Un avenir au goût de bouchons amers

Cherchez l’erreur ! Les Français pestent, protestent, défilent et même parfois cassent pour afficher leur détermination à payer moins d’impôts. Ils sont pourtant, tous dans un secteur particulier de leur vie quotidienne avides de bénéficier de services toujours plus élevés. Bien évidemment ces améliorations doivent être faites à dépenses constantes en taillant dans les secteurs dont les autres souhaitent maintenir ou voir progresser. C’est ainsi que vit un grand pays traversé par des principes contradictoires, ravagés par les égoïsmes et surtout marqué par une déshumanisation terrible remplacée par la notion de réussite par le profit. Les affrontements d’intérêts particuliers se multiplient avec au quotidien une manifestation légitime mais strictement corporatiste. Et pourtant personne ne veut reconnaître que les vrais problèmes ne sont plus factuels mais structurels. Une société nouvelle est à inventer par une lente évolution des esprits.

Par exemple dans le domaine des déplacements en Gironde, la catastrophe de la non densification urbaine pour mettre en œuvre le rêve de la fin du siècle dernier « maison, gazon, télévision » va conduire à des désastres bien plus graves que l’augmentation des taux de fiscalité. Ainsi le fameux « métro-boulot-dodo » a été supplanté par un autre triptyque encore plus ravageur « auto-boulot-conso ». Nul n’est capable individuellement d’en mesurer l’impact réel car dans le fond les médias n’aiment pas se pencher sur les problèmes qui démoralisent leurs auditeurs, leurs téléspectateurs ou leurs lecteurs. Et pourtant déjà le trajet « domicile-travail » plombe le moral de celles et ceux qui bossent. Dans la mesure où ils sont dépendant de la « bagnole » (et souvent de deux voire de trois !) les ménages dépensent beaucoup plus sur ce chapitre que dans leurs impôts locaux directs sauf que jamais ils ne font la comparaison.

Quel « ménage » ou personne seule peut affirmer que les embouteillages ne constituent pas une préoccupation en matière de perte de temps quotidienne. Mieux c’est une angoisse quotidienne dont les conséquences sur la santé sont indéniables. Dans quelques années ne pas pouvoir accéder à un outil de déplacement collectif fiable constituera un handicap terrible pour tous els aspects de la vie sociale. Il va falloir investir beaucoup plus dans la mobilité afin de régler ce qui prend des allures de gaspillage monumental d’argent procuré par le travail. Or faute de ressources suffisantes les outils de proximité ont disparu, ont été oubliés ou démantelés. Les bouchons coûtent 5,9 milliards d’euros aux foyers français. Tel est le résultat communiqué par INRIX, le principal fournisseur mondial de services d’info-trafic et d’aide à la conduite, après une grande étude. Ce dernier a ainsi calculé que par foyer cela occasionnait une perte de 677 euros soit un an de taxe d’habitation que l’on trouve toujours trop élevée pour tous les autres aspects quotidiens de la vie collective indispensable au bien-être commun. C’est des sommes conséquentes qui partent en fumée et qui amputent des pouvoirs d’achat durement gagnés par le travail !

Cette étude qui a porté sur les déplacements quotidiens dans 13 plus grandes zones urbaines met en évidence la perte de productivité des automobilistes. Au lieu d’être au bureau, ces derniers sont en effet coincés derrière leur volant. À cela s’ajoute le carburant gaspillé. Une situation, rappelle INRIX, qui touche une grande majorité de Français: « 77 % des salariés vont encore au travail, souvent contraints par le choix de leur domicile en voiture, aux heures de pointe. On estime qu’un automobiliste français passe ainsi 47 heures par an dans sa carrière en moyenne dans les embouteillages chaque année », rappelle le groupe qui a découpé les coûts par tranche. Le carburant gaspillé entraîne un coût direct de 568 millions d’euros, le temps perdu 3,5 milliards d’euros et la répercussion sur les prix à la consommation 1,8 milliard d’euros. Même si, selon une autre étude, Marseille reste la ville la plus embouteillée (46 minutes) on trouve Bordeaux à 39 minutes (vive la rocade) et à Paris, la situation est bien plus critique.

Les embouteillages font perdre aux automobilistes parisiens plus de 60 heures chaque année en moyenne. Près de 2,4 millions de Parisiens utilisent leur voiture pour se rendre au bureau. Compte tenu du coût élevé de la vie et du caractère particulièrement précieux du temps dans la capitale, les coûts directs et indirects générés par ces automobilistes sont estimés à 2,9 milliards d’euros, soit environ 997 € par foyer concerné.

