Le monde du sport en France traverse lui-aussi une crise forte qui ne va pas aller d’ailleurs en diminuant. A l’instar de bien des secteurs de la vie sociale, il est fragilisé par ses liens installés depuis maintenant une quinzaine d’années, avec le milieu économique. Faute de moyens l’État le premier, puis les collectivités territoriales taillent dans les crédits de fonctionnement et diminuent leurs aides aux multiples pratiques individuelles, collectives, libres ou organisées qui fleurissent sur les territoires. En effet en liant les ressources des pratiques dites « amateurs » aux structures du monde privé les gouvernements antérieurs ont pris le risque de paupériser lentement mais sûrement les acteurs d’une filière indispensable pour le vivre ensemble, la santé et la réussite.

Pour compenser l’absence de moyens l’État a inventé divers prélèvements sur la « consommation » de spectacles professionnels. La taxe Buffet sur les masses salariales, les prélèvements sur les paris sportifs, les récupérations diverses sur les droits de diffusion télé… et les recettes éventuelles de divers événements soutenus par de subventions publiques ou du mécénat privé. Tout allait pour le mieux dans une société de consommation croissante et, bien évidemment tout s’effondre dans le contexte inverse.

Un récent rapport du Sénat sur l’éthique du sport dont j’ai eu connaissance, met par exemple en évidence que sur les paris sportifs en ligne, 90 % des parieurs viennent de l’étranger et passent souvent par des sites plus ou moins autorisés. Les « fuites » sont nombreuses et faute de mesures rapides la « poule » aux œufs d’or va se tarir. Au bout de la dégringolade il y a les crédits affectés au CNDS dont on sait déjà qu’ils ont été sérieusement ponctionnés par une accumulation d’aides accordées pour les grands stades et divers Aréna en 2010 et 2011.. Conséquence de cette gabegie : pas de subventions pour les équipements structurants en 2012 en raison des dettes accumulées par le Ministre David Douillet et, à l’arrivée, en 2014, des dotations très minces. Les recettes des paris stagnent et les tricheries se multiplient : d’après Europol entre 2008 et 2011 on a détecté 380 matches suspects ! Le milieu sportif faute de suivi des parieurs possible est donc financé de manière plus ou moins discutable voire condamnable mais l’Europe étant inexistante quand il s’agit de contrôles des profits, on encaisse sans être trop regardant.

Le montant des droits télévisuels est passé en 10 ans de 510 millions d’euros à 1, 2 milliard d’euros ! La concurrence entre les chaînes payantes à dopé les ressources pour les ligues professionnelles mais a lentement détruit les diffusions gratuites sur les autres. Les heures de retransmission dites gratuites s’effondrent ! En fait se profile la limite du système car l’accroissement constant des droits ne colle pas avec la réalité des rentrées publicitaires qui elles régressent. Ainsi selon une phrase référence du PDG de M6 résume la situation : « faute de pouvoir acquérir un heure de sport sur notre chaine nous avons des Nabila ». En fait en terme de rentabilité (le mot à la mode) on va proposer sur le service public incapable de faire face à la concurrence effrénée en Canal + et BEin sport des « productions » low-coast et le sport va disparaitre pour les gens n’ayant pas les moyens de payer un abonnement. Bien évidemment le football représente à lui seul 80 % des achats de droits de retransmission, le rugby 7 % et le tennis, le cyclisme, le handball le reste… A terme les retransmissions sportives gratuites n’existeront plus sur le petit écran… car les retombées financières (le marché de la pub sur la totalité des chaines représente 3,5 milliards d’euros en 2013) prévisibles s’étiolent. Or derrière il y a la part dévolue au soutien au vrai sport celui des cités, des villages, des vrais amateurs, des enfants et des jeunes qui va diminuer quand les besoins sont plus forts.

 L’inquiétude est grande car l’écart se creuse sur les apprentissages. « Rien n’est fait par ailleurs pour inciter les gamins à entrer dans une structure cohérente, ordonnée, respectueuse de règles précises explique le Président du Comité National olympique et Sportif. Nous ne pouvons pas lier l’image de la pratique sportive aux diffusions télévisuelles ou comment expliquerait-on que la Gymnastique Volontaire féminine ait plus de 600 000 licenciées… ».  Il faut donc admettre que seule la présence sur le terrain, la solidité des clubs, l’implication des bénévoles, la présence d’éducateurs valorisent dans la proximité la pratique sportive. Et au bout il faut des moyens financiers pour y parvenir.

 Comme la source de la privatisation se tarit, comme il manque près de 30 000 équipements sportifs de proximité, comme les fédérations n’ont plus des événements aussi florissants qu’autrefois (on reste devant sa télé pour Nabila ou par manque de pouvoir d’achat !) tout le milieu sportif tourne la tête vers… les collectivités territoriales ! Seulement deux stades en France appartiennent dans le milieu du football pro à leur club. Suivez mon regard : qui va payer les grandes enceintes publiques à venir, qui va combler les déficits éventuels : les communes ou les intercommunalités.  

Qui va répondre aux normes d’éclairage imposées par les télés, les plateformes de placements des caméras, les équipements annexes de confort : le contribuable ! Ça coûtera certainement beaucoup plus cher que les rythmes scolaires destinés à ouvrir vers les pratiques associatives aux enfants mais il y a fort à parier que l’on en parlera moins… car autrement que regarderait le « petit » le mardi soir à la télé ? Éthique, morale, loyauté et effort ont été oubliées en route depuis des années. L’addition sera lourde !