Les pays dits évolués regorgent de médicaments pour entretenir l’éternel rêve de l’immortalité. Désormais il faut bien en convenir l’accession au système de santé devient à cet égard très inégalitaire car liée à la capacité financière de celle ou celui qui a besoin de soins. On est en effet extrêmement éloigné d’une couverture sanitaire universelle. L’épidémie Ebola a parfaitement démontré qu’à tout moment, comme au Moyen-Age avec la peste ou le choléra les ravages d’une maladie mal maîtrisée ou même inconnue pouvait ravager un continent. Cinq milliards de personnes dans le monde ne disposent pas d’une protection sociale efficace. Le dispositif du CSU permettrait aux populations les plus pauvres de franchir la barrière de l’argent pour se soigner et encourage la modernisation des infrastructures de santé.
Certains gouvernements du Sud, comme celui du Sénégal, ont déjà adopté la CSU, mais l’engagement public, indispensable, fait encore défaut dans la majorité des Etats faute de moyens financiers. En décembre 2012, une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU a reconnu l’importance de la couverture sanitaire universelle. Alors que l’ONU s’apprête à redéfinir ses objectifs du millénaire pour le développement pour 2015, de nombreuses associations se mobilisent pour que la CSU figure parmi les priorités internationales. C’est mal parti dans un contexte croissant de manques de crédits pour une véritable solidarité internationale.
Un nouveau fléau menace maintenant l’Afrique : celui du profit conduisant à exploiter toutes les formes de misères sans scrupules et sans la moindre pitié. Après la famine, les guerres ethniques ou pseudo-religieuses ou Ebola, le continent africain est frappé par un mal terrible car reposant sur la volonté de tuer en faisant du fric mais tout aussi meurtrier, celui des faux médicaments qui tuent tous les ans plus de 100.000 personnes. A cause du manque de ressources humaines et de la cherté des produits pharmaceutiques, l’Afrique représente une proie facile pour cette « l’industrie assassine » qui se développe chaque jour davantage sur la mondialisation.
Des milliers de personnes perdent la vie sur le continent non pas à cause des épidémies mais victimes d’industriels « faussaires » qui expédient des médicaments falsifiés, dangereux ou totalement inefficaces. C’est une nouvelle forme de profit pour des mafias internationales parfaitement conscientes de ce qu’elles provoquent ! Ainsi un faux antipaludéen et un autre de piètre efficacité seraient ainsi incriminés dans la mort de 122.350 enfants africains en 2013. En Afrique, le tiers des médicaments contre le paludisme, maladie la plus mortelle du continent, est constitué de « faux », une proportion qui peut monter à 40% au Ghana et au Cameroun, voire près de 64% au Nigeria, selon les experts. Les faux médicaments sont « une industrie assassine en plein essor » en Afrique, a résumé le directeur national de la pharmacie du Sénégal lors de la réunion, en présence de spécialistes du monde entier. Et désormais cette contrefaçon désastreuse, estimée à 15% des médicaments dans le monde, peut atteindre 30% en Afrique. Il est quasiment impossible de juguler un tel fléau car les enjeux financiers sont énormes, les besoins croissants et la corruption incontrôlable. Le paradoxe c’est que chez nous le débat porte sur… la libéralisation du système d’accès eux médicaments avec d’autres dangers.
La Suède a récemment annoncé la suspension immédiate de la vente de comprimés de paracétamol dans les grandes surfaces. Une décision motivée par l’explosion (+40 % en moins de quatre ans) des cas d’intoxication liés à une trop grande consommation de ces… médicaments. Ces éléments relancent un débat sensible en France. En décembre 2013, l’Autorité de la Concurrence avait émis un rapport favorable à la mise en vente du paracétamol en grande surface afin de casser le monopole des pharmacies sur leur vente. Le PDG du groupe Leclerc, avait mené campagne dans ce sens et un inévitable sondage avait démonté que les Français semblaient y être favorables. Il faut ajouter qu’une augmentation croissante des ventes via internet avec des provenances pour le moins incertaine est constatée depuis ces dernières années. Il existe aussi un risque de faux médicaments arrivant d’Asie ! On évalue en France le marché de ce type à un milliard d’euros ! Les professionnels de santé avaient justement fait valoir que la vente de médicaments en grande surface allait conduire à un mauvais usage, une surconsommation et à des intoxications médicamenteuses d’un autre style que celui d’Afrique. les faux arrivent aussi !
Étrangeté d’un monde où la santé n’est qu’une affaire d’argent. Dans un cas comme dans l’autre le médicament devient un enjeu profitable avec en arrière-plan la vie ou la mort d’êtres humains fragilisés. C’est le XXI° siècle dans sa splendeur humaniste !

2 Réponses

  1. J.J.

    Il n’y a pas qu’en Afrique que sévissent les imposteurs à la santé : nous assistons à une recrudescence de pratiques de pseudos médecines dites douces, qui en réalité, profitent de la naïveté ou encouragent la charlatanerie et privent parfois les malades de traitements qui pourraient se révéler efficaces.

    La vente des faux ou pseudo médicaments est également encouragée, avec le remboursement, de granules de glucose produites par des laboratoires(?) et lobbys ayant pignon sur rue et se livrant à une publicité fallacieuse éhontée et fantaisiste.

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  2. Foissac

    il faut une réforme fondamentale de la conception des soins de santé.
    j’aborderai le problème en France. la médecine actuelle repose sur le principe de productivité et de rentabilité. les généralistes ne se déplacent plus, donc il a été crée une structure d’intervention qui coûte plus du double que le visite d’un généraliste.
    puis c’est la surcharge des urgences.
    ensuite le bénéfice/ risque du médicament ne prend en compte les effets indésirables et parfois très lourd à équilibrer. de plus en plus de patients refusent cette médecine , d’ou accroissement des médecines douces et alternatives.
    ensuite aucune anticipation et prévention sur la santé par rapport à la vie actuelle n’est engagée. ce qui était vrai il y a 50 ans, a évolué.
    il faut créer des structures de quartier qui prennent en compte une politique globale de santé et de prévention. il faut en finir avec la consultation à 20 mn.
    Ensuite, le soutien aux pays pauvres ne peut être réel que dans le cadre d’une aide au développement. Sur cet aspect, ça n’est pas demain!!

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