Des millions de Francais et de Françaises qui ne connaissent rien d’autre au rugby que ce que leur avaient enseigné pour les plus vieux Roger Couderc, les moins vieux Pierre Salviac et pour les jeunes ce grand « pédagogue » moralisateur qu’est Laporte, ont vitupéré devant TF1. Des « Rouges » sans âme collective et surtout totalement dépassés par le rythme de vrais pros du rugby les auraient trahis. De partout les analystes rivalisent dans les commentaires ravageurs comme le veut une tradition conduisant à piétiner les gens qui tombent devant vous surtout quand on ne s’est soi-même jamais retrouvé dans cette situation ! Leur sévérité n’a d’égale que celles des stratèges de comptoirs ou des adeptes des mêlées d’apéros ou les je sais tout des sunlights télévisés Les porteurs des maillots rouges n’ont en fait été que les révélateurs de l’état du sport en France qui a le cul entre deux chaises avec des fédérations où l’on entretient des rentes électives pires qu’en politique et des ligues professionnelles vivant au-dessus de leurs moyens et donc obnubilées par le fric. Le rugby après le football, le tennis, le basket-ball, le cyclisme, la natation, l’athlétisme en fait les frais. C’était prévisible mais comme le veut la tradition on a fermé les yeux sur la réalité et on a parié sur un miracle. Pendant ce temps le hand, le volley, le judo sont encore épargnés par ces phénomènes médiatico-sportifs récurrents.
Toutes les équipes nationales de haut niveau sont maintenant constituées de professionnels sous contrat avec un club auquel ils appartiennent et donc duquel ils sont dépendants. Dans une société du fric la Fédération française de rugby comme d’autres a fait dans la demi-mesure, incapable d’imposer la constitution d’un groupe club France détaché totalement d’un championnat. Elle n’en n’avait pas les moyens financiers comme dans bien d’autres disciplines et on a recherché des arrangements â la petite semaine. Les stages, les rassemblements, les préparations n’ont de sens en rugby que s’ils visent à consolider une véritable équipe dans la durée.
Le choix ayant été fait de ménager les chèvres de bonne volonté et les choux gras des clubs contrairement à la Nouvelle Zélande on est allé droit dans le « noir ». Avec parfois seulement une demi-douzaine de joueurs français plus ou moins titulaires dans chaque formation du Top 14 on a réduit de manière mathématique les opportunités de sélections ! Ajoutons à ce constat celui d’un sélectionneur incapable de suivre une vraie ligne directrice de jeu et confondant le rugby avec une bataille de tanks on a les ingrédients de la pauvreté du jeu français constaté. Cette réalité à crevé l’écran : ils ne pouvaient pas mieux faire !
Le rugby dans l’hexagone comme bien d’autres sports se contente depuis 4 ans de courir après des recettes des autres sélections réputées parfaites. Certes les Blacks ont dégagé une impression de puissance collective phénoménale mais elle était accompagnée d’une parfaite science du jeu. On n’a pas visiblement pas fait dans l’hémisphère sud que soulever des tonnes de fonte, qu’escalader des sommets en VTT, que rivaliser avec le GIGN ou les Légionnaires ou qu’aller à Tignes observer les bouquetins mais on a certainement travaillé la vitesse ballon en mains, l’adresse dans les moments clés, le plaisir simple mais irremplaçable de jouer et surtout la construction d’un projet collectif partagé. En France dans tous les secteurs de la société ces critères n’existent pas, on invente plus on se contente de reproduire de fausses certitudes et des apparences de l’efficacité.
Il n’y avait pas de capitaine sur le paquebot France et donc il a sombré sur le premier véritable iceberg rencontré avec des marins déjà tourné vers les chaloupes des clubs. La leçon ne sera suivie d’aucune remise en cause profonde tellement le monde du sport est partagé entre les intérêts divergents des « entreprises » encore à tort appelées « clubs » et la notion de compétition internationale. En football que préfère un joueur pro : jouer la Champion’s League ou jouer Albanie-France ? Le rugby prend le même chemin : qui est le dirigeant référence, Camou ou Boujellal ? Qui peut croire vraiment que Blanco dont le club est en perdition a un vrai pouvoir sur une sélection ? Qui aura le courage d’affirmer que la révolution est en marche dans une fédération clanique incapable d’imposer quoique ce soit si ce n’est changer de sélectionneur? Qui mettra en place un vrai programme de montée en puissance de nouveaux talents français ? Qui osera limiter les masses salariales des étrangers dans les clubs dont beaucoup sont déjà en situation financière précaire ? Quels atouts seront donnés à Novés pour gérer la pénurie de talents ? Qui peut prétendre que Laporte S’éloignera du milieu du fric dans lequel il a trempé à satiété? Quand décidera-t-on de clarifier les rôles de la fédération et de la Ligue pour les calendriers ? Comment effacer l’impact d’image sur le rugby que laissera ce désastre quand les écoles des clubs affichent complet et que ce sport est présenté comme l’école de la vie ?
Bref si tout simplement on avait vu hier soir une illustration parfaite de l’état de cette France persuadée qu’elle pourra encore longtemps se nourrir d’illusions, repliée sur ses certitudes arrogantes, persuadée qu’il lui suffit de se présenter pour être victorieuse.