Il paraît que ce serait scandaleux d’aller à la rencontre des Maires pour leur présenter le budget général du Conseil général… Ce sont des pratiques démocratiques qui dissimuleraient des arrières pensées électoralistes. Il est vrai que depuis 4 exercices, à chaque discussion sur les finances du département le refrain UMP est toujours le même : « vous faites des prévisions alarmistes alors que tout va pour le mieux dans notre pays et que vous bénéficiez de rentrées substantielles avec les droits de mutation. Vous baissez sciemment vos recettes ou vous prévoyez des intérêts des emprunts trop élevés pour constituer des cagnottes. En plus, le niveau d’endettement est convenable, donc vous pourriez emprunter davantage… » En bref, suivez donc l’exemple du gouvernement UMP en place depuis 10 ans, et vous verrez, les Girondines et les Girondins iront mieux.
Il est exact que ce genre de discours, écrit à l’avance pour être déclamé au moment de voter les recettes, et après que l’on n’ait pas eu le courage de refuser les dépenses utiles au quotidien des gens, ne résiste pas aux présentations publiques. Il ne tient que devant des observateurs se contentant des… apparences, car le rapprochement avec la gouvernance Fillon ne tient pas la route. Il suffit de vérifier la manière dont les prévisions sont effectuées au plus haut niveau du pouvoir, et la manière dont le budget présenté est sincère et véritable ! Le gouvernement français s’est par exemple décidé, au lendemain de la prestation en sarkovision du non candidat chef de l’État français, à annoncer une révision drastique de sa prévision de croissance pour 2012, ramenée de 1% à 0,5%, avec pour conséquence une équation budgétaire tendue, même s’il assure qu’un troisième plan de rigueur sera superflu. Il est vrai qu’une augmentation de la TVA, l’abandon des fondements du code du travail, la fin des 35 heures, ne constituent nullement un « plan de rigueur », mais ça en a la couleur rétro et la saveur amère !
« Nous avions dit que nous attendrions les résultats du quatrième trimestre avant de réviser, nous les révisons maintenant de 1% à 0,5% », a déclaré avec aplomb le Premier ministre François Fillon lors d’une conférence de presse à Matignon. Quant au Conseil général, on annonce aux Maires que nous sommes incapables de prévoir les résultats des compensations fin 2012, c’est de la « dissimulation volontaire », alors que pour le « premier collaborateur » du chef de l’État français, c’est du « courage et de la lucidité ». Depuis plusieurs jours, le gouvernement ne faisait plus mystère de son intention de procéder rapidement à cette rectification… que le président non-candidat a oublié dans ses paramètres budgétaires. Mais lui, c’est normal, il a le droit accordé par son statut d’UMP d’oublier ses déclarations de la veille pour transformer le plomb de ses mesures ringardes en or des jours meilleurs annoncés depuis 2007 .
Le Fonds monétaire international (FMI), il est vrai, est encore plus pessimiste. Il ne table plus que sur 0,2% de croissance du PIB pour la France cette année, tandis que l’OCDE prévoit 0,3%. Quant au candidat socialiste à l’Élysée, François Hollande, il a bâti d’emblée son projet économique autour d’une hypothèse de 0,5%, tout comme le gouvernement à présent. Et qu’a-t-on dit sur cette prévision, que le docte Alain Juppé dans son face à face de pitbull ne semblait pas encore connaître? François Fillon a longuement rappelé, avec la voix de son maître, les mesures en faveur de l’emploi, de la compétitivité des entreprises ou du logement annoncées par Nicolas Sarkozy. Il a assuré : le budget 2012 pourra être bouclé « sans demander d’efforts supplémentaires aux Français », puisqu’il imagine que ces derniers ne paieront pas… l’augmentation de TVA annoncée. C’est d’une absolue malhonnêteté, mais ça marche… encore durant quelques jours. La perte devrait être, si l’on se fie aux prévisions du FMI, de 7,5 milliards d’euros et pas 5 comme faussement prévu ! Et bien évidemment, le trou sera bouché en deux coups de cuillères à pot de démagogie !
Les déficits publics qui ont été contenus « en-dessous de 5,4% » du PIB en 2011 contre 5,7% prévus, devraient engendrer « un effet pérenne d’environ 3 milliards au moins » en 2012 et les années suivantes. C’est à dire qu’on économiserait ce que nous aurions dû dépenser mais qui a été économisé cette année. Aucune analyse sur la nature de ces économies (dépenses en moins ou recettes en plus ?) et donc encore une explication virtuelle à un déficit potentiel.
Il y ajoute « un surcroît de recettes d’impôt de solidarité sur la fortune et d’impôt sur le revenu de 300 millions d’euros liés » à la lutte contre l’évasion fiscale. On croît rêver, car durant des mois Eric Woerth a assuré que la chasse aux fraudeurs avait été impitoyable et que les donateurs de l’UMP avaient tous été sanctionnés ! Erreur, il en reste encore quelques-uns parmi le listing des 3 000, transmis par des gens non charitables. Mais personne ne l’avait cru… sauf celles et ceux qui paient leurs impôts !
La taxe sur les transactions financières, qui doit être mise en place dès cet l’été, rapporterait pour sa part « 500 millions en 2012 ». Dernier levier: une annulation nette de 1,2 milliard d’euros de crédits des ministères, non détaillés. Ils seront prélevés sur une réserve de précaution ménagée dans le budget 2012. Total de ces compensations: 5 milliards d’euros correspondant aux 5 milliards de manque à gagner… sur la base d’une croissance de 0, 5 % : Cette fois la prévision est fiable, sincère et véritable !
Nicole Bricq sénatrice rapportant le budget de l’État déplore que le gouvernement ait tardé à réviser sa prévision de croissance. « A chaque fois, il s’ajuste, il est passif et il subit, alors que l’hypothèse de croissance n’était pas réaliste », assure-t-elle. Oui mais elle est socialiste, ce qui bien évidemment la rend inapte aux… prévisions fiables !