1619074_10203255651689059_380737615_nVisite cet après-midi en avant-première des lieux du grand stade de Bordeaux qui seront destinés aux partenaires. Ces entreprises qui espèrent tirer un avantage positif de l’accueil dans un nouvel espace prestigieux de clients potentiels ou de gens importants pouvant les aider à développer leurs affaires. Le site est technologiquement impressionnant avec une forte proportion de métal pour un ensemble donnant une impression de légèreté et d’efficacité. Pour l’instant le complexe paraît un pue spartiate mais comme on s’attend à y voir des grandes soirées il est plus facile de se contenter d’un confort minimum. Sur 3 étages (VIP au ras de la pelouse) loges au second et enfin public au troisième on assiste à une répartition liée aux fortunes de celles et ceux qui viennent découvrir un spectacle populaire par excellence : le football ! Une forme de stratification des moyens financiers entre les supporteurs payant leur entrée et les autres qui la font payer par leur entreprise ou leur collectivité ! Cette forme de « ségrégation » par le fric illustre les méfaits du financement du sport spectacle professionnel qui fait passer les moyens financiers avant toute autre valeur. Financé par le monde étranger du profit et surtout pas autonome dans ses possibilités financières, les clubs français rêvent de grandes enceintes qu’ils ne remplissent que très rarement ! En effet ils viennent d’obtenir un pactole de Canal + dont le principal objectif reste de fidéliser des supporteurs sur canapé au détriment des fans qui remplissent les travées de ces supers stades !

Le paradoxe réside dans une augmentation des droits de télé et l’arrivée dans un pays de consommateurs sportifs de milliers de places que personne n’occupera ! Les droits audiovisuels du foot français (L1 et L2) pour la période 2016-20 ont été attribués pour 748,5 millions d’euros annuels, un montant record qui a pourtant déçu certains dirigeants mais permis à Canal+ de s’offrir les meilleurs matches. Les droits domestiques du football français n’avaient jamais été vendus pour plus de 668 millions d’euros (2008-12). Cette fois, la L1 a été attribuée vendredi pour 726,5 millions d’euros et la L2 pour 22 millions. Jusqu’à la fin de la saison 2015-16, la Ligue de football professionnel (LFP) perçoit 607 millions d’euros annuels de la part des différents diffuseurs. Elle va donc enregistrer une progression de plus de 23% par rapport à la période précédente. A partir de 2016, le paysage sera également simplifié: Canal et BeIN Sports ont raflé l’intégralité des droits disponibles.

Les dirigeants de la LFP faisaient pourtant profil bas. « C’est un chiffre tout à fait proche de ce que nous souhaitions. Ce n’est pas un triomphe, mais un résultat honorable. J’avais parlé de placer le championnat français sur le podium en Europe, nous y sommes quasiment », a commenté son président Frédéric Thiriez. Certes mais nul ne sait quelles sera l’incidence sur l’affluence dans les stades et le retour sur investissement des partenariats public-privé ayant conduit à l’aménagement de places par milliers. Deux à trois matches par an (et encore) peuvent espérer rentabiliser de telles enceintes avec la mentalité actuelle du supporteur de football français. Marseille aura par exemple un stade vélodrome grandiose mais il y trouvera des travées vides. Sifflés dès l’échauffement par le maigre public qui avait pris place dans les tribunes, les hommes de José Anigo ont pu « apprécier » face à la lanterne rouge de la Ligue 1 les nombreuses banderoles qui ont garni les virages en grève (« Ce soir, comme vous, on a décidé de ne rien faire », « On ne vous supporte plus, on vous subit », « Joueurs, dirigeants, assumez vos responsabilités »…) ainsi que les bêlements de chèvres distillés durant tout le match. Un vrai match révélateur du monde du football français !

Que vient faire l’argent public dans ce monde là ? Les millions supplémentaires de Canal + serviront-ils à améliorer le spectacle ? Seront-ils plus efficaces pour la formation des jeunes ? Éviteront-ils d’aller chercher à l’étranger ces vedettes dont nous manquons faute d’obligation de faire figurer sur les feuilles de matchs des joueurs formés sur le territoire national en nombre suffisant? Relèveront-ils le niveau d’un récent Bordeaux-Nice ? Favoriseront-ils l’éducation des supporteurs qui, c’est une certitude, sont aussi les électrices et les électeurs du week-end dernier à Marseille ou ailleurs ? Au moins en Grande-Bretagne ou en Espagne, en Allemagne ou en Italie les impôts de ces chers contribuables si sourcilleux sur les feuilles qu’ils reçoivent ne servent pas à créer des stades gigantesques dans lesquels on entend des concerts de cris de chèvres, des insultes racistes, des bombes agricoles ou des fumigènes interdits… pas certain puisque depuis des décennies on en est revenu au principe romain de gouvernance : du pain et des jeux ! Pour l’éducation et la tolérance on verra plus tard !