arton339-c8dffDans une salle de la Maison de la Promotion sociale, une centaine de personnes échangent et partagent leur joie de se retrouver. Tout ce monde attend sagement le début d’un Congrès. Vision habituelle de ces rencontres nationales ou internationales rassemblant souvent des délégations réunies par des objectifs communs, sauf qu’ici la communication est exceptionnelle. Les participants viennent pourtant d’une bonne douzaine de pays différents ce qui n’est jamais fait pour favoriser le dialogue. Aucun écouteur, aucun dispositif de traduction, et le sentiment particulier d’être un intrus dans un monde où la facilité des conversations paraît exceptionnelle. Ils ont au moins un point commun : tous appartiennent directement ou indirectement à une société de chemin de fer ! Les rails franchissent les frontières européennes et la solidarité des cheminots n’a jamais été un vain mot. Professionnellement soucieux de valoriser le mode de transport dans lequel ils œuvrent, ils se retrouvent autour d’un idéal : l’espéranto. Français bien sûr, Italiens, Espagnols, Belges, Hollandais, Suisses, Russes, Croates, Roumains, Hongrois, Tchèques, Luxembourgeois, Polonais, Bulgares… n’éprouvaient aucune difficulté à dialoguer, alors que leurs origines ne les prédisposent pas à de tels échanges.
D’ailleurs, dès l’ouverture officielle, leurs responsables vont se succéder à la tribune avec une aisance déconcertante, maniant cette langue « artificielle » d’une simplicité exemplaire ! Plus de frontières, plus de barrières sociales, plus de différences réelles reposant sur un savoir que l’autre n’a pas, tout le monde comprend tout le monde ! Je suis le seul à avoir…besoin d’un traducteur qui m’avoue avoir appris l’espéranto en moins de 3 mois. Il me placera en situation d’ignorance, puisque mon propos devra être traduit à un auditoire étrangement apte à dépasser sa langue maternelle, mais inapte à partager la mienne.
L’idée d’une langue équitable pour la communication internationale est née à la fin du XIXème siècle, dans la tête d’un enfant polonais issu d’une famille juive. Ludwik Lejzer Zamenhof à l’âge de 19 ans, ébaucha son premier projet qu’il présenta à ses camarades de lycée, avant de publier des manuels dans plusieurs langues. Le concept d’une universalité des échanges était atteint, et si tous les gouvernements du monde avaient préféré la développer plutôt que de plonger dans la première guerre mondiale, la face du monde en eût été changée… Comme le rappela dans son discours la représentante de l’association internationale des espérantistes, le premier congrès se tint en 1905, en France, à Boulogne sur Mer. La langue qui était jusqu’alors essentiellement écrite, fut dès lors de plus en plus utilisée pour des échanges directs, notamment lors de rencontres internationales et des congrès comme celui auquel j’étais convié. Un vrai bonheur pourtant de voir tous ces gens capables de dépasser leurs options philosophiques, leurs religions, leurs différences sociales, pour partager librement des idées, des techniques ou des valeurs. La citoyenneté passe par de tels moments, et surtout avec un engagement fondé sur le lien social, la compréhension mutuelle et une forme réconfortante de fraternité.
Dans certains pays, l’espéranto entre dans le cursus scolaire et figure aux examens, ce qui permet aux gens peu doués pour les langues vivantes complexes d’acquérir un viatique pour communiquer en n’importe quelle situation. Bien évidemment en France, on attend encore que le Ministère de l’Éducation nationale en fasse une option au baccalauréat, alors que les langues « mortes » ou les langues « régionalistes » y ont leur place. C’est vrai qu’avec la « morale laïque », « entrepreneuriat », nouvelles matières décidées circonstanciellement, il n’y a plus les moyens d’éduquer sur la base de l’universalité des échanges. Près de 2 millions de personnes sur la planète parlent et écrivent couramment l’espéranto, ce qui constitue cependant un potentiel déjà intéressant pour justifier que des jeunes soient familiarisés avec ce support d’un dialogue mondial débarrassé de la barrière de la langue !
J’ai été ému durant mon passage parmi ce qui ressemble à une grande famille tournée vers la fraternité. Ces femmes et ces hommes respiraient le bonheur de pouvoir partager sans obstacles. Peu importe leurs motivations, car ils sont des vrais militants de la dimension universelle de l’humanité. La défense de cet objectif s’appuie sur différentes études et rapports montrant les avantages de l’espéranto, qui favorise l’équité dans les échanges, car aucun locuteur n’a l’avantage d’utiliser, voire d’imposer sa langue nationale, une plus grande facilité d’apprentissage, comparé aux autres langues, et des avantages économiques, par rapport à d’autres solutions comme le tout-anglais qui, au-delà le la langue, impose surtout une culture et un style de vie incompatibles avec le respect de la diversité. Vive la mondialisation… de l’espéranto !

