpine et piste cyclable pour accomplir le premier jeudi de chaque mois un pèlerinage du goût. Les longues tablées attestent que le rendez-vous a acquis une certaine notoriété et on comprend mieux qu’il soit nécessaire de réserver longtemps à l’avance.

Certes, le repas débute en « rencontrant » des salades, du tartare de bœuf ou une assiette de charcuterie d’une belle facture mais dans l’intense brouhaha des conversations on devine que la prise de tête reste la préoccupation principale. Les habitués en salivent à l’avance. Les néophytes noient leur angoisse de l’attente de la découverte en se délectant de « La vie en rosé ». Les réfractaires accompagnatrices d’une passionné optent pour les autres plats traditionnels avec une bière. L’ambiance monte d’un cran dès que les premières assiettes apparaissent. Le cercle des papilles s’élargit. Albert scrute son assiette que la serveuse a déposer devant lui.

Son regard se perd dans les légumes avant de revenir sur l’objet de ses préoccupations gastronomiques. Délicatement il fouille du bout de sa fourchette dans l’accompagnement posé sur un nombre indéterminé de tranches. Le constat implacable tombe dans un silence que l’on devine déjà réprobateur. Deux « ronds » minces et parfaitement similaires constituent sa pitance tant désirée. Albert ne pipe mot. Il vérifie une fois encore au cas où le patron aurait commis une erreur de répartition. Rien de mieux. Son tête à tête a vite tourné au fiasco.

Chez lui il n’en fait qu’à sa tête ce qui lui permet de noyer des morceaux épais et bien grassouillets moins réguliers dans leur découpe que ceux qui lui ont été servis. Il ne fait rien à moitié. Les portions congrues le désespèrent au moins autant que les verres vides. La bouchée initiale ne le convainc pas trop. La sauce manque de punch. La « gribiche » doit avoir du caractère et tenir tête à celui qui la prend. Or celle-ci en maque sérieusement.

Les câpres, les cornichons en rondelles, la moutarde forte et les herbes aromatiques ne se bousculent comme le voudrait la tradition. Albert a tôt fait de se payer deux tranches. Il ne lui reste plus que les carottes, le poireau et un patate pour pleurer. Il les abandonne à leur triste sort de légumes à l’eau, lorgnant en revanche vers l’assiette de son voisin au cas où ce dernier renoncerait à se payer la tête du veau. Peine perdue. Tout le monde n’a pas une approche aussi intégriste que lui et apprécie le mets. 

Il faut bien avouer que « sa » tête de veau a fière allure. Confortée par des tranches de langue ajoutées aux morceaux de son mets préféré, sa préparation a du corps, du coffre, de la gueule. C’est indéniable. Albert n’ jamais aimé la nuance. Certains disent que c’est une tête de cochon mais ce ne sont que des mauvaises langues. Chez lui il écrase les jaunes d’œufs, les mélange avec la moutarde et le vinaigre en ajoutant progressivement l’huile afin de réaliser une « mayonnaise ». Il y ajoute généreusement les câpres et les cornichons hachés et il incorpore les herbes aromatiques. Il parsème le tout des blancs d’œufs concassés. Bien évidemment quand il y a une centaine de couverts à servir, la perfection ne saurait être la même. Il a du mal à le comprendre.

La bande des cinq n’a pas les mêmes états d’âme. Elle a apprécié ce qu’elle était venue chercher : l’amitié, le partage, la bonne humeur. Albert y trouve sa place et sa part. Et c’est bien là l’essentiel. Comme il le dit souvent « ça s’arrose ». 

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Des symptômes qui traduisent le malaise général

En 2022, 673 637 décès, toutes causes confondues, sont enregistrés en France à la date du 27 janvier 2023, soit 9,8 % de plus qu’en 2019 (+ 60 181 décès). Ce nombre est toutefois encore provisoire mais la tendance restera sur ces bases. Ce phénomène n’est pas seulement lié à la Covid 19 puisque on évalue à 40 000 le nombre des morts liés à la seule pandémie. Il est difficile de les défalquer du total car nul ne peut affirmer que leur disparition soit causée par le seul virus. En fait d’autres raisons se cachent derrière cette évolution.

