Comme bien d’autres candidats de gauche aux élections cantonales me voici engagé avec Anne-Laure Fabre-Nadler pour le second tour dans une confrontation directe avec un duo appartenant à la droite traditionnelle. Alors que dans de nombreux cantons il y aura des triangulaires nous aurons la particularité d’un face à face démontrant que dans une campagne électorale il ne faut pas toujours avoir un programme ou une position « positive » pour faire recette puisque la seule promesse faite par nos opposants était de mettre fin à « 40 ans de Madrellie ». C’est raté ! Il manque désormais aux « sans étiquette UMP » de capter toutes les voix du Front national pour obtenir les… 24 % (soit quasiment doubler leur score!) dont ils ont besoin pour devancer la gauche unie !

C’est là le vrai problème de ce poker menteur qui s’installe en France où tout le monde tape avec vigueur sur le FN mais s’arrange fort bien de l’attitude de ses électeurs quand ils servent de force d’appoint. Un amalgame discret se créée malgré les affirmations officielles au sein du « FNUMP » quand les Lepénistes n’ont pas atteint la barre des 12,5 % des inscrits. Le « tripartisme » est effectivement installé dans le pays mais avec des frontières poreuses. Bien entendu les migrations de voix entre l’extrême-droite et l’UMP-UDI-Modem ne sont pas une vue de l’esprit et elles sont palpables dans les discours. Elles existent et peuvent même être organisées en douce… sur certains territoires. Selon les analyses effectuées par l’IFOP les transferts de voix et la circulation des différents électorats est extrêmement complexe. On constate ainsi que les candidats du FN ont bénéficié du soutien de 87% de l’électorat de Marine Le Pen à la présidentielle (9% votant pour des candidats UMP-UDI) mais qu’ils ont également capté 18% de l’électorat de Nicolas Sarkozy, 8% de celui de François Hollande, 9% de celui de Jean-Luc Mélenchon et 6% de celui de François Bayrou. La dynamique frontiste s’explique donc par une forte fidélisation de son socle présidentiel et par une capacité à mordre significativement sur l’électorat de droite tout en drainant également des voix à gauche et au centre. C’est particulièrement visible dans certaines communes du canton de Créon où la baisse des voix du PS correspond à l’augmentation de celles du FN.

Les candidats UMI-UDI quant à eux captent 62% de l’électorat sarkozyste (15% votant pour les Divers Droite) et 50% de l’électorat de François Bayrou, 17% optant pour les divers droite et 24% pour des candidats de gauche. Si les candidats du PS recueillent 63% des voix de François Hollande, ces dernières se sont assez dispersées : 14% allant sur les Divers Gauche ou les Verts, 6% sur le Front de Gauche, 8% à droite et 8% sur le FN. C’est les constats du 22 mars. Place au 29 !

En fait les consignes données au second tour par les mentors du FN ne seront pas différentes d’un canton à un autre démontrant que parmi les votes lepénistes il n’y pas contrairement à ce qui est dit, une majorité de gens déçus par la gauche. Le fonds de commerce FN reste essentiellement des gens de la droite traditionnelle déçus par l’UMP jugée trop tolérante surtout en Gironde. Privés de candidats au second tour, comme c’est le cas sur le canton de Créon les électeurs frontistes se reporteraient majoritairement sur l’abstention ou les bulletins blancs et nuls, à 49%. Une plus faible proportion, 41%, opterait pour le binôme de droite, contre seulement… 10% pour la gauche si l’on en croit l’étude IFOP. Il ne faut donc pas se bercer d’illusion les aller-retours entre FN et UMP vont se renforcer et à terme devenir extrêmement normaux puisque les « mots d’ordre » donnés ne sont plus du tout suivis.

En fait le fameux vote protestataire se mue lentement mais inexorablement en vote politique pur et dur comme si le seul but était de voter contre les élus de gauche identifiés comme socialistes. Ces derniers ne bénéficient pas nécessairement des mêmes effets de leur « camp » puisque quand le Front de gauche-PC n’est pas au rendez-vous du second tour dans de nombreux cantons on ne peut compter que sur un report partiel des voix du Front de gauche, à 65%. Une part non négligeable des électeurs soit 31%, choisiraient l’abstention ou le bulletin blanc ou nul donnant de fait leur voix à la droite. La situation est bien plus claire dans un second tour avec des triangulaires puisque chaque camp cherche seulement à améliorer son résultat en ayant recours aux abstentionnistes quand il a réalisé comme l’UMP-UDI-MODEM le plein des voix possibles dès le premier tour ! On verra donc dimanche quel est le vrai poids des diverses alliances possibles et les commentaires actuels pourraient être bien décalés ! Toute voix de gauche perdue renforce l’effet FN sur le second tour ! C’est la seule vraie certitude !
Jean-Marie Darmian