Le monde politique s’enfonce lentement dans une crise dont il faut craindre qu’il ne se relève qu’après un séisme du type retour du fascisme dans la gestion des pays réputés démocratiques. Je ne regrette absolument pas d’avoir expliqué, depuis des mois, que je ne me reconnaissais pas dans le fonctionnement d’un système marqué par de très graves dysfonctionnements. Pas un jour sans que s’étalent, dans des médias ravis de l’aubaine; des comportements pour le moins critiquables d’élus responsables réputés être les élus du peuple. Impossible désormais de redresser la situation qui est fortement compromise par une généralisation de l’image portée par la multiplication des « affaires ». On descend vers les bas-fonds d’une démocratie à bout de souffle, puisque minée par le monde du profit, par l’absence de citoyenneté, par la seule conquête du pouvoir ! Le débat de 4 heures qui a agité l’hémicycle du Conseil général de la Gironde a largement illustré ces phénomènes inquiétants. Une déconnexion totale entre les vraies finalités de la réforme cantonale (parité et équité de la représentativité au sein du conseil départemental) et la perception qu’en ont les élus actuels de la réforme, a ruiné les espoirs d’un travail collectif serein.

D’abord il est désormais impossible de se débarrasser du débat entre la ville centre et le reste du département. Pas une seule réunion sans que Bordeaux, transfigurée par le chirurgien esthétique Alain Juppé, alors qu’ elle est gravement malade intérieurement sur le plan économique et social, n’occupe l’essentiel des échanges. Désireux de se faire valoir auprès de l’hôte du palais Rohan, les troupes UMP ressassent leur amertume de voir leur « belle ville » ne pas puiser largement dans les caisses du Conseil général. Leur seul discours se résume de manière schématique : vous ne donnez pas assez de fric et donc votre gestion est catastrophique. Si l’on ajoute que les débats parcimonieux accordés dans le conseil municipal bordelais ne satisfont plus les egos des uns et des autres, le combat se poursuit dans un autre lieu moins corseté. On a donc vite débouché sur des considérations strictement territoriales, descendant à l’échelle des rues, des quartiers, des bureaux de vote… sans lien avec les enjeux de la réforme en cours qui consiste à rééquilibrer sur la ville le nombre des élus femmes et des élus hommes. Il appartiendra ensuite, bien évidemment, à chaque camp de se battre pour que les résultats soient conformes à la qualité des programmes et à la force de conviction. Mais comme les sujets essentiels de la solidarité et de l’éducation ne sont pas les points forts du palais Rohan, il faut masquer les difficultés à venir par un écran de fumée appuyé sur des accusations qui  reposent sur des détails. On a été loin, très loin des principes ayant servi de base à la mise en œuvre des injonctions du Conseil constitutionnel, dont on sait combien il est gauchiste et hostile aux intérêts de l’UMP !

Cette caricature de la vie politique consistant à prétendre que toute décision de gauche est une malhonnêteté, une tricherie, une magouille, n’arrange jamais l’ensemble de la vie républicaine puisqu’à terme, tout le monde finit dans le même sac de la décrédibilisation des élus. L’intérêt général disparaît, noyé dans la juxtaposition des intérêts particuliers ! Et la politique ne s’en remettra pas, car ce phénomène ronge de l’intérieur les partis, les assemblées (voir le Sénat et le cumul des mandats!), les mouvements sociaux… et a pesé sur toute la matinée

Les accusations grandiloquentes, les réactions incontrôlées, les invectives caricaturales, les postures de vierges effarouchées, ont nettement démontré que désormais le grand théâtre des questions au gouvernement, télévisées dans les chaumières avait ses adeptes, envieux de cet impact dans les chaumières. « Mensonge d’État ! » C’est un « mensonge d’état »… (sic) » (1) a hurlé le leader girondin,de l’UMP, après avoir traité publiquement de « menteur » le représentant de la République. L’exagération ostentatoire, la parfum enivrant du scandale, le spectacle de guignol… servent d’atouts essentiels aux gens dénués d’arguments, mais soucieux de faire parler d’eux.

« Mensonge d’État » ? Un différend sur le contenu d’un entretien réputé confidentiel entre un préfet, ancien directeur de cabinet de la docte UMP Alliot-Marie et le pseudo responsable du groupuscule UMP au conseil général qualifié de « mensonge d’État ! » Quelle démesure ! Quel usurpation langagière ! Mensonge d’État ? L’affaire Karachi : oui ! Mensonge d’État . L’affaire Tapie ? Oui ! Mensonge d’État ; L’affaire des marchés publics liés au sondage de l’Élysée ? Oui ! Mais la démocratie n’a rien à gagner de cette emphase ridicule qui permet à un élu, gonflé par sa haine viscérale de la Gauche, d’éructer des mots aussi surdimensionnés que son ego !

L’exagération reste la pire ennemie de la démocratie, car elle prépare le terrain à la démesure dans les comportements populaires ! L’autre perversion se niche en effet dans la non maîtrise des mots. En me lançant « ta gueule » comme seule réponse à un fait indiscutable car accessible à tout le monde via internet, et en doutant de la volonté réelle des élus locaux de perdre leur « baronnie », leur « comté » ou leur « royaume » (durant tout le débat, les interventions ont contenu les mots « mon » canton, « ma » population, « mes » maires…) on a obtenu un vrai résumé du débat ! Si on complète par l’utilisation du mot « xénophobe » (2), quand on appartient aux supporteurs de Hortefeux, Estrosi, Balkany Morano, Fillon, Sarkozy, Guéant ou Guaino et tant d’autres, on a l’exemple de ce que la politique a de plus caricatural… et de plus dangereux ! Il faut vraiment être blindé de certitudes pour y résister !

(1) Une lettre d’excuses qui n’efface rien pour moi a été portée auprès du Préfet le soir même

(2) définition de « xénophobe » dans le Robert : « qui manifeste de l’hostilité envers les étrangers ! » Comprenne qui pourra !