Il y a toujours du nouveau au Sud… C’est le cap de l’aventure et des traversées des déserts pour certains ou la conquête d’horizons nouveaux pour bien des européens depuis des siècles. N’empêche que chaque jour davantage une fracture s’installe sur le vieux continent, une sorte de faille tellurique qui va séparer le bloc nordique du reste. L’Union européenne confiée depuis l’arnaque du Traité constitutionnel européen aux lois du marché et du profit selon la volonté forte des libéraux d’inspiration américaine est mis en pièces mois après mois. Elle court à la faillite faute d’avoir fait de l’humain le cœur de ses projets. Après les Grecs, dans une certaine mesure les Italiens, la Français via le vote Le Pen parce que nous avons toujours un retard politique voici que les Espagnols ont adressé un sévère avertissement à l’establishment politique, entrouvrant les portes de Barcelone et de Madrid aux « indignés », à l’issue d’élections municipales et régionales où l’antilibéral Podemos a globalement confirmé sa troisième place. En fait lentement mais inexorablement le système des partis ayant jusque là cogéré les pays européens s’effondre. Une sorte de tsunami les balaient de leurs places confortables où par diverses manœuvres ils entretenaient l’illusion de leur pouvoir.
L’Islande dans l’indifférence médiatique avait donné l’exemple en bravant tous les principes établis pour installer des dirigeants sans expérience mais fermement décidé à chnager radicalement la donne et revenir à la vraie citoyenneté, celle qui fait prendre des risques au consommateur(trice) qui sommeillent en chaque électeur (trice).
A Barcelone, la liste de la militante anti-expulsions Ada Colau est ainsi arrivée en tête devant celle du maire sortant Xavier Trias, un nationaliste conservateur: elle a obtenu onze sièges contre dix pour celui-ci, cinq pour Ciudadanos (centre droit) et quatre pour le Parti socialiste catalan. A Madrid, la liste « Ahora Madrid » de Manuela Carmena, comprenant notamment Podemos, est deuxième après celle du Parti populaire (20 conseillers contre 21 conseillers) mais pourrait gouverner avec l’appui du Parti socialiste (neuf sièges), Ciudadanos arrivant quatrième (sept sièges). Un vrai bouleversement d’autant plus facile que les espagnols ne vont pas faire la connerie de voter pour l’extrême-droite tant ils ont encore les stigmates de la période franquiste comme les Grecs se souviennent de l’époque des colonels. La liesse a gagné les partisans de cette ancienne juge de 71 ans qui ont fêté ce qu’ils considèrent comme une victoire, dans cette capitale de l’Espagne tenue par la droite depuis 23 ans, berceau du mouvement des « indignés » contre la corruption et l’austérité.
Podemos, créé en janvier 2014 par un groupe d’enseignants en sciences politiques, a d’ailleurs gagné une troisième place dans douze régions. « Les partis au pouvoir ont eu les pires résultats de leur histoire », a réagi fièrement Pablo Iglesias, son leader, promettant « un changement irréversible » L’autre nouvelle formation nationale, Ciudadanos, parti de centre droit né en Catalogne, s’est présentée dans un millier de mairies et a pu se hisser à la troisième place au niveau municipal avec un discours moderne, favorable aux entrepreneurs, implacable sur la corruption. Ce sont des mouvements et pas nécessairement des « partis », ce sont des espaces de discussion et plus des écuries personnalisées d’accession au pouvoir. Ils font campagne sur des valeurs alors que dans bien des pays on énumère des programmes dont on sait fort bien qu’ils sont des miroirs aux alouettes. Même si la réalité de leur action sera extrêmement difficile, même si demain ils doivent se heurter au mur du fric et des oukases européens, ces nouvelles entité politiques auront remis au centre du débat des principes démocratiques oubliés.
Ils seront cependant vite rattrapés par la réalité des tractations qui suivront ces résultats: faute de suffrage universel direct, Ada Colau doit être investie par le conseil municipal et peut encore être renversée par une coalition d’opposants. A Madrid, le PP, qui reste en tête mais perd 10 conseillers, a encore ses chances dans une tractation à l’ancienne.
Sur l’ensemble du pays, la droite ne s’effondre pas mais cède du terrain. Elle perd une région qui passe au Parti socialiste (Estrémadure, ouest) et en garde 12 sur les treize en lice, mais sans majorité absolue. Les voix du PSOE alliées à celles de Podemos dépassent souvent les siennes ce qui va contraindre les socialistes à infléchir considérablement leur ligne politique. D’aileurs le secrétaire général du PSOE, a lui estimé que les Espagnols avaient montré qu’ils voulaient un coup de barre à gauche, assurant qu’il appartiendra à son mouvement de faire en sorte qu’il y ait « des gouvernements progressistes » et « un changement sûr ». A quand un tel discours en France avant le nouveau désastre des régionales ?