images6LQAGXG7Il y a dix ans jour pour jour disparaissait Sacha Distel qui entre autres mérites avait eu celui d’être l’auteur de ces paroles qui ont fait fureur au cours de l’été 1959 et qui appartiennent désormais à la légende des sixties :

« La rencontrant chez des amis
Je lui dis : Mademoiselle
Que faites-vous donc dans la vie
Eh bien répondit-elle
{Refrain:}
Je vends des pommes, des poires,
Et des scoubidoubi-ou ah…
Pommes?… (pommes)
Poires?… (poires)
Et des Scoubidoubi-ou Ah
Scoubidoubi-ou (…) »

Un monument de poésie qui enthousiasma celles et ceux qui maintenant appartiennent tous au 3° âge celui où l’on critique vertement ce que font en été les jeunes dévergondés qui ne savent rien de la beauté des mélodies d’antan. Sacha Distel chanta Scoubidou pour la première fois lors de la Nuit électrique, une émission de radio Dès le lendemain de sa diffusion à la télévision, les disquaires sont pris d’assaut par le public et enregistrent « plus de 20 000 commandes du disque ». Le titre entre dans le classement des meilleures ventes de 45 tours le 15 février 1959 et y reste 41 semaines Avouez que nous aurions bien du mal à trouver un tube de cet été qui accomplisse une telle performance. En revanche nul ne connaissait le merchandising qui allait accompagner ce refrain qui n’avait pas été inspiré pour faire consommer des fruits français en surplus !

La mode de la fabrication des scoubidous envahit les cours des écoles et des collèges d’enseignement général. Ce fut fulgurant en ces mois de vacances puisque la foucade perdura au temps scolaire. On rivalisait de virtuosité pour agrémenter les couleurs et tresser ces fils achetés dans le bureau de tabacs ou l’épicerie du village. Des kilomètres de gaines pour fils électriques furent ainsi transformés en espèces de boudins carrés plus ou moins longs ou lplus ou moins bariolés. Il exista même un commerce du scoubidous qui nécessita une industrialisation de cet objet non identifié. On inventa des personnages, des tressages complexes à 4, 6 ou 8 fils et des arrangements en forme de cœur ! on fit tout et n’importe quoi en scoubidous. En fait l’histoire n’a jamais dit que c’était aussi vieux que l’artisanat provençal puisque c’est à La Palud, village spécialisé dans les balais, qu’en récupérant les poils du sorgho ou des fils de nylon les enfants confectionnaient des « scoubidous » n’ayant pas ce nom.

On peut aussi se souvenir des très anciens étés du « tricotin » permettant à peu près les mêmes ouvrages avec les fins de pelotes de laine des grands-mères. Mais c’est vraiment tellement ringard que plus aucun fabricant de ce métier à tresser n’ose le remettre sur le marché ! Et on ne se voit pas en train de chanter « tricotin..Ah ! Ou tricotin… tin ! »

rainbow-loom-bracelet-diy_thumb[2]Il ne faut pas nécessairement avoir une chanson support pour lancer un engouement de cour d’école qui va ensuite s’étendre au-delà du départ en vacances. Cet été après les bracelets magiques brésiliens les enfants ont été happés par les… élastiques. Jeunes et surtout moins jeunes portent au poignet les créations de leur progéniture. Des vidéos présentent les méthodes pour entrecroiser ces petits ronds souples dont on varie à l’infini les couleurs les plus fluorescentes possible. Les créations s’adaptent à la mode, au moment de la journée et deviennent des objets de luxe qui vont finir par être confectionnés avec des élastiques en or ! Une robe en Rainbow Loom (la marque mère), réalisée par une maman du pays de Galles, a été vendue 215 000 € sur ebay. Les scoubidous n’ont vraiment jamais sombré dans le monde du profit. On en arrive encore à parler de sécurité avec des doigts entortillés ou des dérapages avec des élastiques qui tapent à l’œil de celui qui les confectionne. Changement d’époque… changement de mentalité…changement de paradigme.

Allez reprenez sans moi (si je chante vos vacances seront gâtées) :

« Je vends des pommes, des poires,
Et des scoubidoubi-ou ah…
Pommes?… (pommes)
Poires?… (poires)
Et des Scoubidoubi-ou Ah
Scoubidoubi-ou (…) »… et vivez heureux !