Chaque jour dans a liste de mails apparaissent les signalements pour non règlement des factures énergétiques. En un mois dans une petite ville comme Créon ce sont une bonne trentaine d’abonnés menacés de coupure d’électricité. Les impayés vont actuellement d’une dizaine à plus d’un millier d’euros. Et nous en sommes qu’à l’orée de la période hivernale ! Il est à craindre une bonne centaine de situations de rupture dès que le printemps sera revenu… C’est angoissant car même si le CCAS tente de retrouver un lien avec ces personnes à la dérive dans une cité sans véritables problèmes sociaux, la grande majorité refuse le contact. Il est à craindre que derrière ces cas d’exception se dissimulent bien d’autres familles endettées qui ne se chauffent pas. La fondation Abbé Pierre vient de confirmer cette crainte d’un effondrement des conditions de vie.

Elle a présenté, dans le cadre d’un colloque au Conseil économique, social et environnemental (Cese) intitulé « Quand le logement rend malade », un rapport sur les liens entre précarité énergétique et santé, un sujet jusqu’alors peu exploré. Pour permettre de tirer des conclusions, l’étude procède par comparaison entre deux groupes de personnes : l’un « exposé » (personnes en situation de précarité énergétique) et l’autre « non exposé ». Comme on pouvait s’y attendre, l’étude révèle des écarts importants entre les deux groupes. Ceux-ci portent en premier lieu sur l’état du logement. Ainsi, 71% des exposés déclarent souffrir du froid en hiver, contre 1,2% des non exposés. Les proportions de ménages laissant des pièces non chauffées sont respectivement de 64% et 28%, de 56% et 23% pour l’utilisation d’un chauffage d’appoint et de 49% et 26% pour l’utilisation d’un chauffage électrique. De même, 85% des exposés disent supporter des dépenses de chauffage « trop importantes », contre 44% des non exposés. Autres élément significatif : 64% des logements des premiers présentent des moisissures, contre 17% chez les seconds. De tels écarts ne manquent évidemment pas d’avoir des répercussions en termes d’état de santé perçu par les intéressés. Parmi les pathologies surreprésentées chez les adultes exposés figurent des pathologies aiguës hivernales comme le rhume et les angines (74,3% de citations contre 49,1%), ainsi que la grippe (28,7% contre 17,7%). Quatre autres pathologies sont rapportées comme significativement plus fréquentes chez les adultes du groupe exposé : les bronchites chroniques, l’arthrose, l’anxiété et dépression, ainsi que les maux de tête.

Les écarts sont également significatifs chez les enfants de moins de seize ans, avec une réserve méthodologique compte tenu du nombre limité d’enfants dans l’échantillon. Leur note globale de santé est de 7,1 sur 10 chez les exposés, contre 8,6 chez les non exposés. Dans les items de santé, les écarts de santé sont très significatifs sur le rhume et les angines (respectivement 83,8% et 59,3%) le « nez qui coule » (67,1% et 28,6%), les sifflements respiratoires (29,8% et 7,1%) et les « yeux qui pleurent » (23,4% et 7,2%). Bref c’est une évidence on souffre du froid et de l’humidité dans la France du XXI° siècle faute des moyens de régler l’électricité ou le gaz.

Cette triste réalité gagne du terrain et il serait vain de penser que le matin en arrivant dans une école de la république tous les enfants sont en situation égale vis à vis des apprentissages. Quand vous avez passé la soirée et la nuit dans un lit douillet vous avez déjà d’autres atouts. Certes les uns et els autres dans notre enfance nous n’avons pas toujours eu la chance d’apprécier le chauffage électrique, le chauffage central ou les radiateurs soufflants. Un poêle à bois ou à charbon chauffait toute la maisonnée quand ce n’était pas la cuisinière à feu dit continu de la cuisine. La bouillotte ou le fer à repasser permettait d’affronter des chambres dans lesquelles les fenêtres portaient de la glace à l’intérieur les matins de grands frimas mais jamais la situation était durable. Une bonne soupe le soir. Un bol de lait chaud. La soirée n’était jamais très fraîche. Désormais la première des précarités est celle qui ne permet pas de bénéficier d’un toit sain et sûr. On grelotte dans des logements en papier de cigarettes et surtout s’ajoute le fait de ne pas manger à sa faim… Bien évidemment il n’y a, comme moi que certains maires qui reçoivent ces bulletins d’alerte de météo sociale. La solution ? Il n’y en a pas ! Et c’est ce qui fait froid dans le dos !