L’une des causes que bien des professionnels ont avancé c’est qu’en 2021 et 2022 bien des gens malades ne se sont pas trop préoccupés de leur santé. Les confinements, les difficultés d’accès aux soins, la peur de contaminations dans les lieux d’examen ont eu des conséquences. « Nous estimons qu’environ un million de diagnostics de cancer auraient pu être manqués à travers l’Europe pendant la pandémie de la Covid-19, » estiment les auteurs d’une étude publiée dans la revue The Lancet Oncology. Selon leurs travaux, 100 millions de dépistages n’auraient pas été réalisés durant cette période. Un constat ramené à seulement 6 000 en France.

Fin 2020 des spécialistes affirmaient déjà qu’il pourrait y avoir 1000 à 6000 décès supplémentaires par cancer, liés à la crise sanitaire. « Il y aura des milliers de morts supplémentaires par cancer dans les cinq ans qui viennent, qui n’auraient pas dû mourir », lançait à la même période l’ex-président de la Ligue contre le cancer Axel Kahn, lui-même mort d’un cancer en juillet 2021. Deux ans après le début de la pandémie, si la situation s’est améliorée dans les hôpitaux en France, le Covid-19 continue d’avoir une incidence forte sur ces malades.

Actuellement tous les cabinets médicaux, tous les services sont submergés. Les délais pour être pris en charge atteignent des semaines ou des mois. Souvent le passage aux urgences permettait pour les catégories sociales les plus défavorisés une détection de problèmes graves. Désormais ne sont accueillis que les cas extrêmes ce qui souvent rend la prise en charge beaucoup plus difficile. Quel a été l’impact de la déstructuration par les diverses épidémies ou pandémies du système de santé ? La désertification médicale a également une incidence sur ces statistiques… Bref la France entre dans une période de régression de l’espérance de vie ou au moins sa stagnation !

Les personnes âgées auront été les victimes les plus nombreuses dans ce contexte. Historiquement, il y a des cycles de décès en France, avec plus de décès de novembre à mars en raison des « pics épidémiques », notamment de la grippe. De plus, la part des personnes âgées dans la population française ne cesse de croître, et actuellement, les décès sont principalement ceux de gens très âgés, Cet hiver 2022-2023 a surtout ceci de particulier selon lui que l’épidémie de grippe a explosé peu avant les fêtes de fin d’année. La vaccination n’a pas été par ailleurs au niveau escompté.

A l’arrivée on constate ce haut niveau de décès et une surmortalité. Elle est évaluée à 46.000 décès toutes causes confondues, c’est-à-dire que la France a connu 46.000 décès de plus que ce qui était attendu dans les projections. En 2021, la surmortalité avait été établie à 43.000 décès, « malgré les effets positifs de la campagne de vaccination » contre le Covid, indique l’Insee, et à 56.000 en 2020 après les très fortes premières vagues  ! Le début de l’année 2023 confirme cette tendance.

Un institut de sondage (1) s’est penché sur l’accès aux soins en 2022. Premier élément marquant de l’étude, une part non négligeable de Français déclare avoir dû renoncer à des soins. Loin d’être exceptionnels ou anecdotiques, les chiffres sont particulièrement saisissants. Près d’un tiers des Français (31 %) déclarent avoir déjà renoncé à aller voir un médecin généraliste alors qu’ils en avaient besoin.

Parmi eux, 18 % déclarent avoir dû renoncer « plusieurs fois ». Ce chiffre est encore plus conséquent dans le cadre d’une consultation chez un spécialiste. A ce titre, c’est 42 % des Français qui disent avoir dû renoncer à un rendez-vous chez un médecin spécialiste alors qu’ils en avaient besoin, et 25 % « plusieurs fois ». Le fait le plus grave de ce travail se trouve dans le fait que ce sont les tranches de la population les plus jeunes (18-49 ans) qui renoncent à des soins de tous niveaux.

