Pour une fois, je suis absolument d’accord avec le gouvernement : il n’a pas un plan de rigueur en vue. C’est maintenant une certitude, il faut abandonner le terme, car il n’est plus d’actualité. On ne parlera même plus d’austérité, car c’est trop tard. Je prends date dans cette chronique, car nous avons tous manqué de lucidité.
La politique libérale outrancière, visant à la relance par le maintien ou l’augmentation des profits financiers, va conduire la France à la récession. Nous entamons la « guerre de récession », qui va définitivement plonger le pays au fond de la piscine, pour espérer fin 2011 pouvoir annoncer que nous sommes forcément sur la voie du redressement avant les présidentielles. En fait, le discours se prépare : les réformes ont été constructives et efficaces, puisque nous avons réussi à juguler les effets de la crise, mais surtout, sans faire référence à la dégringolade antérieure. Lentement, la France déstructurée, gavée d’effets d’annonces jamais suivis de résultats positifs, ruinée par le refus absurde de jouer sur les recettes et les dépenses, laminée par une crise sociale sans précédent, va s’enfoncer sous le niveau attendu de la croissance. Comment, en effet, trouver 100 milliards d’euros en trois ans ? A cette question, les économistes opposent un solide scepticisme. 100 milliards d’économies, c’est totalement irréaliste. C’est totalement inimaginable sans une véritable désintégration des principes de la République. Malgré son aplomb dans le chiffrage des coupes sombres à réaliser, le Président n’a absolument pas de certitudes pour atteindre cet objectif qui permettra uniquement de justifier un abandon du principe d’égalité.
Les dépenses de fonctionnement de l’État seront réduites, ainsi que les dépenses sociales, ce qui, on le voit bien, va contribuer à la relance par la consommation. Les Restos du Coeur, la Banque alimentaire, peuvent se préparer à faire des collectes gigantesques pour réparer les dégâts que constituerait la baisse du RSA, les organismes de logements sociaux auront à gérer des impayés grandissants si l’APL est réduite. Les dotations de l’État aux collectivités locales seront gelées, c’est-à-dire que les budgets alloués aux régions et aux départements ne seront pas augmentés. Au moins, c’est clair, car on comprend mieux maintenant les arrières-pensées de la suppression de la TP. C’était la première étape, car elle permet maintenant de mettre les collectivités locales sous le joug direct de l’État. En les empêchant de profiter d’une recette dynamique et en leur donnant des compensations dont il maîtrise les montants, via la loi des finances, il va les contraindre à restreindre leurs investissements… alors que ce sont elles (73 %) qui tirent encore l’économie de proximité. La seconde étape est en route : diminuer leurs recettes ! Pour l’instant, personne ne s’en aperçoit, car il faudra attendre 2012 pour mesurer l’impact réel de cette guerre de la récession organisée.
Le quotidien des Françaises et des Français va être également touché. Il accorde une augmentation du tarif des consultations des médecins en 2011 mais, dans le même temps, le Président annonce que les dépenses d’assurance-maladie, qui progressent depuis 10 ans d’environ 4,9% par an, seront ramenées à une augmentation de 2,9% en 2011 et de 2,8% en 2012, pour espérer une économie, sur… l’augmentation effective, de 3 milliards d’euros ! Dans le genre « ce n’est pas aussi pire que le pire que nous aurions pu avoir », on ne fait pas mieux. Personne ne se penche sur tous les impayés, sur toutes les exonérations accordées, sur tous les abus commis en matière de profits réalisés sur la santé ! Bien évidemment, il n’est pas utile d’examiner les bénéfices réalisés par les laboratoires pharmaceutiques, et notamment ceux qui ont vendu… des vaccins contre la grippe H1N1 ! Il est totalement inutile de rappeler que la chasse aux fonctionnaires va se poursuivre, avec le non remplacement d’un sur deux au moment du départ vers la retraite. Un petit détail : cette mesure imbécile n’aura aucun effet avant 2013, puisque… l’État va proposer d’allonger la durée du travail. Il ne partira donc que très peu de fonctionnaires, car ils seront obligés de travailler après… 60 ans ! Le nombre des retraités diminuant, l’impact de cette mesure sera quasiment symbolique.
Il reste des mesures fiscales annoncées suffisamment tôt pour que les intéressés potentiels puissent se « tirer » avant leur déclaration d’impôts 2011, traitant de leurs revenus 2010. La Suisse va devenir la plus belle niche fiscale possible ! Seuls les pauvres couillons qui déduisent trois euros et six cents seront coincés, car les plus nantis prendront les devants en allant voir ailleurs ! Mathieu Plane, de l’observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), cité par Eco89, souligne l’ampleur d’une telle ponction sur l’économie : « Sur toutes les périodes de réduction de déficit depuis 1945 -il y en a eu quatre- c’est la première fois qu’une telle somme est annoncée. C’est trois fois supérieur à ce qui a a été demandé jusque-là. » Cette observation s’accompagne d’une certitude : il sera totalement surréaliste de continuer à affirmer qu’il n’y aura pas d’augmentation des impôts. Dans le fond, c’est jouer sur le mot « impôts », car on augmentera les taxes ! Pour ramener le déficit public de 8% du PIB à moins de 3% en 2013 (le seuil fixé par Bruxelles), le gouvernement fait des coupes dans tout ce qui, socialement, lui est défavorable, oubliant que les déficits, c’est un problème, mais que la crise économique et sociale en est certainement un plus angoissant pour l’avenir.
On a parfaitement vu ce que pouvait donner cette politique de baisse des impôts, quand le président flambeur a baissé la TVA sur la restauration. Il ne veut pas toucher au bouclier fiscal, et pire, il a défiscalisé les heures supplémentaires, ce qui, en période de crise est contre-productif, mais il n’admettra jamais que c’étaient de lourdes erreurs. Il ne fait plus une seule visite sans annoncer plus d’argent aux universités, aux policiers, à la justice, à l’éducation, à l’agriculture… En fait, la seule conséquence de cette politique sera un désenchantement politique dramatique, car économiser 10 milliards sur des bases politiques, c’est appauvrir la France des ménages qui est déjà très mal !
Tous les pays, dans l’histoire, ayant accumulé du déficit et ayant réduit les dépenses publiques ne sont arrivés, en fait, qu’à réduire mécaniquement l’activité. L’effet dépressif peut être épouvantable. Les seuls pays qui ont réussi à réduire leur déficit sont ceux qui dévaluent… et chez nous, ce n’est pas possible, car le carcan du bel euro pèse désormais sur la relance. En fait, la guerre de récession est ouverte, mais malheur à celle ou celui par qui la vérité viendra.

Une réponse

  1. BENIZEAU Guy

    …et je crains que ce soit le début d’une nouvelle  » Guerre de Cent Ans « .

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.