Jusqu’à quand va-t-on nous rebattre les oreilles avec le modèle allemand ? Cette économie florissante, ce système social fait de consensus bénéfique, ce système éducatif performant, cette compétitivité tellement fabuleuse que tout roule comme dans un rêve dans l’Europe des cauchemars. Quand on regarde de plus près, au moment où tous les sondages vantent les mérites des décisions prises Outre Rhin pour célébrer l’amitié franco-allemande, la réalité est bel et bien moins extatique ! A force d’imposer la rigueur et plus encore l’austérité autour d’elle, Angela Merkel, dont tout le succès repose sur les exportations, a fini par assécher le marché européen. Partout, lentement, la tache de la récession liée à la diminution du pouvoir d’achat s’étend avec une forte baisse de la consommation. Rattrapée par la crise de la zone euro à laquelle elle a contribué, la RFA va au-devant de difficultés croissantes. Elle a vu, en effet, sa croissance nettement marquer le pas en 2012, car l’essentiel de ses marchés étant en France, en Espagne, en Italie, dans les pays de l’Est… chaque pas vers l’austérité condamne des filières de l’industrie teutonne. Ce fléchissement de la première économie européenne devrait perdurer en 2013 et donc obliger l’inflexible copine de Nicolas Sarkozy à desserrer les cordons qui étranglent l’Europe !
Le Produit intérieur brut (PIB) du pays a progressé de 0,7% en données ajustées des variations calendaires, selon des chiffres provisoires annoncés mardi par l’office fédéral des statistiques, C’est bien moins qu’en 2011 (+3%) et 2010 (+4,2%) et moins aussi que la dernière prévision du gouvernement allemand qui attendait +0,8%. Au premier trimestre, elle avait enregistré une croissance de 0,5%, puis de 0,3% au deuxième et de 0,2% au troisième, et la chute peut se poursuivre au moment où il va falloir encore serrer les ceintures d’un nouveau cran. La conséquence ne s’est pas faite attendre : le gouvernement allemand a préféré abaisser sa prévision de croissance pour 2013, tablant désormais sur une progression de seulement 0,4% contre 1% jusqu’ici. Le seul rayon de soleil réel repose sur les exportations hors Europe qui demeurent florissantes.
Fer de lance de l’économie allemande, elles ont progressé de 4,1% l’an passé, davantage que les importations (+2,3%) et le recul des exportations vers les pays de l’Union européenne a été plus que compensé par la hausse des exportations hors d’Europe. Le tableau est plus inquiétant du côté de la demande intérieure. Certes la consommation privée a augmenté de 0,8% l’an dernier, mais devant la montée des incertitudes, les investissements ont fortement reculé, en particulier dans les biens d’équipement (-4,4%). L’Allemagne est donc aussi sur la pente savonneuse qui devrait rendre tout le monde plus modeste… sur la fiabilité des choix réputés exemplaires. La dette publique du pays a par exemple augmenté, atteignant 81,7% du PIB contre 80,5% en 2011, soit bien au-delà de la limite de 60% fixée par le Traité de Maastricht… mais dans le fond, comme c’est de fait le gouvernement de Merkel qui distribue les bons points ou les blâmes, le risque est mince de voir s’étaler dans la presse internationale ces facettes qui nuancent un excédent budgétaire et un déficit moindre des dépenses publiques. Va-t-on voir évoluer, face à ces réalités, la politique globale imposée par une Allemagne triomphante ?
Sans se prononcer au nom du FMI, l’économiste en chef de l’institution avait précisé, il y a quelques semaines dans une note technique, que « les prévisionnistes ont considérablement sous-estimé la hausse du chômage et le déclin de la demande des ménages ». Un aveu oublié par les médias. Mieux, dans une note technique, ce même oracle de la politique mondiale expliquait, à titre personnel, que les politiques d’austérité avaient eu des effets contraignants supérieurs aux effets bénéfiques. Les Ministres allemands étaient montés au créneau pour expliquer qu’il ne fallait pas changer de cap et que les canards boiteux devaient être abandonnés au bord du chemin… Sauf que, désormais, les pays mal en point ne peuvent plus accéder aux produits venus de la patrie de Merkel.
Un professeur universitaire d’économie décrit parfaitement le processus qui s’enclenche : « Ce qu’on appelle austérité et qui est l’autre face de la recherche de la compétitivité, n’est solution rapporteuse de croissance que si les pays voisins ne déploient pas la même stratégie. Et de ce point de vue l’Allemagne du début des années 2000 avait tout à gagner de son plan d’austérité : les voisins qui ne connaissaient pas encore la crise pouvaient utiliser l’euro comme instrument d’une grande fête consumériste faisant tourner les usines allemandes. Aujourd’hui, si tous deviennent allemands, il n’y a plus d’issue. La recherche mimétique de compétitivité est un drame collectif , comme celle  d’une foule face à un incendie. L’année 2013 est le moment où s’enclenche puissamment la mécanique suicidaire : La zone euro toute entière s’enfonce dans la crise. Même l’Allemagne sera prisonnière du mouvement mimétique et verra sa croissance très faible se détériorer davantage encore De ce point de vue, il faudrait un signe extrêmement puissant pour bloquer la panique. ». Comment mieux présenter la situation actuelle…