Les raisons qui poussent les Français à renoncer à un rendez-vous médical se déploient sur trois registres principaux : le temps, 30 % y ont renoncé car le rendez-vous n’était pas suffisamment rapide ; l’absence de disponibilité, 30 % ont renoncé à un rendez-vous car ils n’en ont pas trouvé et le pire des motifs reste l’argent, 26 % expliquent ce renoncement pour des raisons financières. En 2022, plus d’un tiers de la population française a ainsi renoncé à prendre rendez-vous chez un médecin (généraliste ou spécialiste). Au-delà de ce constat, les Français déploraient une dégradation de la situation sur ces 4 dernières années et restaient très inquiets pour l’avenir.

(1) Via Voice juin 2022

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La bombe à fragmentation est lâchée

La seconde journée de protestation contre la réforme du régime d’attribution des pensions de retraite a atteint des records de participation que personne ne conteste. Le gouvernement reste pourtant droit dans ses bottes, ce qui n’a rien d’étonnant. Il laisse passer l’orage social avec l’espoir qu’il finira par se dissiper au fil du temps. Les signaux sont contradictoires et cet hypothèse tient de la méthode Coué. En effet un examen mesuré de la situation comptabilise des signes allant dans le sens souhaité par l’exécutif quand d’autres mènent au succès de la contestation.

Dans la première catégorie, le nombre de grévistes fléchit dans quasiment tous les secteurs. L’inflation ajoutée aux difficultés quotidiennes pour faire face au coût de l’énergie pèse sur les décisions de se priver d’une seconde journée de salaire dans le même mois. Avec les délais de mise en œuvre des retenues la paye du mois de février risque d’être légère. Pour celles et ceux qui disposent d’un treizième mois la ponction pourrait être amortie. Le pouvoir sait que malgré leur envie de renforcer le mouvement bien des salariés hésitent à sacrifier un pouvoir d’achat déjà bien dégradé. Alors en ajoutant le 7 février un nouveau rendez-vous dans les rues les syndicats risquent de voir les indicateurs de grévistes encore baisser.

Le danger pour le gouvernement c’est que même si les mécontents ne cessent pas le travail leur dépit de ne pas pouvoir le faire sort renforcé de cette situation. Cette rancœur sera durable. Au niveau où se situent les sondages et tous les indices de défiance à l’égard des responsables au pouvoir, cette crispation, cet ancrage du mécontentement, risquent d’avoir des effets durables. Dans le fond le défilé de la semaine prochaine prend des allures de baromètre réel du climat régnant sur la France. Le troisième rassemblement servira vraiment de révélateur pour le niveau de solidité de l’opposition à la réforme et de test pour l’unité syndicale.

Une observation attentive des évaluations des cortèges peut offrir un espoir aux concepteurs de la modification de la durée de cotisations pour prétendre à une pension complète. En effet partout où le RN a une influence électorale, les statistiques ne dénotent pas une mobilisation en hausse (1)… comme si les gens attendaient une autre échéance leur permettant de concrétiser leur rejet des « politiques » en général (la mascarade du congrès socialiste, la valse hésitation des LR) et des Macronistes en particulier. La petite musique d’une éventuelle dissolution leur plaira comme celle d’un retour des Députés devant les électeurs va être diffusée surtout si le RN devient le grand bénéficiaire au Parlement d’un débat qui s’annonce sans effets.

Le coup foireux de la motion de recours au référendum (priorité au RN) va plonger dans la confusion totale une Assemblée nationale déstructurée. La Marine nationale attend son heure. Elle sait qu’elle viendra. Nul n’a la certitude que si des législatives sont organisées la Nupes en sera la grande bénéficiaire. Inutile de préciser que la machine à sondages fonctionne en catimini sur une évaluation des conséquences d’une dissolution.

Les protestataires et l’opposition silencieuse iront-ils voter ? Vers qui se tourneront-ils s’ils retrouvent le chemin des urnes ? Le palais Bourbon risque d’être encore plus éparpillé et avec une majorité inexistante surtout si la Nupés et le RN se renforcent sans atteindre le nombre nécessaire pour l’avoir seuls. Le Président deviendrait alors « LE » recours surtout dans un contexte économique catastrophique (épouvantable niveau du déficit de la balance extérieure, augmentation des taux d’intérêt rendant la dette insupportable, guerre en Ukraine durable et imprévisible). Les élections du 23 et 30 juin 1968 restent dans les mémoires des vieux comme moi.