4 Réponses

  1. batistin

    Le langage, avec le rire, est bel et bien le propre de l’homme.
    Mais, au propre ou au figuré cela fait parfois toute la différence…

    Un « con », c’est un con, mais pas seulement, tout dépend de la région où le mot est employé, de l’intonation appliquée et du mot associé.
    Ou du mur où s’affiche nos convictions…
    Dans le Sud-Ouest de la France, entre le brave, le pauvre et le sale con tout est dans la nuance, et encore une fois dans l’intonation.
    Tant de mot sont détournés de leur sens premiers, transformés parfois en insultes…
    Un truffe, un maquereau, … une asperge même !

    Le racisme ordinaire est surement la chose la plus répandue au monde et la plus difficile à combattre. Une pourriture sourde luttant pied à pied contre toute tentative de paix, tout espoir sain de mondialisation.
    Mondialisation autre que celle encouragée par les multinationales sans frontières et sans patrie, réduisant tout en esclavage.

    Le racisme ordinaire, c’est quoi au juste.
    Et bien, c’est cette bonne blague que l’on ne peut s’empêcher de lancer à la communion solennelle du petit, où, partant du curé on finit par protester tous en cœur sur la pédophilie .
    Imaginez une minute ce pauvre curé, qui lui n’a jamais eu d’autre vue sur sa vocation que de tenter d’imposer l’amour, quand il entend, juste sous prétexte de bonne humeur et de jovialité, les pires des horreurs.

    Le racisme ordinaire, c’est aussi la farce sympathique sur l’arabe notre ami au couscous de là-bas, le noir notre voisin aux dents si blanches la nuit, heureusement, ah ah ah qu’est-ce que l’on rigole !
    Surtout quand le petit dernier, jeune gars avide de modèle, répète sagement tout ce qu’il a entendu au beau milieu d’une bande de cour d’école.
    Dommage pour le petit copain tout noir, qui ne parle que français et adore le cassoulet.

    Le racisme ordinaire c’est donc une vulgarité sourde, insidieuse et destructrice.
    Vulgarité qui mène doucement mais surement à la déliquescence des principes même de la nation de France.
    Tout du moins dans ses fondements, sa constitution, son histoire belle au siècle des Lumières, et en souvenirs de tant et tant de morts au service d’une idée: le respect de l’être humain.

    Alors, quand les chantres d’une mondialisation ultra libérale, n’ont d’autres moyens pour retrouver la face et le pouvoir que de s’en prendre au Président de la République en utilisant le pouvoir de la pauvre moquerie, je suis pris de nausées.

    Comment l’image d’un homme droit sous la pluie, se tenant là imperturbable, en hommage à nos morts pour la Liberté, peut-elle servir ainsi la moquerie ?
    La nausée passée, il me vient en fait une forte colère, assortit d’une honte:
    où est donc l’avocat de la République qui osera porter plainte en justice contre cette affiche ignominieuse dans l’utilisation qu’il en est faite ?
    Où est donc le juste qui osera s’insurger contre cette bassesse sans nom qui encourage le quolibet idiot en lieu et place d’un véritable projet de société ?

    Que l’on soit de droite ou de gauche, peu importe, cette affiche de campagne de l’UMP, puisqu’il s’agit de cela, à l’encontre du Président de la République en exercice est une honte, un délit, un point c’est tout.

    Encourager par des propos racistes la haine est punit par la loi.
    Qu’en est-il de l’irrespect caractérisé au souvenir et à l’avenir de notre pays ?

    Répondre
  2. Bernard P. SARLANDIE

    Superbe article, que j’ai diffusé auprès des francophones. Merci Jean-Marie.
    Facebook me dit que tu m’as identifié sur deux photos, mais quand j’essaie d’y aller on me dit que ce n’est pas disponible ; tu les as enlevées ?

    Répondre
  3. david

    Moi j’ai voulu apprendre l’espéranto langue simple et n’ayant pas d’exception aux règles. Mais manque de disponibilité et puis encore faut-il avoir l’occasion de voyager et un revenu trop faible exclut cette bonne mondialisation. Sans compter le conservatisme forcené de l’UE oú l’espéranto devrait être langue prédominante au Parlement Européen et autres institutions de l’UE au lieu de l’anglais qui privilégient ceux qui sont les plus réticents à l’Europe ! Mais pourquoi l’anglais est-il le plus utilisé. ? Parce quel’anglo-américain est la langue du maître idéologique.

    Répondre
  4. Laurent

    Merci beaucoup pour ce bel article. Oui, vivement la mondialisation de l’espéranto, que chaque citoyen prenne conscience que c’est un outil formidable pour communiquer facilement avec son prochain, sans toujours prendre « la langue du plus fort ». Chacun fait un pas vers l’autre en adoptant une langue intermédiaire qui ne véhicule aucune hégémonie politique, économique, militaire, etc.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.