Du temps où la guerre froide battait son plein il était de bon ton à droite et à l’extrême droite de clamer que la parti Communiste Français allait prendre ses ordres à Moscou. Et au meilleurs moments il fallait absolument ajouter que financièrement il y avait des transferts secrets via l’ambassade d’URSS afin de financer les campagnes du PCF. Il serait vain de nier que des transfusions ont eu lieu durant des décennies au nom de la « solidarité aux partis frères ». L’Union soviétique a, depuis les années 1920, aidé financièrement et matériellement les divers partis communistes à travers le monde quand la CUA ne se privait pas d’effectuer des transferts dans le camp de la Droite nationaliste.
Durant la guerre froide, par année fiscale, environ 2 millions de dollars US furent transférés à la demande du Politburo du Parti communiste de l’Union soviétique de la Gosbank (banque d’État soviétique) au PCF ; ce sont des agents du KGB qui livraient les sommes demandées aux dirigeants des partis concernés. Les PC martiniquais, guadeloupéen et réunionnais encaisseront environ 2 millions de dollars entre 1961 et 1990 reversés par le PCF.
Le 13 novembre 1979, alors que la guerre d’Afghanistan va s’engager, le Politburo, à la demande de Boris Ponomarev, dégage, « étant donné la situation extrêmement difficile du Parti », six millions de dollars pour le PCF pour lui permettre de payer ses dettes. Le soutien apporté par le PCUS était aussi matériel et concernaient également les journaux affiliés au PCF. De 1982, année de la première livraison, jusqu’en 1989, la dernière, ceux-ci ont reçu gratuitement 4 058 tonnes de papier. Le 10 juillet 1987, le Politburo approuve, « suivant la demande du PCF », la livraison de 1 300 tonnes de papier par an pour les années 1987 et 1988. Pour la seule période de 1971 à 1990, le PCF encaissera cinquante millions de dollars… mais la source s’est tarie depuis et l’on sait que les difficultés financières se sont donc aggravées allant jusqu’à la mise en vente du siège national. C’est une réalité pas une critique car si on sait maintenant que ce cordon ombilical a existé on sait aussi qu’il a existé des méthodes de financement beaucoup moins glorieuses dans les autres partis à la même époque. N’empêche que les médias bien pensants d’alors se sont déchainés contre le PCF !
L’objectif consistant à entretenir en France un courant favorable à l’URSS et à ses prises de position internationales n’a jamais disparu véritablement. Désormais cependant il a été modifié. Poutine a abandonné les « partis frères » pour consacrer une part de ses efforts aux « partis nationalistes » qui lui semblent beaucoup plus proches de ses préoccupations. Le cœur de sa politique repose sur des « principes » similaires avec un « racisme » intérieur russe très marqué, avec une vision identitaire de plus en plus forte, des positions sur des réalités sociétales assez proches de celles des partisans de l’extrême droite occidentale ou de celle des ex-satellites soviétiques, un rapprochement manifeste avec les intégristes religieux orthodoxes. Ce constat devient de plus en plus patent : Poutine surfe sur les nationalismes et défend les partis en phase avec sa politique.
Bizarrement on doute de plus en plus de la nature des liens tissés entre le Kremlin et le Front National. Rassurez vous ça fera moins de bruit que les huées ayant montré à Juppé le cynisme absolu des Sarkozy. Et pourtant !
Marine Le Pen, la plus anti-communiste qu’il soit se rend régulièrement à Moscou et notamment en juin 2013 pour participer à un colloque intitulé « Morale et démocratie » (sic) qui se déroule en… Crimée (le hasard!) dont elle soutiendra ensuite l’annexion ! Elle prononce aussi un éloge passionné pour le régime de Poutine et a assuré le pouvoir russe de sa « loyauté ». Les liens se renforcent. Moins d’un mois après l’annexion de la Crimée, elle retourne dans la capitale russe, le 12 avril 2014. Une visite de soutien – certains diraient d’allégeance. Elle y partage ses points de vue avec son ami Narychkine et le patron de la commission des Affaires étrangères de la Douma, qui, sanctions obligent, n’ont plus le droit de se rendre en Europe. Cinq jours plus tard, elle est récompensée : à la télévision russe quand le président Poutine se félicite du »succès de Marine Le Pen » aux élections municipales en France. Et, en juin, le parti du Kremlin, « Russie unie », annonce qu’il va s’associer officiellement au Front national (tout en conservant rappelons le, ses relations privilégiées avec l’UMP).
Le point d’orgue à cette idylle que les médias français ne dénoncent pas (une brève suffira) a été mis ces derniers jours avec l’annonce officielle d’un prêt de 9 millions d’euros (une paille) à la First Czech Russian Bank Le négociateur est un député européen, Jean-Luc Schaffhauser, qui émarge au Rassemblement bleu Marine. Passé par le centre droit, cet homme de 58 ans a conduit la liste FN aux municipales à Strasbourg. Cela fait plusieurs années que cet ancien consultant chez Dassault (sic) collabore avec Mme Le Pen pour les questions économiques… Elle ne nie d’ailleurs absolument pas ce prêt miraculeux en déclarant « Avec les départementales dans quatre mois, il y a urgence ! En tout, avec les régionales, c’est 30 millions. Nous disposons de 5 millions d’euros de subventions par an. Nous n’avons plus de biens immeubles. On est obligés de souscrire des prêts ».
Et dire qu’il a des gens au RSA, des ouvriers sous-payés, des petits retraités, des agriculteurs modestes, des femmes isolées, des pauvres gens qui vont voter pour des candidat(es) rémunérés et sponsorisés par Poutine !

2 Réponses

  1. Rocky

    Ah bon ? Ben du coup je vais peut-être voter pour eux, alors. Il me plaît bien, moi, ce Poutine ….

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  2. J.J.

    Si je comprends bien, si l’on n’est pas mangé par les impérialistes étasuniens et leurs soi disant traités de commerce léonins, qui ne sont en réalité que l’officialisation de la main mise des USA et du Canada sur l’Europe (avec la collaboration, dans le sens exécrable du terme, de dirigeants européens) , on risque d’être dévorés à la sauce brune ?
    Ce n’est pas vraiment rassurant ! Je suis bien content d’être vieux.

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