Eté 1914 certains défilent dans les rues afin de récupérer l’Alsace et la Lorraine, provinces séparées depuis de longues années de la république une et indivisible. Il faudra une guerre (et quelle guerre) pour que la réunification ait lieu ! Eté 1944 on défile dans quelques rues de villes françaises libérées après une guerre qui a partagé la France en deux durant quelques années noires avant de la livrer aux nazis. Dans les « belles provinces » découpées, selon la théorie de Charles Maurras durant les mois de juillet et août 1942 par le gouvernement de Vichy on espère l’unité du pays. Ces périodes estivales entreront dans l’histoire de France au titre de périodes agitées. Que restera-t-il de celui que nous traversons ? Probablement des conflits mondiaux d’une exceptionnelle gravité. Les armes parlent partout et elles provoquent l’éclatement de nations pourtant réputées solides. Ukraine, Syrie, Irak, Mali, Afghanistan, Centrafrique, Somalie…les États sont dépecés, parcellisés, dispersés… pour des raisons ethniques, religieuses, économiques, géopolitiques et plus rien ne devient gérable quelle que soit la taille des sécessions. Alors nous garderons dans les carnets de 2014 la création par les députés socialistes de la « Limoupoicharaquie » une entité révolutionnaire qui va régler tous les problèmes du budget national en perdition. Ce nouveau territoire fort de 6 millions d’habitants, faisant 522 kilomètres du Nord au Sud et de l’Ouest vers l’Est pour une surface totale de plus de 80 000 km² va devenir l’eldorado des économies souhaitées par le gouvernement.

Lors de la prochaine période estivale on aura trouvé forcément un nouveau nom à cette région salvatrice. On connaîtra ses compétences parmi lesquelles figurera bien évidemment le tourisme. Des affiches dans le métro ou à la gare Montparnasse vanteront les mérites cumulés de la nouvelle « Limoupoicharaquie » avec ses plages, ses montagnes, ses campagnes et ses nombreuses villes patrimoniales. Un menu de synthèse sera proposé sur les terrasses des restaurants cuisinant maison avec avec chabrol corrézien, salade de chabichou chaud, huîtres de « Marenarcahon », foie gras dordognot-landais, bœuf limousin avec cèpes de Gironde, pastis landais aux pruneaux d’Agen ou gâteau basque, fromage de brebis béarnaise, pousse café avec Cognac ou Izarra… Enfin un label régional couvrira tout ça avec un logo ayant demandé des mois de concertation et de travail pour que personne ne se sente lésé.

L’été prochain en rentrant au bureau, dans la salle des profs, à l’hôpital ou dans l’une des rares usines qui fonctonnera encore il suffira de vanter les mérites de la « Limoupoicharaquie » pour avoir le don d’épater la galerie ! Ce sera bien plus branché que de raconter que l’on revient d’Espagne, de Croatie, du Maroc ou de Sicile. Le monde entier nous enviera les atouts de cette France des provinces forte de ses fromages, de ses langues régionales, de ses spécialités culinaires et plus encore de ses sites diversifiés. Il y a d’ailleurs quelque chose d’authentique, de vérité du terroir dans le nom même  « Limoupoicharaquie » qui va vite lui donner un avenir radieux !

C’est vrai que spontanément les Châtelleraudais, les Oloronnais, les Terrasonnais, les Lesparrains, les Espelettards, les Pisséens, les Créonnais, les Bordelais ou les Villeneuvois vont vite avoir le sentiment profond d’appartenir à une même entité administrative et humaine peu artificielle. Comme à terme le second volet conduira dans une dizaine d’années à une réduction du nombre des communes et de villes à moins de 2 000 dans tout le pays il sera très facile de fusionner les particularismes locaux au sein de cette structure administrative efficace, cohérente et attractive rassemblée autour de bordeaux métropole située à une journée de voiture aller retour des territoires. Le modernisme basé sur les théories du géant aux pieds fragiles mais aux muscles saillants a frappé. La « Limoupoicharaqui » devient le nec plus ultra de l’intelligence politique basé sur la connaissance prophétique des uns et l’ignorance réactionnaire des autres ! Devenir Préfet, Recteur ou directeur régional des services de l’Etat en « Limoupoicharaquie » nécessitera l’usage d’un hélicoptère !

L’été 2014 aura donc connu sa longue « anti-nuit du 4 aoû »t avec la fin des privilèges accordés à la proximité politique et la réapparition des rentes découlant de l’appartenance à la caste partisane des apparatchiks . Une nouvelle noblesse vient en effet de naître celle qui permettra à la manière espagnole ou allemande d’avoir des gens qui savent et qui deviendront pour les uns « gouverneur fermier général » et pour les autres « ministres provinciaux et nobliaux territoriaux » ayant les moyens de s’ériger contre le pouvoir national en créant des « statuts particuliers ». On achètera une « charge » grâce à son appartenance au cénacle politicien parisien ou son passage par un IEP ou l’ENA. Et les provinces deviendront des lieux de recyclage des échecs électoraux nationaux pour les plus en cour. C’est un choix certainement valable dans de nombreux pays doté d’identités régionales fortes mais la marmelade française risque de conduire dans quelques décennies à la déconfiture ! En effet, l’essentiel est passé sous silence : de quels moyens financiers et humains sera doté la « Limoupoicharaqui » afin de se montrer plus économe et plus performant que les structures actuelles réunies ? Mais ça c’est le vrai problème donc on l’évoquera plus tard, beaucoup plus tard, à la rentrée et une fois que l’on sera revenu aux réalités !