Une vaste partie de poker menteur va se dérouler à la buvette de l’assemblée, ce lieu inaccessible aux personnes extérieures où se règlent les ralliements ou s’effacent les aigreurs…La mise est modeste compte tenu des tarifs pratiqués mais les résultats peuvent rapporter gros. Il n’y aura peut-être pas de majorité pour voter le texte mais comme il n’y en aura pas pour une motion de censure.

La réforme des retraites risque bel et bien d’être une bombe à fragmentation incontrôlable par aucun des artificiers. Difficile de prévoir son explosion et les dégâts qu’elle occasionnera mais on connaît au moins celui qui l’a amorcée et qui en porte la responsabilité. Le compte à rebours est enclenché !

(1) Est et Nord de la France

 

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Les incendies de l’été dernier : « une forme d’attentat terroriste »

Les incendies ayant ravagé la Gironde au cours de l’été 2022 restent dans les esprits des celles et ceux qui ont eu à les affronter ou à les côtoyer. Certains des « combattants » doivent même encore être accompagnés psychologiquement tellement la confrontation a été traumatisante dans certaines situations exceptionnelles. Les filons de lignite continuent à brûler sous la terre. Les engins s’évertuent de récupérer des tonnes de bois plus ou moins endommagés par les flammes. Les ateliers du SDIS 33 et tous les garages spécialisés tentent de sauver avant la période de feu près d’une centaine de camions ou d’engins endommagés.

Le bilan dressé en Gironde par le SDIS va sortir dans quelques semaines. Il sera probablement « salé » si l’on se fie au contenu d’une rencontre avec un officier opérationnel ayant eu le mérite tellement rare de la précision et de la franchise. Quand il affirme que la Gironde a été victime cet été d’une  « forme d’attentat terroriste par le feu », il exprime ce que je n’ai cessé d’écrire et de répéter. Et le pire ajoute-t-il c’est que « ceux qui l’ont perpétré sont toujours cachés et prêts à récidiver « .  On a assisté à des actions qui auraient pu générer la mort! Quand il indique qu’à ce jour il n’y a « qu’un seul départ de feu dont la cause set certaine  (1)», il ne traduit qu’une réalité ne remettant nullement en cause les efforts des enquêteurs mais terriblement inquiétante. « Notre seule satisfaction c’est que nous n’avons perdu aucune vie humaine et que les dégâts immobiliers ont été limités au maximum » ajoute-t-il. Doit-on s’en satisfaire ? 

« Vous savez la foudre  ne tombe que très très rarement au bord d’un chemin. Si elle enclenche un incendie c’est plutôt au cœur du massif. Les mégots ne déclenchent pas toujous un départ de feu même s’ils sont très dangereux. ». Mieux il décrit avec une précision millimétrée les trois départs des feux de Saumos  qui ne laissent aucun doute sur leur origine criminelle. Chaque fois la simultanéité ou  un faible décalage temporel, de l’apparition des premières flammes en trois ou quatre secteurs différents révèlent une volonté coordonnée de déséquilibrer les moyens humains immédiatement mis en œuvre et ces faits ne constituent pas le fruit du malheureux hasard. « Cette stratégie relève  pour nous du terrorisme car elle cherche à fixer le maximum de personnels sur une attaque initiale avant d’enchaîner sur une autre puis une autre. Elle vise à détruire et dans certains cas mettent en jeu des vies humaines.» C’est clair et franc! 

Combien de fois ai-je rappelé (même parfois de manière trop véhémente) qu’une guerre était déclenchée depuis quelques années à l’égard du SDIS et des ses responsables par des personnes au minimum malveillantes ? Les querelles, les contestations, les critiques paraissent bien subalternes lorsque le cadre des sapeurs-pompiers évoque les conséquences de ces actes commis dans un contexte ultra dangereux. « Nous avons été confrontés à des événements climatiques totalement inédits et en plus imprévisibles : taux d’humidité de 10 % et moins, vents variables violents, température élevée et des secteurs totalement impénétrables » explique l’officier de terrain.

