Dans quelques jours dans toutes les grandes collectivités territoriales les instances délibératives vont aborder le rendez-vous annuel du vote du budget principal 2016. En général quel que soit le lieu le principe est le même : tout le monde est d’accord pour voter les dépenses avant que les clivages majorité-opposition apparaissent sur les recettes… La seule chose qui mobilise les médias c’est le niveau des taux d’imposition sans que jamais un lien soit fait entre la contribution des ménages et le services qui lui sont rendus. C’est symptomatique du niveau de prise de conscience civique puisque la démagogie consiste à hurler contre ce qui n’est qu’une participation à tout ce que la ville ou le Département mettent en place en faveur de la totalité de la population. Et comme l’an prochain les baisses de dotations de l’Etat pour que les collectivités puissent remplir pour son compte des missions d’intérêt général vont peser sur les décisions, le choix pour les élus sera très difficile. Soit diminuer drastiquement les services rendus soit maintenir le même niveau grâce à une contribution solidaire de tous les contribuables-usagers !
Les économies à réaliser existent mais elles ont leurs limites. Que supprimer dans une commune sur les emplois ? Les Agents techniques spécialisés d’école maternelle ? Les personnels des services techniques ? Les personnels dans l’urbanisme, l’état-civil, les services périscolaires, l’enfance, les personnes âgées, la sécurité, l’hygiène, la propreté, la collecte des déchets, solidarité sociale ? Chaque catégorie sociale interrogée a sa réponse : « supprimez des fonctionnaire mais continuez à me rendre les services et n’augmentez pas les impôts »! Il faut plus de crédits pour les écoles, plus de sécurité sur les routes, des tarifs pour le restaurant scolaire très faibles, des garderies avec du personnel qualifié, des trottoirs parfaits désherbés, des caniveaux nickel, des repas à domicile 3 étoiles, des centres de loisirs peu chers, des animations pour tous, des stades parfaits… mais surtout avec moins de crédits disponibles et pas d’impôts !
L’équipe municipale de Grenoble a décidé de lutter à sa manière contre cette non prise de conscience de la part des populations des conditions drastiques dans lesquelles les budgets 2016 vont être préparés. Le maire a donc décidé de mettre en place une journée entière sans… services au public. Histoire de démontrer ce qu’il se passerait si les communes se mettaient en sommeil ou… ne pouvaient plus faire face aux besoins de leur population. Grenoble est en effet, après la baisse des dotations au bord de la faillite. Et cette situation qui touchent aussi une douzaine de départements risque de se généraliser en 2017 !
Alors les Grenoblois qui se rendront dans les services publics de leur ville vont trouver partout porte close. Seule la police municipale et les services d’hygiène seront opérationnels. Les agents travaillent, mais n’accueilleront pas le public afin de montrer concrètement les difficultés qui se profilent. Pour accueillir les habitants et leur expliquer les conséquences des réductions budgétaires pour la Ville, les élus prennent le relais des agents d’accueil et se postent devant les antennes-mairies, les gymnases, les maisons des habitants, les écoles, les musées, etc. Excellent : combler le vide par le dialogue, l’échange, l’information directe.
En fait les agents seront eux-aussi rassemblés au Palais des Sports pour une matinée au cours de laquelle il sera présenté la situation financière de la ville (la mise sous tutelle par le Préfet est possible!) et il sera répondu à toutes les questions ! Ce programme studieux et citoyen permettra à tous ceux qu’on ne touche que rarement en direct des se retrouver solidairement pour soutenir leur emploi. Les services mettront à profit l’après-midi pour aborder leurs projets pour l’avenir, des solutions pour fonctionner différemment et rechercher des solutions positives à la crise. Ensuite ils regagneront leur lieu de travail mais sans contact avec le public. Malgré les critiques que suscite cette action elle a le mérite de mettre en évidence les difficultés liées aux décisions gouvernementales en matière de coupes dans les dotations et au moins d’engager de manière collective un vrai débat.
Partout dans la campagne des régionales ont voit fleurir des propos de la Droite et du FN unis sur « la diminution des effectifs », sur l’amélioration de la « productivité » et sur la « non-augmentation de la fiscalité » (elle n’existe pas dans les régions !) afin encore une fois de surfer sur des idées reçues et réclamer ensuite davantage de sécurité, davantage de lycées, davantage de protection environnementale, davantage de TER confortables et davantage de soutiens à l’économie. Il est trop tard pour changer la donne ; ce sera un vote superficiel dénué de tout lien avec le rôle des régions !