Seuls les investissements des collectivités territoriales pourraient résorber ce triste record mais privés de moyens elles n’entament plus les grands chantiers nécessaires hors des agglomérations. L’étalement urbain rend très onéreux tous les systèmes alternatifs. Le paradoxe actuel fait qu’objectivement tout plaide en faveur d’ouverture de chantiers décisifs pour inventer des nouveaux styles de vie mais on s’étripe pour une écotaxe pourtant inéluctable si on veut financer les réseaux avec autre chose que les impôts des ménages !

7 Réponses

  1. rosière1938

    Certes les infrastructures des transports en commun ne sont pas assez conséquentes et ont été abandonnées. Je ne voudrais pas passer un « c’était mieux avant » mais il y a un temps où le tram de Bordeaux roulait jusqu’à Langoiran et où la SNCF desservait les gares de Sadirac, Créon, La Sauve…Une certaine génération, qui est au pouvoir aujourd’hui, a vécu sans compter et sans perspective à long terme sur le dos des générations futures.
    Alors oui, aujourd’hui les investissements sont indispensables dans toutes les infrastructures de transport. Le point crucial de ces chantiers sera de faire des choix judicieux pour ne pas dévoyer l’utilisation de nos moyens.
    Le grand contournement de bordeaux par exemple doit servir à désengorger la rocade d’un trafic toujours croissant et pas à alimenter les plages du médoc en été.

    Répondre
  2. J.J.

    Et à côté de ce constat indiscutable que tu as développé, on trouve des blogueurs malins sur certains sites de journaux locaux qui affirment leur volonté de ne pas utiliser les transports en commun (sans doute trop communs pour eux ). C’est un refus catégorique et à la limite fanatique.

    C’est pour eux un principe acquis : les transports en commun sont infréquentables. Seule compte la bagnole, (je ne parle pas de ceux qui ne peuvent faire autrement) et » si l’on avait investi dans l’aménagement des voies et accès au lieu de dépenser inutilement de l’argent pour les transports en commun, , les problèmes de bouchons et de stationnement résolus la vie serait belle!

    ESt-il envisageable d’ouvrir un dialogue avec de tels ayatollahs de l’automobile ?

    Répondre
  3. BAQUE

    Bonjour
    Au delà du constat: « les collectivités privées de moyens ». Certes. Mais on se ruine à payer une dette qui n’engraisse que les banques, et le gvt (de « gauche ») nous impose une cure d’austérité pour rentrer dans les clous voulus par l’Union européenne. Les citoyens trinquent.
    Point 2, les bouchons. Rappel: il y a 30 ans, plus de 50% du trafic marchandises passait par le rail. Aujourd’hui, moins de 10% (chiffres à préciser). Donc multiplication effarante du nombre de camions. Pourquoi? Pas d’investissements dans le service PUBLIC de la SNCF (sauf le TGV, et ça continue!) le service marchandises est moribond. Pour la CUB, et les automobilistes girondins, en tout cas, on voit la catastrophe.
    Ensuite, sans doute, il y a des habitudes, depuis quelques décennies, à changer.
    Mais veut-on définitivement désertifier les campagnes pour en faire des réserves d’indiens et nous remettre tous en ville? Parce que « ça coûte moins cher » ? Tout est en termes de fric, jamais de plaisir de vivre à la campagne, eh oui, d’avoir un jardin, etc…
    Mais rassurons nous: à l’autre bout de la chaine, certains peuvent s’offrir des yachts et des suites à 20 000 euros la nuit ! Jusqu’au moment où tout cela va exploser à la figure des possédants, des exploiteurs, et de leurs soutiens.
    Cordialement

    Répondre
  4. Maciel Bernard

    Chez moi pas de transport en commun, par contre plusieurs personnes de mon entourage pratiquent le co – voiturage, ce qui permet de nouer des liens (plus que dans les transports en commun ).
    Concernant les véhicules aujourd’hui la technique permet de rouler tout électrique en se rechargeant de manière autonome avec des panneaux solaires (50 km par jour sans autre énergie). Mais là l’état perdrait une de ses plus grosse vache à lait !

    Répondre
  5. suzanne marvin

    de constat en constat ,il semble que depuis plus de 60 ans nous avançons de génération en génération , sur une route qui nous mène vers rien de trés joyeux……….c’est comme du bétail que l’on fait passer dans des couloirs où il ne peut revenir en arrière pour aller à l’abattoir………….

    Répondre
  6. Cubitus

    Heu… 677 euros de taxe d’habitation ??? Où ça ? Pour ma part, le chiffre est plus élevé.
    Et j’habite Créon. Et même pas dans le bourg.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.