« Nous avons du nous adapter et réutiliser des techniques du temps passé comme les contre-feux. Nous les connaissions et contrairement à ce qui a pu être dit, nous savions les employer mais il s’agissait d’un dernier recours. » Les fameuses leçons que l’on tire des ces moments de crise ne sont pas encore toutes officiellement publiées. Le réalisme reste cependant de mise.

« Quand justement on revient sur le passé comme certains le prônent on constate que des pare-feu ont disparu ou ne sont plus entretenus depuis longtemps, que le débroussaillage autour des habitations n’existe pas malgré les textes en vigueur, qu’en certains endroits les bouches à incendie ne fonctionnent pas et qu’il reste beaucoup à améliorer dans l’organisation autour de la forêt dont les états-généraux sont en cours. ». Mais pour ce gradé la grande satisfaction restera la mobilisation de la population et la solidarité qui a été constante et réconfortante. Bien évidemment ces constats figureront dans les sujets évoqués quand il s’agira de préparer la saison feu de forêts prochaine… dont le début est sans cesse plus rappROCH2; 

L’annonce de la mise à disposition par la Sécurité Civile de deux gros hélicoptères porteurs d’eau (5 à 6 tonnes) pour 2023 et la location d’un autre pour le commandement en attendant l’arrivée dans deux ou trois ans (la relance des chaînes de fabrication est nécessaire) des Canadairs et le prêt entre mi-mars et fin avril de camions par le SDIS de l’Hérault et surtout l’arrivée de systèmes de surveillance par caméras constitueront les nouveautés de 2023 La constitution d’unités spécialisées avec les véhicules adaptés récupérés dans les centres de secours de l’Entre-Deux-Mers seront pré positionnés sur les zones sensibles. Le personnel ne sera pas puisé dans les effectifs des interventions du quotidien.

En effet en 2022 avec plus de 150 000 sorties et des pointes d’une toute les 3 minutes la tension a été déjà constamment très forte sur le service d’incendie et de secours. L’augmentation régulière de la population girondine aggrave cette situation dont on réentendra parler dès que la sécheresse reviendra, c’est à dire de plus en plus tôt. Rien n’est vraiment réglé et tout est encore à reconstruire avec une application à moyen ou long terme. Surtout pour le financement !

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L’ignorance citoyenne rend l’urbanisation responsable de tout

L’urbanisation d’un territoire dépend de documents totalement méconnus des citoyens et comme ils s’empilent sous le contrôle d’un État dont les positions varient au gré des décisions prises au niveau national ils ne sont pas compris. Combien parmi les habitants se soucient du Plan Local d’Urbanisme (PLU) ; du Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLUI) ; du Schéma de Cohérence Territoriale (SCot) qui s’imbriquent les uns dans les autres avec toujours à l’origine des cabinets d’études payés à prix d’or pour dans bien des cas « imposer » aux élus leur vision allant du global au local. La rédaction des règlements qui accompagnent des zonages plus ou moins abscons réserve souvent des surprises car ils se contredisent ou font dans le détail les rendant inapplicables.

C’est l’éternel débat français : lois, décrets, circulaires, règles à géométrie variable, normes rendent la dimension politique des documents essentiels totalement invisible. L’urbanisme constitue désormais le sujet essentiel dont doivent se préoccuper les élus garants de l’intérêt général. Malheureusement les habitants eux ne s’y intéressent, comme sur bien d’autres situations que quand ils sont directement concernés. Protestations, contestations, récriminations, réclamations, manifestations révèlent donc souvent de la défense d’intérêts particuliers considérés comme ayant une importance essentielle.

Trop souvent la réalisation des documents qui seront à la base des décisions ne tient compte que d’un équilibre entre surfaces dédiées à divers types de constructions, aux activités agricoles, à la préservation d’espaces environnementaux ou à l’exclusion de terrains susceptibles d’être concernés par des risques majeurs. Toute la procédure n’est suivie que par les personnes intéressées et donc elle suscite des oppositions intéressées. 

