L’un des actes cultes de l’été reste l’attente du coucher de soleil sur l’océan ou dans un cadre prestigieux. Saisir le moment précieux où l’horizon est ensanglanté par un astre ayant pesé toute la journée sur le sort des hommes devient même parfois l’objectif d’un séjour. Somptueux, discret, timide ou flamboyant le passage vers le monde obscur, absolument pas inquiétant dans un contexte de surchauffe solaire, attire la convoitise des photographes. Ils ne sont vraiment jamais satisfaits du cliché qu’ils ramèneront dans leur appareil pourtant sophistiqué car il ne reflète que partiellement en une fraction de seconde le déroulement lent et magique de la mort du jour. N’empêche que plus le cliché se rapprochera de la carte postale installée à la devanture du bazar de la plage ou du présentoir du magasin de souvenirs et plus l’exploit pourra être reconnu par la famille et les amis. Des vacances estivales peuvent être gâchées par l’absence d’un document attestant que l’on a bien assisté, en spectateur privilégié, au coucher du Roi soleil.
Des poètes romantiques disparus ont décuplé l’appréciation de ce spectacle envoûtant devant offrir aux amoureux un contexte susceptible d’amplifier leur attirance mutuelle. Certes on sait que le clair de lune a des effets bénéfiques sur la libido mais rien ne vaut deux silhouettes enlacées sur un fond rougeoyant de la disparition de sa majesté l’astre solaire ! On aurait même vu renaître des amours vacillantes dans un tel contexte si l’on en croît les légendes. Enfin c’était il y longtemps !
Au risque de choquer, je vais avouer que je préfère à la triste langueur du « coucher » l’espoir réconfortant du « lever ». En été rien n’est plus beau que d’être à contre courant et de vivre en décalage avec le temps habituel. Aller assister à la « naissance » d’un jour prometteur dans un espace familier ou inédit relève de la jouissance parfaite. D’abord parce que cette décision nécessite un effort sur soi-même car elle ne peut relever d’aucune obligation mais seulement d’un acte librement consenti. C’est la raison pour laquelle on se sent privilégié puisque le nombre des personnes présentes sur une plage, dans un simple jardin ou sur un point d’observation particulier est beaucoup plus réduit que dans le cas du coucher du soleil. Un petit matin blême ou coloré se mérite! On a la fierté de son courage et le sentiment de vivre autrement, de se sentir au cœur d’un événement plus exceptionnel qu’en assistant au lent déclin théâtral du jour. Tout est en finesse, en ressentis, en devenir !
La dose d’optimisme que l’on reçoit en recensant les infimes parcelles de bonheur procurées aux plantes, aux animaux, à tout ce qui est vivant devient enthousiasmante pour une journée nouvelle. Certes il ne faut pas avoir la tête dans le sac après une nuit d’enfer pour apprécier ces sensations d’attente de la venue d’une lumière indispensable à la vie. Calmement, lucidement il faut mettre en éveil tous ses sens pour percevoir l’indescriptible sensation d’appartenir à la renaissance quotidienne du monde. Sortir de son lit pour goûter à la montée réjouissante, revigorante de celui qui n’a plus rien de royal dans le ciel garde un caractère jubilatoire. C’est une œuvre collective constructive qui naît en quelques instants par le réveil des êtres et des choses. Rien ne permet de penser qu’il y a de la crainte dans ce soleil rendant leur fierté aux fleurs qui l’attendent , redonnant leur enthousiasme criard aux martinets affamés ou offrant, opéra au merle moqueur au coq arrogant.
La fraîcheur qui a parfois été tant recherchée durant la journée précédente est au rendez-vous. Elle va très lentement disparaître sous l’influence de ce timide et progressif retour aux affaires de l’indispensable artisan de la vie qui progressivement va se muer en Roi soleil. Prendre son temps pour observer ce travail extraordinaire de remise en route d’un cycle où vont inévitablement se mêler les destins contradictoires, approche de la perfection des vacances, celle qui permet de sentir, de voir, d’entendre, de toucher tout ce que l’on ignore bêtement dans le quotidien oppressant et artificiel de ce que l’on pense essentiel.
Apporter de l’eau à l’aube dans un jardin, l’offrir à chaque plante ; regarder les efforts du soleil pour se faufiler parmi les nuages et remplir coûte que coûte sa mission régénératrice ; jouir du fait que l’on est seul participant à la naissance de l’espoir d’une nouvelle journée : autant de plaisirs que seules les vacances permettent de déguster. Renoncez donc à une grasse matinée, une et une seule, pour vous glisser dans un lever du jour. Asseyez vous sur une terrasse, sur le sable de la plage, sur un rocher isolé de montagne ou allez emprunter un petit chemin qui sent la lavande vous ne regretterez pas d’avoir quitté les bras de Morphée pour ceux tellement merveilleux de l’éternel retour quotidien de la vie.

2 Réponses

  1. STARCK

    Mêmes sensations, lorsque j’arrive à avoir le courage d’enfiler mes baskets pour aller courir tôt le matin et, selon la saison, voir poindre le lever du jour et/ou celui du soleil…
    C’est jubilatoire !

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