Le téléphone mobile est devenu l’objet le plus inutile pour beaucoup de gens mais que plus personne ne supporte inactif. Des milliers d’appels ne sont justifiés ni par l’urgence, ni par le travail, ni par un besoin de communiquer. Il s’agit surtout d’exister en ouvrant un dialogue avec un(e) autre à un moment où l’on se pense isolé du monde. En fait plus personne n’admet de ne pas pouvoir raconter des banalités via un appareil qui n’a plus qu’accessoirement un rôle de téléphone. C’est devenue une exigence sociale que celle d’être joignable n’importe où, pour n’importe quoi et par n’importe qui ! Alors que l’arrivée de l’eau potable était vitale, que celle de l’électricité était signe de progrès du confort, que le téléphone filaire sécurisait on penche vers le superflu pour tous !
Dans un communiqué, le ministre de l’Economie a annoncé un « accord entre les opérateurs de téléphonie mobile pour la couverture des zones rurales », au terme duquel ils seront également tenus de couvrir en 2G d’ici fin 2016 les bourgs ne disposant d’aucun service de téléphonie mobile. Les « zones blanches » deviennent des handicaps au développement puisque les touristes éventuels ne supportent pas d’être détachés de leur mobile avec en plus tous les services qui vont avec. L’impossibilité de se connecter au « monde » que l’on a quitté constitue une faiblesse sociale caractérisée. On va donc mobiliser les opérateurs pour qu’ils aillent desservir des lieux où la densité de population est faible et où la rentabilité est donc inexistante. Il reste un léger problème que n’a pas réglé le Ministre : qui va payer les pylônes ? Les opérateurs ? Non : les collectivités territoriales (intercommunalité? département? région ?) ! Les fameux opérateurs ne viendront qu’après. Ce fut ainsi dans bien des cas depuis des années pour des secteurs à équiper : on vient mais vous payez  ! Et qui va affronter les populations hostiles ?
L’accord sur les zones blanches s’inscrit dans la mise en œuvre du projet de loi Macron récemment voté par le Sénat et qui doit encore passer en commission mixte paritaire. Les quatre opérateurs mobiles nationaux seront désormais tenus de couvrir l’ensemble des centres-bourgs des communes qui ne disposent, à ce jour, d’aucun service de téléphonie mobile (2G) d’ici la fin 2016. Au-delà des 160 communes déjà identifiées, un recensement va être réalisé, dans les prochains mois, afin d’actualiser la liste des communes concernées.  
Les opérateurs devront également apporter un service d’accès mobile à internet (3G) aux 2.200 communes aujourd’hui non couvertes avant la mi-2017. Beaucoup de promesses ou d’effets d’annonce dans un contexte où les collectivités n’ont plus les moyens d’investir ! « Nous voulons que chacun puisse téléphoner avec un mobile, où qu’il réside », a déclaré Emmanuel Macron. C’est essentiel pour l’avenir… d’autant que l’on sait qu’en cette période de stagnation du pouvoir d’achat le budget consacré à la téléphonie et internet atteint des sommes conséquentes.
Depuis cinquante ans, les ménages augmentent leurs dépenses en économie de l’information, passées de 3,8 % de leur budget en 1960 à 6,0 % en 2012. La moitié de ces dépenses sont pré-engagées par des abonnements. Au sein de l’économie de l’information, les prix des biens baissent et ceux des services ralentissent. Combiné à l’arrivée régulière de nouveaux produits, ce phénomène favorise une hausse des dépenses en volume, plus soutenue en biens qu’en services. On achète les derniers appareils ou on souscrit aux options les plus chères.
En 2012, trois personnes sur quatre résidant en France métropolitaine avaient utilisé Internet au cours des trois derniers mois, contre seulement 56 % en 2007. La fracture numérique se réduit entre catégories sociales : Internet touche la quasi-totalité des cadres depuis 2007 ; quatre ouvriers sur cinq l’utilisent en 2012, contre un sur deux cinq ans auparavant. Des différences de pratique selon l’âge demeurent, mais l’usage de l’internet se banalise. De nombreuses fonctionnalités disponibles sur la toile sont de plus en plus utilisées. Achats mais aussi ventes en ligne sont ainsi de plus en plus sollicités ces dernières années. Le développement accéléré de l’internet mobile accompagne ces évolutions : en 2012, 40 % des personnes résidant en France ont déjà surfé sur Internet, en dehors de chez elles, via un ordinateur portable, un téléphone portable ou un appareil de poche, elles n’étaient que 10 % cinq ans auparavant. sauf qu’il existe des résistants. Alors que la persistance de zones blanches empoisonne le rapport de milliers de Français à l’Internet, soulignons l’initiative paradoxale prise par une petite commune des Hautes-Alpes : Saint-Julien-en-Beauchêne. Classée « zone à très faible rayonnement électromagnétique », cette commune a annoncé à l’automne dernier son souhait de créer la première zone blanche de France afin d’accueillir des personnes victimes d’une hypersensibilité aux ondes électromagnétiques. A méditer
En fait l’accès au haut débit est infiniment plus important pour le développement de certaines zones que l’arrivée de la téléphonie mobile mais on l’oublie aisément. Et à cet égard la fibre optique prend une place particulière. Elle bénéficie d’annonces de financements exceptionnels mais elle n’irriguera le territoire que si, encore une fois les collectivités territoriales mettent fortement la main à la poche. Là encore on en reparle dès 2016 avec la baisse des dotations !

2 Réponses

  1. François

    Bonjour !
    Encore une fois, nos têtes pensantes prennent le problème …à l’envers !
    Aussi, J-M, je fais appel à ton poids politique pour que l’on augmente la puissance des émetteurs en allongeant ainsi leur portée ( quitte à être bouffés par les ondes, accélérons le processus ! ) et, simultanément, créons ( ! ) des zones blanches dans les automobiles, les salles de réunion et d’examen, les lieux de cultes, les cimetières et ….les endroits cachés pour moments charmants ! ! ! !!!!!!!!!
    Sale bête d’appareil, ça fonctionne toujours quand tu n’en as pas besoin !
    Cordialement.

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  2. Christian Coulais

    Autre contrepartie du pacte avec le lobby des télécom, pour la couverture des zones blanches, la disparition totale des cabines téléphoniques.
    Mais l’implantation de la 2G ne rendra pas le service internet désiré en zone blanche. Alors que l’administration et Pôle emploi, [3-4-5 (voire 6 bientôt) millions de clients], nous incite à la dématérialisation.

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