Le vrai problème c’est qu’entre le moment où le SCoT, le PLUI ou le PLU sont travaillés et adoptés, le contexte social ou économique change en rendant le contenu obsolète. Pire les habitudes sociétales poussées par le culte de la croissance n’ont plus rien à voir avec celles qui existaient quelques années auparavant.

Plusieurs facteurs pèsent désormais sur les territoires aux réalités diverses. Par exemple, la notion de services de proximité disponibles a supplanté celle de l’inclusion au milieu de la nature loin de tout. L’éloignement de l’école, du collège, du lycée ; des services de santé ou de secours; de commerces diversifiés, d’installations sportives ou culturelles, l’emploi éventuel constituent les éléments constitutifs d’un choix d’installation.

Leur importance s’atténue avec le prix de l’immobilier ou du terrain à bâtir dans une période où le crédit varie à cause des crises successives. Les habitants installés n’ont pas conscience qu’en ayant choisi de densifier les entités déjà construites le Plan Local d’Urbanisme il y a une décennie les concepteurs des documents d’urbanisme leur ont rendu un fieffé service. Le coût de l’énergie pour les déplacements du quotidien (trajets vers les établissements scolaires, vers les transports collectifs, vers le travail…) constituera en effet le revers à court terme d’un étalement urbain qui ne sera plus effacé et dont les effets négatifs se vérifient chaque jour.

Trois lois nationales dont les objectifs sont louables n’ayant pas été expliquées et partagées, aggravent la situation. La première pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (Alur) a modifié l’article L. 123-1-5 du code de l’urbanisme et a supprimé le Coefficient d’occupation des sols (COS) ainsi que la possibilité de fixer une superficie minimale des terrains constructibles dans le règlement du Plan local d’urbanisme (PLU). Aucun Maire ne saurait y déroger. A entendre les commentaires sur les constructions trop nombreuses, sur des espèces réduits il y a encore bien des efforts de partage de l’information à faire. Il arrive que ceux qui en ont bénéficié en vendant la parcellisation de leurs terrains initiaux soient les plus véhéments pour protester contre la densification.

Qui sait que l’article 55 de la loi Solidarité et Renouvellement urbain (SRU) contraint les communes de plus de 3 500 habitants à avoir sur leur territoire % de logements à vocation sociale ? Qui sait que la pénurie dans ce secteur est évaluée en Gironde à 40 000 habitations à loyer réglementé ? Qui sait que la multiplication des séparations familiales a considérablement augmenté les demandes dans ce secteur ? Or il n’y a parfois plus de terrain constructibles sur les collectivités concernées pour satisfaire aux obligations de la loi. D’un coté il ne faudrait plus construire et de l’autre une contrainte financière s’applique si on ne construit pas…

Enfin le dernier texte concerne l’artificialisation des sols qui va générer une problématique nouvelle. Elle devra diminuer de 50 % dans les prochaines décennies ce qui va considérablement raréfier les terrains constructibles et donc en augmenter le prix et générer une spéculation décuplée.

La gestion de l’urbanisme devient un casse-tête surtout quand en plus les oppositions égoïstes, semi-sectaires et politiciennes montent chaque jour un peu plus. Plus aucune décision n’échappe aux récriminations, aux déferrements en justice et se retrouve souvent exploitée politiquement.  

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L’humour et le rire sont en voie de disparition

Lorsque en début de nuit je me place devant mon clavier pour écrire une chronique je cherche désespérément un sujet pouvant briser la gangue de pessimisme qui nous enserre chaque jour un peu plus. L’envie est tellement forte de dénicher le sujet qui vous prêterait à sourire que je tourne et retourne les pages de l’actualité avec acharnement. Rien! Pas le moindre trait d’humour à se mettre sous les doigts. Les informations s’affichent toutes plus sombres les unes que les autres. Localement, nationalement ou internationalement les faits ne provoquent qu’inquiétude et anxiété et l’accumulation rend le contexte d’une extrême noirceur.

