Le lendemain est toujours le jour le plus long

68161902_1370552404Dans la vie, le plus dur c’est toujours le lendemain. On aura beau vous expliquer que rien ne vaut la promesse de l’aube il faut bien s’avouer qu’elle n’est pas nécessairement au rendez-vous. Quelle que soient les circonstances on se réfère d’abord au passé ! C’est ainsi que pour les vacances vous constaterez que le meilleur moment reste la vielle du départ puisque dès que vous êtes parti (e) vous êtes contraint(e) à déjà penser au retour. Et le moral en prend un coup dès que l’on commence à compter les jours qu’ils restent à vivre loin du boulot pour celles et ceux qui en ont un !

Là, à peine sorti de la journée de la fête de Noël il faut envisager un lendemain qui déchante. Sortir la poubelle, finir les restes, ranger les papiers cadeaux, aller acheter les piles pour les jouets qui n’ont pu être utilisés car vous les aviez oubliées, ranger la maison… et se contenter des souvenirs. Il arrive en plus qu’un passage à la pharmacie s’impose car les recettes contre la gueule de bois ont leurs limites. Et je ne vous dis pas si vous êtes contraints de rendre visite à votre banquier sous prétexte que vous auriez été victime d’un coup de chaleur sur votre carte de crédit plus rouge que bleue. Il arrive que vous éprouviez des regrets en vous souvenant que le chapon n’a pas été pas aussi tendre que vous l’espériez ou que le foie gras a été dans le même situation que le vôtre au réveil. Bref le lendemain est vraiment un jour à ne pas partager.

On a aussi beaucoup de mal à se réveiller pour aller au boulot et affronter la réalité du petit matin alors, souvent si on en a le loisir, on préfère rester sous la couette. Bizarrement la veille on n’a pas vu le temps passer alors que l’on a le pressentiment que le principe mitterrandien voulant qu’il faille donner du temps au temps n’est pas adapté aux heures qui s’annoncent. Le dialogue à la machine à café ou à la cantine traduit une envie particulière de se distinguer en vantant les mérites du menu ou en critiquant celui que vous avez préparé votre hôte. Que dire à propos de ce qui a été trouvé au pied du sapin. On affiche sa déception ou on étale son bonheur. Mais en fait c’est une posture. D’ailleurs dès la fin d soirée on a peut-être confié à e Bay la vente de ces offrandes n’ayant fait plaisir qu’à celle ou celui qui les accordait. Au petit-déjeuner on surveille son offre sur son mobile ou son ordinateur de bureau pour savoir si un malin est intéressé par votre bouteille, votre parfum, votre chandail, votre jeu vidéo, le magnifique vase de Tante Lucie ou le jeu que vous aviez déjà. Le site e Bay a ainsi enregistré hier des dizaines de milliers d’annonces en France pour la vente par des particuliers d’objets neufs, signe clair qu’il s’agit pour un grand nombre de cadeaux de Noël même si encore peu de vendeurs osent écrire ce mot. Toute la journée ont peut être angoissé à la simple idée qu’un proche qui ne vous voulait que du bien s’aperçoive de cette traîtrise de Noël. Dans le meilleur des cas on va chercher une place discrète à l’objet déniché par le Père Noël et que l’on ne souhaite pas avoir sous les yeux en permanence

Le lendemain c’est aussi un grand moment de tentation. Un régime interdisant des excès chocolatés on doit se faire violence pour ne pas piocher dans les boites plus ou moins raffinées. On avance prudemment en promettant de n’en prendre qu’un longuement choisi avant d’en tester un second pour se rassurer sur les perspectives futures. Inutile de se faire des illusions on succombera plusieurs fois dans la journée après avoir jeté le plus loin possible ses bonnes résolutions au prétexte que Noël n’arrive qu’une fois dans l’année. On se promet intérieurement de revenir à la raison après les fêtes alors que l’on sait que ça n’a jamais marché. Sauf qu’il existe pour certains une catégorie de lendemains extrêmement sérieux. On pèle en vitesse une carotte, un poireau, une patate pour déguster toute la journée un bouillon salvateur ou dépuratif. Il faut avoir un certain courage pour se résoudre à accompagner ce  « plat bonheur » de coquillettes sans beurre… mais c’est un réflexe judéo-chrétien d’expiation d’une faute !

Les enfants blasés auront parfois vite oublié l’intérêt du jouet offert et commenceront à rappeler qu’ils s’ennuient. D’autres vous mangeront votre temps pour que vous les aidiez à mettre en route un engin tellement complexe que vous sécherez lamentablement devant la notice en anglais ou en chinois. Retomber en enfance, le lendemain de Noël ne devient plus une sinécure. La technique a pris le pas sur la bonne volonté. Impossible d’expliquer que vous ne savez pas piloter le drone dans la cuisine ou la salle à manger puisqu’il pleut dehors, faire envoler l’hélicoptère, participer à un combat de jeu vidéo… ou permettre au mannequin de s’exprimer en trois langues ! Alors souvent, on laisse transparaître ses faiblesses devant un gosse déçu alors que l’on était si flamboyant à l’ouverture du cadeau.

En fait le lendemain s’affirme comme un jour ingrat qu’il faut vite enterrer en pensant au premier de l’An. Le plus beau car il est encore devant nous. Attention il sera lui aussi suivi du 2 janvier qui vous permettra de vérifier la sincérité des vœux de la veille ! 

2 Réponses

  1. J.J.

    Ça c’est la version des gens que l’on montre à la télé, dans la forêt des marronniers d’hiver.

    Il y a aussi ceux pour qui le régime bouillon de pomme de terre, poireau, carotte, et les coquillettes sans beurre a servi de festin.
    Bien heureux si, à l’abri, ils ont pu préparer ce balthazar !

    Heureusement quelques âmes charitables, ou solidaires, (au choix, selon ses options personnelles) prennent en charge pour un moment ces naufragés de la société.

    Quant on nous montre cette agitation factice, ces débauches de dépenses de nourritures, de cadeaux pour la frime, ces processions en « habits brodés d’or pour chanter le confiteor », je ne peux m’empêcher de penser à ceux qui loin du superflu n’ont même pas le nécessaire.

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  2. PC

    Avec la revente instantanée des cadeaux de Noêl, notre société atteint des sommets de médiocrité et de bassesse.
    Comment peut-on montrer autant de mépris pour celui ou celle qui a fait l’effort de vous témoigner son amitié par un présent ,même si,parfois,on doute de la sincérité de l’offrant.
    D’une fête religieuse, on a fait un grand barnum
    commercial, bien relayé par les médias et on parle de crise…..

    Que penser

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