Est-ce le signe d’une vraie mutation sociale mais cet été les grandes fêtes n’ont pas eu le succès habituel ? Certes quelques événements exceptionnels ont réussi tant bien que mal à tirer leur épingle du jeu du partage traditionnel de moments heureux. Alors il y a face à cette réalité les analystes qui prétendent que cette propension à déserter le « collectif’ pour le repli sur le principe « maison, gazon, télévision  vient des difficultés financières liées à la crise. Impossible de nier que ce qui est gratuit attire encore un peu alors que les entrées payantes, les repas à prix fixe, les spectacles onéreux sont réservés à une clientèle de la classe moyenne ou supérieure qui comptent moins. Il y a aussi les fatalistes qui prétendent que la fête au sens populaire, charnel, solidaire se perd à cause des techniques nouvelles de communication illusoires sur le plan des relations humaines. La France n’aimerait plus trop s’amuser pour se replier sur des groupes réduits, claniques se rassemblant, pour ceux qui en ont les moyens autour d’une piscine ou sur une terrasse.! Cependant face à cette disette festive de l’échange il ne faut absolument pas s’étonner que le Front national s’installe sur ce repli sur soi dans de nombreux villages où pourtant existait une tradition de la qualité du vivre ensemble.
Il semble même que le mal gagne du terrain dans le monde rural car les contraintes de gestion y font nettement passer au second plan les animations destinées au plus grand nombre. La fête serait de « l’argent gaspillé » ! La fatalité des cités-dortoirs tombe donc inexorablement comme une chape de plomb sur des villages ou les cités périurbaines. Seuls les très grands rendez-vous boostés par une communication démentielle peuvent espérer à terme survivre dans ce monde de l’indifférence galopante. On le constate chaque week-end davantage ! On snobe la fête peu intellectuelle. On déserte les lieux publics mal famés. On abandonne l’amitié partagée.
Dans les années 80 Mitterrand avait ressuscité dans ses discours le mot « convivialité » et on était allé jusqu’à inventer le Ministère du « temps libre ». Une utopie qui a vite pris du plomb dans l’aile des désirs politiques. C’est totalement oublié, étouffé, tué car ce n’est pas « sérieux » en cette période où les difficultés financières renforcent l’angoisse individuelle de faire vivre l’inutilité du partage. Pas une image, pas un commentaire qui n’aille dans les médias qui ne renforcent pas la disparition du partage entre les gens, entre les classes, entre les acteurs de la vie sociale. On clive pour régner !
On a nettement renoncé à la rencontre et à l’échange dans un tel contexte. Jamais on a senti ce terrible dédain pour la vie collective. La courbe est absolument comparable à celle de l’abstention aux élections ou de celle de la montée du Front national. L’effondrement du « vivre ensemble » a tout lieu d’inquiéter les responsables faisant de la vraie « politique » plutôt que de la gestion pure et dure inspirée par le culte des ratios apparents. En diminuant les crédits ou en abandonnant les soutiens matériels aux fêtes, les élus locaux creusent leur propre tombe à échéance de 5 ou 6 ans. Plus que jamais il faut en effet redonner le maximum de chance à la fraternité. Quand les « réfugiés » soulèvent la haine, quand on tue au nom du fric, quand on promet des millions d’expulsions, quand le communautarisme progresse chaque jour davantage il est courageux, vital de rassembler et d’aimer les autres. La situation empire… le FN respire.
Dans des villes, pourtant à gauche depuis longtemps dans quasiment tous leurs votes il est patent que les progrès des idées portées par Marine Le Pen sont constants et que l’on atteindra lors des prochaines échéances des niveaux pas encore imaginés. Ça se sent. Ça se perçoit par le vide des tables. Le FN progresse sur le refus du vivre ensemble, sur le dédain à l’égard de la proximité. Que personne ne s’en étonne : il est beaucoup plus facile de renoncer que d’aller de l’avant ; de construire ; d’imaginer ; de proposer. Tout change matériellement mais les valeurs ne doivent pas se modifier. En abandonnant leur mise en œuvre on se condamne à mourir un jour de froid ! Les fêtes, les kermesses, les agapes de toutes sortes demeurent, à cet égard, des instants précieux si elles sont diversifiées et ouvertes au plus grand nombre. Symbole de l’unité elles doivent reposer sur l’intergénérationnel, sur la simplicité, sur l’envie d’offrir des plages d’échanges.
Les bénévoles organisateurs sont à cet égard essentiels pour atteindre ces objectifs. Or dans un monde de la rentabilité, de la recherche de l’intérêt personnel, des difficultés sociales, l’engagement au service des autres ne fait plus recette. « on n’intéresse plus personne » me confiait hier soir l’une de ses personnes dévouées qui se sentait un peu ridicule de sacrifier son temps pour construire des moments n’intéressant que 1 % de la population On ne peut pas sérieusement prétendre que le bénévolat ne s’étiole pas dangereusement. Une génération des 50-70 ans convaincue va disparaître et la relève n’existe pas parmi les gens préoccupés par leur propre avenir avant de s’intéresser à celui des autres ! Cette pénurie rejoint celle des militants dans les partis ou les syndicats et donc il n’y a aucun espoir de « corriger le tir ». On va droit dans le mur mais la majorité ne le vit pas ainsi car il a attaché la ceinture de sécurité de ses certitudes.

Une réponse

  1. J.J.

    …on était allé jusqu’à inventer le Ministère du « temps libre ». Une utopie qui a vite pris du plomb dans l’aile des désirs…..

    – Vous n’y pensez pas mon ami ? Un ministère du temps libre ? Vous voulez donc vraiment faire attraper un coup de sang à monsieur Macron et à monsieur Gataz ?

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