Les humoristes ne font plus recette et désormais il ne faut pas se permettre le moindre écart sous peine de froisser une part plus ou moins importante de la société. Le premier degré a déjà bien du mal à passer et le second n’a vraiment plus la côte. En plus tous ces « bonbons » d’événements insolites ; toutes ces caricatures sans limites ; tous ces jeux de mots idiots mais tellement sympas ; tous ces récits d’aventures cocasses ont lentement disparu sous la pression d’une bien-pensance parcellisée aux intérêts divergents mais finalement solidaires. Il faut un courage particulier pour se mettre à dos des lobbies religieux, politico-sectaires ou économiques. Alors on renonce.

La menace de représailles ou d’utilisations des canaux judiciaires constitue désormais la loi commune. Il devient ainsi difficile de railler une personne ou un fait. Tout le monde hurle à « l’égalité » mais rares sont ceux qui l’admettent dans un sketch débridé. Un humoriste prend des risques. Les réseaux sociaux veillent et lui tombent dessus massivement s’il ose un propos un peu osé sur une personnalité bénéficiant d’un statut de vedette. Le fanatisme, l’idolâtrerie, la bêtise, l’ignorance ont aseptisé le monde. Rire devient une tare, un manque de respect, une marque de mépris alors on ne distille plus que l’angoisse et le malheur.

Depuis la dernière rentrée dans sa tranche matinale RTL donne la parole à des trublions qui avec plus ou moins de bonheur, tentent de tourner en dérision de manière parfois incisive les faits divers traversant une société se prenant au sérieux. C’est très inégal mais ça au moins le mérite de mettre un peu de soleil dans l’eau froide des « nouvelles » débitées par les journalistes. Le plus décalé d’entre eux, Philippe Caverivière, intervient devant l’invité de la matinale. Un exercice difficile dont le succès se mesure parfois à la tête de la «personne » qui assiste à une revue pour le moins décapante ou décalée des journaux de tous genres.

Avec les auteurs de sa chronique il pousse le bouchon souvent un peu loin mais ça me fait un bien fou de l’écouter. On est encore loin du « tribunal des flagrants délires » ou des « Guignols de la première génération » mais il y a ce brin d’irrespect, ce zeste d’impudence et ce parfum d’imprudence qui réconcilient avec une vie non stéréotypée. C’est probablement ce qui constitue sa force mais qui pourrait un jour ou l’autre devenir sa faiblesse. Selon les matins, l’auto-censure est perceptible. Des flots de menaces déferlent quand il ose une plaisanterie sur un chanteur coréen célèbre. Aussitôt les « gros » mots sont lâchés : « racisme », « homophobe », «  mépris » comme dans de nombreuses autres situations. C’est un exemple parmi d’autres.

Chaque jour il risque gros. Je voudrai tant être capable de prendre le même risque. J’aimerai vous distraire, vous donner le sourire, vous réjouir. Dans la période actuelle, la moindre parcelle d’humour prend des allures de pépite tirée du flot boueux déversé par les télés obsessionnelles. Pierre Desproges avait déjà résumé la situation présente en affirmant qu’« on peut rire de tout mais pas avec tout le monde ». Comment lui donner tort ?

Jean-Yves Lafesse humoriste expliquait après une campagne contre l’un de ses collègues : « J’ai lu le témoignage d’une représentante d’une association qui disait qu’on pouvait rire, mais dans la bienveillance… Mais le rire n’est ni bienveillant, ni malveillant : on rit toujours de quelque chose ou de quelqu’un. Le rire, c’est fait pour dépasser nos angoisses, nos traumatismes. Quand Desproges disait qu’on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui, la deuxième partie de sa phrase était du second degré. La vérité, c’est qu’on ne peut plus rien dire. Hier, le patron de la radio Rire et Chansons m’a dit qu’une femme l’avait appelé parce qu’il y avait dans un sketch une blague sur les chats… Elle voulait qu’il retire le sketch de l’antenne ! » Révélateur.

Alors dans le fond, je me contente désormais de me bâtir un petit monde avec des joies simples, du « chambrage » décomplexé et de l’auto-dérision bien vécue. Je tends l’oreille et je profite des moindres occasions pour enrichir mon capital de bons moments. Ils deviennent rares et précieux.

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