S’il est un mot qui revient sans cesse dans les discours des ministres qui sont susceptibles de compter, c’est bel et bien , celui de « croissance ». Quand j’étais enfant on se préoccupait déjà de ma « croissance » en m’administrant de l’huile de foie de morue par cuillerées épouvantables ou en me donnant une fiole de vin rouge pour la cantine. Il fallait assurer ma « croissance » et faire de moi un gaillard solide prêt à affronter les aléas de la vie. Actuellement les grands de ce monde ont une tendance à invoquer cette même référence qui selon leurs dires doit sauver la planète de la déroute économique.
Croître, croître, croître ! Produire, produire, produire ! Consommer, consommer, consommer ! Profit, profit, profit ! Les conséquences importent peu car ce qui compte uniquement dans cette incantation c’est de pouvoir annoncer que l’essentiel devient l’emploi qui doit être accepté comme un bienfait de l’interminable développement du fric réputé clé du bonheur. En fait depuis ces dernières décennies des voix s’élèvent pour mettre à bas ces certitudes issues de théories venues essentiellement des Etats-Unis. Certaines vont jusqu’au bout d’une logique en prétendant que la « décroissance » sera tôt ou tard inévitable et qu’il vaudrait mieux l’organiser que la subir. Et d’autres pensent qu’il faut réorienter vers des objectifs plus compatibles avec la survie de la planète cette course effréné au « toujours plus » à n’importe quel prix. Il semble que s’amorce un virage tardif vers des efforts en faveur d’un développement durable.
Les pays du monde entier ont ainsi pris des mesures en faveur d’une croissance économique plus « verte » en 2014, mais ils devront engager des efforts bien plus importants pour limiter la hausse des températures moyennes autour de l’objectif de deux degrés Celsius fixé par les Nations unies, explique un cabinet international dans un récent rapport. C’est une vraie satisfaction sauf que les calculs un peu compliqués vont échapper au citoyen moyen. L’intensité carbone de l’économie mondiale – la quantité de gaz à effet de serre émis par dollar de PIB – a reculé de 2,7% en 2014, sa plus forte baisse depuis que le premier rapport de 2008. Les chiffres de 2014 laissent penser que l’on se trouve à un tournant pour parvenir à une croissance moins dépendante des énergies fossiles.
Le PIB mondial a progressé de 3,2% en 2014, et les émissions de carbone, elles, ont augmenté de « seulement » 0,5%, selon les analystes. La Grande-Bretagne a été le meilleur élève du G20 l’an dernier avec un recul de 10,9% de son intensité carbone, une évolution que l’audit impute à une forte croissance économique, un hiver doux qui a réduit la demande énergétique et une baisse de la consommation de charbon. La France, l’Italie et l’Allemagne ont également enregistré de fortes baisses de leur intensité carbone en 2014. On est cependant encore loin des efforts à effectuer pour rattraper le retard accumulé depuis des années. Le système capitaliste et même celui du communisme ont effectué une course effrénée transformant des pays en « wagons » d’une « locomotive » folle qui ne doit jamais s’arrêter. A la moindre alerte sur une baisse des nations émergentes le tocsin sonne dans toutes les places boursières.
La mondialisation n’est pas le seul ressort de la croissance économique, mais elle joue un rôle essentiel depuis quelques décennies.. Elle accentue ainsi les inégalités entre les pays et les individus en renforçant les pouvoirs du marché. Si on convient que le terme de mondialisation désigne le mode de développement du capitalisme engagé depuis le début des années 70, force est de constater que les rythmes de croissance observés ont été très différents d’une zone à l’autre et, au sein de chaque zone, d’un pays à l’autre. On assiste à une concurrence tellement exacerbée qu’elle étouffe justement les uns et dopent les autres en détruisant environnement et système sociaux.
Alors il faudra bien envisager une autre approche : la « décroissance économique », concept à la fois économique, politique et social, qui se situe à l’opposé du consensus économique et politique actuel faisant de la croissance économique, notamment du PIB, l’objectif des sociétés modernes.Les partisans de la « décroissance économique » cherchent désespérément à faire prendre conscience aux individus et à la collectivité que, dans les pays riches, l’empreinte écologique de l’homme a atteint un seuil où la croissance, même « durable » n’est plus possible. Le développement humain passe alors par une « décroissance durable » qui doit être pensée et organisée pour qu’elle soit soutenable. L’épuisement prévisible dans quelques décennies des ressources énergétiques : pétrole, gaz, uranium, charbon ; l’épuisement de certains minerais sont actuellement anticipés par certains pays comme la Chine afin de dominer le monde de la future pénurie. Impact sur l’environnement : effet de serre, réduction de la biodiversité, pollutions. Impact sur la santé. exploitation des ressources des pays du « Sud » au détriment de leur autosuffisance : on file droit vers le précipice mais on tourne le regard en restant esclave de cette fameuse pente d’une croissance réputé salvatrice alors qu’elle devrait être maîtrisée et lentement abandonnée.