Le nouveau stade de Bordeaux a eu le privilège cette année d’accueillir deux demi-finales du Top 14 ce qui probablement ne se reproduira pas dans l’avenir puisqu’une farouche concurrence va exister entre les exploitants de ces équipements à rentabiliser. Il faudra en effet dans un an à la même date faire un vrai bilan économique de ces structures dont toutes les prévisions d’exploitation sont extrêmement aléatoires. L’effet de nouveauté passé et surtout l’ouverture d’autres enceintes attractives, les grandes affiches nationales ne suffiront plus à remplir les caisses des loueurs ou des propriétaires. Le dumping lyonnais, marseillais, lillois, stéphanois et surtout émanant du nouveau stade prévue par la Fédération de rugby va mettre à mal bien des calculs de rentabilité. Quand on a entendu la résonance du gueulard de speaker bordelais on peut facilement imaginer qu’il faudra des infrastructures de sonorisation exceptionnelles pour qu’un concert soit de qualité d’autant que bientôt la grande salle métropolitaine sera spécialisée. Il faut aussi se pencher sur le spectacle offert en rapport avec le prix des places.
Le rugby pratiqué par l’Union Bordeaux Bègles dans le cocon du stade Lescure est pour beaucoup dans les chiffres d’affluence. La rencontre entre le Stade Français et Toulon pas plus que celle entre Toulouse et Clermont n’ont pas enthousiasmé les véritables amateur de rugby. A moins que… Je n’ose penser ce qu’écriraient quelques anciens du service des sports de Sud-Ouest (n’est-ce pas Jeff?) un peu couillus sur ces confrontations poussives, sans véritables envolées et qui sentaient la fatigue morale et physique dans le camp de ceux qui sont restés en rade ou qui n’ont pas ris l’Airbus de la finale. Ce jeu n’attire plus que les supporteurs inconditionnels qui viennent voir un combat de gladiateurs d’une autre époque avec des légions étrangères surpuissantes. Le principe de la rivalité entre tanks, la conduite d’autos tamponneuses, la technique du perce-muraille n’ont aucune attractivité. Il faut que quelques forçats s’évadent en finesse ou en vivacité pour que l’on trouve un brin d’humanité dans ces affrontements marqués par un nombre époustouflant d’entorses aux règles de ce qui n’est plus un jeu. Entre Clermontois et Toulousains il fallait sacrément aimer l’un des deux clubs pour trouver un vrai intérêt à une première période sans aucun relief. Et s’il y a eu du suspense ce ne fut que le fruit de l’incapacité d’un camp ou de l’autre à « décoller ».
Il faudra attendre la finale pour savoir si vraiment on a raison d’espérer dans le rugby moderne. En tous cas les statisticiens sur deux rencontres de haut niveau devront fournir le nombre de mêlées refaites, le nombre de touches annulées, le nombre de fautes sifflées pour que l’on analyse objectivement la qualité du spectacle fourni… Des dizaines et des dizaines ! Il faudrait un jour donner un point à l’équipe ayant commis moins de 5 fautes dans un match ! C’est vrai qu’au rugby la faute ne s’accompagne des roulades perverses car simulées des adversaires et que l’on ne discute pas les décisions prises. On pardonne à ceux qui vous ont offensé ais on conserve la liste au cas où une occasion se présenterait !
En fait ce que viennent chercher en Ovalie une partie des spectateurs (et des spectatrices) c’est une ambiance qui n’appartient qu’à ces publics partageurs, festifs, corrects, sains qu’on ne trouve pas dans le football. Bien de vrais sportifs on d’ailleurs basculé du football vers le rugby en raison de ce plaisir qu’il y a à rejoindre en famille cet état d’esprit collectif montant du terrain et envahissant les tribunes. Il suffit de traîner autour d’une buvette pour mesurer que la manière dont on partage la bière est bien différente chez les supporteurs des pousseurs de citrouille que parmi les soutiens des rugbymans. La mousse n’a pas la même saveur. Elle a toujours cette aigreur qu’entretiennent les fans du foot contre le monde entier responsable d’une défaite ou d’un événement de jeu alors que l’on retrouve la douceur de la solidarité en toutes circonstances chez les autres.
Un seul match des Girondins de Bordeaux : barrière qui cède, fauteuils arrachés, scènes collectives angoissantes, déclarations fracassantes… alors que 80 000 personnes sur 2 jours dans la même enceinte ne causent pas le moindre problème. Il n’y avait pas une présence policière extravagante ou des mesures de surveillance décuplées comme c’est le cas pour certaines explications en Ligue 1.
Dans le fond je me demande vraiment si le mieux ce n’est pas de s’asseoir en non-supporteur anonyme et de regarder vivre le stade sans trop se soucier de ce qu’il se passe sur la pelouse ou au moins de ne regarder que quand c’est vraiment enthousiasmant. Vivre au milieu des autres reste agréable mais à Musard ou à Lescure c’était jouissif car on avait l’impression d’être privilégié, d’être proche et d’appartenir à une grande famille rassemblée pour un festin joyeux, presque de faire la 3° mi-temps avant que les deux autre aient lieu. On posait ses fesses sur le même siège que le voisin ou on se tenait debout cote à cote le long de la main courante sans ségrégation sociale par le fric sur 3 étages pour voir du jeu. Mais la nostalgie n’est plus de mise… ça mérite un carton jaune !