Il posait son séant sur une glacière comme ces invités imprévus qui s’installent à la table de campeurs démunis de sièges pour l’apéro. Ce choix modeste d’un trône pour celui dans lequel les supporteurs marseillais voyaient le roi des entraîneurs, avait vite traversé l’été 2014. L’image de Bielsa qui aurait bien pu être baptisé « El Clodo » tellement son attitude s’apparentant à celle d’un sans domicile fixe dans le monde du ballon rond, avait intrigué puis séduit le peuple marseillais surtout habitué à la frime des footeux en mal de notoriété. Un contre-exemple faisant la fierté de Marseillais ravis de se distinguer des allures empesées et « jet set » des autres clubs. Vouloir jouer dans la cour des snobs, des milliardaires, des VIP du foot avec un supposé « prolo » irrespectueux des convenances ne pouvait que ravir un public s’estimant hors des normes de sociabilité portées par ses rivaux. Sa popularité suivit donc en 2014-2015 la courbe inverse du chômage dans les Bouches du Rhône et atteint vite des sommets quand justement il affirma avoir remis de l’ordre au pôle emploi pour millionnaires de l’Olympique de Marseille. Et en fait il ne pouvait que conquérir le cœur des adeptes du comptoir car donner dans le sud un rôle aussi prestigieux à une glacière relève du symbole : les glaçons ont toujours été les éléments les plus prestigieux dont a besoin, avant et après un match, le supporteur de l’OM ! Un comportement de diva cultivant la rareté de ses apparitions ; une main supposé de fer sans gant de velours ; un caractériel aux allures de stratège subtil ; un bonhomme taciturne aux allures de sportif de canapé retraité : tout était réellement extra…ordinaire chez cet Argentin que personne ne verrait danser un tango.
Il paraît, si l’on en croît les bruits de vestiaires qu’il était plutôt porté sur le « valse » quand ses consignes n’étaient pas respectées. Certaines mauvaises langues du Vieux-Port disent aussi autour d’un pastaga que parfois elles étaient incompréhensibles car émises en espagnol et traduites avec difficultés en raison de leur coté tarabiscoté par Franck Passi. Le niveau de perception du savoir du « maître » était , selon les confidences de certains joueurs, très variable quand se rajoutait une triple voire une quadruple traduction. Se transformant en sorte d’Einstein autiste à chaque rencontre avec la presse, Marcelo Bielsa le regard baissé cultivait la fausse modestie et la rigueur scientifique de ses approches du football. Sorte de Jacques Nicholson doté de lunettes au tarif sécurité sociale, il volait au-dessus d’un nid de cocus qui n’étaient autre que ceux qui préféraient les apparences à la réalité. Il en tirait gloire et profit ! Il est un exploiteur de l’originalité de ses prises de positions.
« El loco » s’est donc tiré en plein été sans révérence. Il aurait démissionné comme le clament les médias alors qu’en fait il n’avait pas de contrat…signé et donc aucun engagement concret avec le club dont il ne pouvait pas rompre. Pa si « loco » que ça le gugusse.
En fait comme les vrais camelots il a préféré changer de lieu pour vendre ailleurs ses remèdes miracles. Il sait fort bien comme il l’a fait dans tous les clubs ou sélections qu’il a fréquentés qu’il vaut mieux rafler la mise sur une durée déterminée et se retirer sans pertes financières mais avec fracas laissant accroire que votre talent a été bafoué ! Pas du tout « loco » le bougre. Un artiste de l’art de la fugue outragée. Il n’a jamais été viré comme bon nombre de ses collègues il s’est toujours auto-viré avec des arguments divers et avariés. Pour justifier sa décision « définitive », il a donc pointé un désaccord « d’ordre privé » avec la direction du club olympien. « Nous avions trouvé un accord sans faille, et clairement, il n’y avait plus rien à revoir, a détaillé Marcelo Bielsa. Puis, le club, à travers deux personnes [le directeur général Philippe Pérez et Igor Levin, l’avocat de Margarita Louis-Dreyfus, propriétaire de l’OM], m’a communiqué qu’il voulait changer des points. ». L’Argentin est ombrageux et ne tolère pas les trahisons textuelles.
Avec un petit pactole de près de 5 millions d’€ bruts récupérés au cours de la saison écoulée il lui était proposé une augmentation substantielle et s’il a été trahi il l’a été par des dirigeants ayant voulu jouer aux échecs. Ils ont sous-estimé l’importance du « fou » dans le jeu. Il peut se déplacer en diagonale, jouer en losange, assurer la défense et renforcer une attaque. Et là il les a pris de vitesse ! Le coup d’éclat calculé « d’El Loco » a éclipsé les multiples attentats qui éclaboussent de sang chaque jour la planète, les médailles des nageurs… marseillais, la victoire des footballeurs parisiens et plus encore la défaite contre Caen ! Son refus de signature d’un contrat en or pour des raisons plus ou moins obscures a été commenté par toute la planète et a fait beaucoup plus que l’OM que tous ses résultats obtenus depuis un an avec Bielsa ! Evoquons simplement Raymond Devos : « la raison du plus fou est toujours la meilleure ! »

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