Le manque de culture civique généralisée permet aux agitateurs professionnels qui se servent de la polémique comme vecteur de promotion de leurs favoris politiques, d’occuper les médias. C’est désormais une constante : il suffit de s’appuyer sur un extrait lapidaire d’un propos même le plus nuancé possible pour créer le buzz et se mettre en valeur. Certains (d’ailleurs plus que certaines) entretiennent leur notoriété grâce à la provocation institutionnalisée afin de servir sur un plateau par des télévisions, le plat maintenant le plus répandu socialement : la haine ! C’est ainsi qu’en réaction à un entretien avec Elkabach le recteur de la Mosquée de Paris avait noté que bon nombre d’églises, entretenues à grand-peine par des municipalités de plus en plus désargentées, étaient vides de fidèles et d’offices religieux. Ce n’est même pas un constat français mais celui de nombreux pays où ces bâtiments propriétés directes des cultes sont vendues aux enchères pour héberger des restaurants, des boîtes de nuit, des magasins ou des salles de gym ou des expositions diverses. Boubakeur sur le mode interrogatif s’interrogeait sur la fait de pouvoir céder céder ces bâtiments à un autre culte, comme cela s’est déjà fait dans certaines paroisses. Il connaît en fait mieux le droit républicain que la bande des vierges effarouchées qui ont aussitôt sauté sur cette suggestion pour attiser les haines sociales.
D’ailleurs même un représentant de l’église de France n’a pas soutenu une pétition du genre « touche pas à mon église ! » diffusée dans un magazine de la droite dure. L’évêque d’Evry n’est pas dupe : « En clair, je vois plutôt dans cette pétition la difficulté à admettre que nous avons des concitoyens qui sont des musulmans et qui ont les mêmes droits constitutionnels que les autres. Les musulmans ne sont pas le diable. Il faudrait analyser en profondeur le problème de la coexistence de la religion et de la République qui se pose aujourd’hui en France plutôt que de lancer des appels (…) » Les signatures de Sarkozy, Zemmour, Finkelkraut, Beigbeder, Geoffroy Roux de Bézieux, les intellectuels François-Xavier Bellamy, André Bercoff, Pascal Bruckner, Camille Pascal, Élisabeth Lévy, Jean Sévillia, Jean Raspail, Chantal Delsol, mais aussi Philippe de Villiers… donnent une idée exacte des objectifs de cette opération montée de toutes pièces par un Tillinac en mal de reconnaissance dans le camp Sarkozyste. Tous ignorent le statut spécifique des églises en France !
Depuis la promulgation de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat, la France est un Etat laïc : La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte (article 2). La laïcité devient un principe à valeur constitutionnelle avec la Constitution du 27 octobre 1946 (article 1er :
La France est une République laïque), puis avec la Vème République (article 1er : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances (…). Le régime de séparation mis en place par la loi de 1905 organise les cultes en associations cultuelles et modifie la gestion des lieux de culte ainsi que le statut des ministres du culte. C’est sur le fond et donc le questionnement de Boubakeur n’a rien de néfaste pour notre démocratie ou les fondements de notre « civilisation »
En ce qui concerne les lieux la situation est on ne peut plus claire : les édifices cultuels propriétés de l’Etat ou des collectivités territoriales avant la loi de 1905 (notamment ceux nationalisés en 1789) restent la propriété de l’Etat, des départements ou des communes. Ce sont eux et eux seuls qui peuvent les allouer à un culte sauf s’ils ont un « affectataire » reconnu. La loi du 2 janvier 1907 pose que tous les biens en question deviennent propriété publique mais sont « mis à la disposition des fidèles et des ministres du culte » sans autre précision. En conséquence, ces édifices font partie du domaine public et leur entretien de propriétaire est pris en charge par la collectivité publique, ce qui, au final, constitue un réel avantage financier pour la communauté catholique. Il est donc impossible d’attribuer à une autre finalité une église sans que le local soit « désaffecté ! ».Cette procédure est codifiée. Pour qu’une église soit vendue par la puissance publique ou le diocèse, certaines procédures doivent être respectées. Dans le cas où la puissance publique est propriétaire, « si le bâtiment n’abrite pas plus de deux événements par an (mariage, baptême, messe, enterrement…), le maire a le droit de demander sa désaffectation ». Rappelons qu’en France « la moyenne nationale, c’est un curé pour 21 églises » ce qui fait que les élus peuvent à tout moment acter la non utilisation du lieu et le réaffecter ou le vendre. Une fois la vente actée, le diocèse organise une petite cérémonie pour « désacraliser » les lieux (enlever les reliques et le mobilier, etc). Dès lors, le bâtiment peut bien devenir un sex-shop, un MacDo, un cinéma ou un lieu d’exposition (il y en a beaucoup même près de chacun) le diocèse n’a plus aucun droit de regard sur sa nouvelle vie.
Il arrive aussi que le diocèse vende lui-même ses biens. Il y a même des églises à acheter sur le Bon coin. Qui est choqué ? N’oublions pas aussi qu’à Bordeaux par exemple une église (Saint-Eloi) a été « donnée » aux intégristes catholiques sans que Tillinac soit choqué comme les autres signataires et qu’il lance une pétition particulière. Avec ses acolytes ils ne sonnent pas malgré ce qu’il écrit dans son texte de base l’angélus matinal de l’appel à l’espoir, à la solidarité, au travail commun mais le tocsin, appel au drame, à la haine, à l’affrontement comme à la plus belle époque des guerres de religion.