Chaque jour en apporte la preuve et ce ne sont pas les derniers événements d’Air France qui prouveraient le contraire : nous sommes dans une période d’insécurité sociale. C’est cette situation qui passe par l’incertitude, la peur voire l’angoisse sur son sort personnel qui engendre des débordements dans les votes ou dans les faits. Durant des décennies, après la dernière guerre mondiale comme la situation avait été catastrophique il y avait à l’inverse, par l’amélioration constante des moyens du quotidien, une appréciation positive de la vie future. Pour employer une formule célèbre on ne vivait plus dans la crainte mais dans l’espoir ce qui n’est plus le cas. Tout était à construire alors que maintenant tout est seulement à réformer par un retour en arrière idéologique, économique et politique. Il en est ainsi de… la Sécurité Sociale ! Huit Français sur dix sont inquiets pour l’avenir de leur système de sécurité sociale, qui fête ses 70 ans, selon un sondage d’Odoxa pour Le Parisien et France Info. En fait on ne leur a pas demandé d’en recenser les causes mais simplement de trouver des coupables ! Toujours les mêmes d’ailleurs.
Sur 1.002 personnes interrogées 69% estiment que la prise en charge des soins s’est plutôt détériorée en France ces dix dernières années et 81% se disent inquiets pour la pérennité du système de sécurité sociale actuel dans les décennies à venir. Elles sont 74% à juger urgent de le réformer en profondeur. mais 43% ne font confiance ni à la gauche, ni à la droite, ni au Front national. La gauche conserve un petit avantage, avec 22% des sondés qui lui font confiance pour assurer sa pérennité, contre 21% à la droite et 13% à l’extrême droite. Illustration parfaite de ce marécage dans lequel patauge actuellement le gouvernement et dont il ne se sortira pas tant les résistances corporatistes, là comme ailleurs, sont éloignée de la notion d’intérêt général. La Sécurité Sociale trop souvent seulement confondue avec l’Assurance maladie risque de disparaître sous les coups de boutoir des tenants du libéralisme et de ses corollaires : la rentabilité et donc le profit ! Elle ne mourra pas j’en suis certain par la seule volonté politique mais vidée de sa substance initiale par des lobbies intéressés. Elle mourra car on aura oublié ses principes fondateurs.
Or justement quand on entre dans un processus de soins on constate que peut-être jamais la Sécurité sociale n’a été une initiative aussi utile et solide dans son fonctionnement. Un accident de santé et se déroule pour celui qui en est victime, le parcours public qui va le préserver autant que faire se peut. A aucun moment dans un tel processus apparaît pour la personne en difficulté le problème financier ce qui demeure essentiel. En quittant l’hôpital la fameuse carte Vitale suffit en attendant la suite. Il ne lui est pas encore demandé comme dans de nombreux autres pays s’il a une carte bleue pour entrer aux urgences ou s’installer sur un lit d’hôpital. C’est d’ailleurs le grand paradoxe du comportement des Français à l’égard de cette vieille dame de plus en plus considérée comme indigne puisqu’ils craignent de perdre ce qu’ils critiquent sans arrêt. Encore une fois par manque d’éducation populaire civique ils ont oublié les fondements même d’un système collectif reposant sur la solidarité. Ce ne sera jamais l’idée saine du départ qu’il faut détruire mais l’exploitation corporatiste qui en est faite ! Le prisme de l’économie pervertit encore une fois celui de la politique car la sécurité Sociale demeure un concept politique républicain.
Pendant la guerre, le Conseil national de la Résistance intègre à son programme « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ». En France, c’est sous l’influence de Pierre Laroque et du député PCF Ambroise Croizat, que la réflexion s’élabore. Oublier que ce sont les gens de gauche qui ont mis en place le système c’est déjà bafouer l’Histoire. Ils ont voulu encore une fois que la solidarité soit la clé d’un système social plus enclin dans cette période au « chacun pour soi » qu’à la mutualisation des actions. Le plan issu du CNR est mis en œuvre par les ordonnances d’octobre 1945: il généralise et uniformise les prestations, sans toutefois remettre en cause les structures.
La conception originelle de la Sécurité sociale française répond à un modèle paritaire : elle sera financée en 1945 par les cotisations des employeurs et des salariés, soit un financement reposant essentiellement sur un mécanisme d’assurance payée par les actifs et certains d’entre eux s’y opposeront. On ajoute qu’elle sera gérée paritairement par l’ensemble des partenaires sociaux représentés par les syndicats de travailleurs et les organismes patronaux. Peu de temps après, la Constitution de la IVe République, adoptée par référendum, crée dans son préambule une obligation constitutionnelle d’assistance financière de la collectivité envers les citoyens, et notamment les personnes exposées aux risques sociaux les plus importants (mères, enfants, vieux travailleurs). Et tout a dérapé quand on a refusé le caractère universel de la démarche en excluant les « régimes particuliers » du système : mineurs, marins, fonctionnaires, agriculteurs, artisans, commerçants, cadres… En perdant dès le départ le principe de couverture identique pour « tous les citoyens » avec une cotisation unique la proposition du CNR a été dévoyée. On le paye plein pot actuellement… avec l’insécurité sociale qui n’a pas elle 70 ans.

Une réponse

  1. François

    Bonjour !
    « A aucun moment dans un tel processus apparaît pour la personne en difficulté le problème financier ce qui demeure essentiel. En quittant l’hôpital la fameuse carte Vitale suffit en attendant la suite. Il ne lui est pas encore demandé comme dans de nombreux autres pays s’il a une carte bleue pour entrer aux urgences ou s’installer sur un lit d’hôpital. »
    Encore un beau papier ….malheureusement en complet décalage avec la réalité que nous traversons personnellement. Cette réalité nous a amené à voir notre fils enseignant obligé de signé des chèques de cautions (plus de cinq mille euro !) pour un traitement en clinique psy recommandée par l’hôpital public, cela parce que ta chère MGEN a dénoncé toute convention avec les cliniques du Rhône et peut-être d’ailleurs ! Merci à cette belle institution des années avant 1968: même si elle s’ouvre sa porte au public, elle ne peut offrir que l’illusion de son image crée par ses fondateurs.
    Cordialement.

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