Tout un symbole : la Place de la République était quasiment vide pour la dernière séance commémorative des tragiques événements de début janvier 2015. Elle était triste car peuplée d’officiels, d’invités contraints et de quelques rares fans de Johnny. En fait rare sont les personnes qui se proclament maintenant « je suis Charlie » devenu pour beaucoup « je ne suis plus François ». Chaque jour ou presque le Président de la République ainsi passé sa semaine à aller déposer gerbes et minutes de silence sur des lieux où l’on a apposé des plaques de marbre destinées à perpétuer la mémoire de la folie barbare. La mort érigée en culte. La cellule de communication élyséenne a voulu jouer sur le pathos, sur les sentiments, sur l’émotion pour une stratégie de reconquête d’une opinion réputée sensible aux hommages officiels. Or à peine quelques centaines de personnes sont venues assister à cette dernière étape qui ressemblait au chemin de croix de la mémoire républicaine. Encore une fois les spécialistes qui entourent le Président ont réalisé un fiasco en se trompant dans la manipulation des symboles.
L’évocation du passé ne sert que si elle permet de se projeter dans l’avenir autrement elle rend ringards celles et ceux qui s’y accrochent. En choisissant la démesure quand il eût été préférable de laisser la place au peuple les stratèges présidentiels ont tué la sincérité de moments de recueillement pourtant indispensable. Il existait un formidable décalage entre les motivations des tueurs et surtout des destins de leurs victimes et ces cérémonies ayant été présentées comme « simples » alors que justement il ne fallait surtout pas les mettre en scène de cette manière pour que tout sonne faux et truqué.
L’image du recueillement de François Mitterrand et Helmut Kohl traversait les esprits car l’émotion n’était pas feinte. Leur simple geste, un « main dans la main » solitaire durant La Marseillaise face à la démesure de la mort logée dans l’ossuaire de Douaumont est entré dans l’Histoire. Ce fut d’une toute autre dimension qu’ « un temps des cerises » chanté par des militaires ou une œuvre superbe dans son contenu mais jouée par un artiste éloigné des valeurs républicaines authentiques depuis une bonne décennie. Il serait lui-aussi un symbole populaire de la continuité de l’âme française ! Même le chêne avait été importé de… Belgique quand il aurait fallu un arbre de la liberté inspiré de ceux des années ayant fondé la citoyenneté. Comment ne pas penser aussi devant ces fiers militaires, durant l’exécution du chant de Jean-Baptiste Clément, aux fusillés de Vincennes, aux déportés communards, aux positions prises majoritairement par une opinion publique soutenant en 1871 un véritable bain de sang ?
Si on choisit sur tous les sujets la communication « symbolique » il parait crucial de ne pas brouiller les messages par une multiplicité d’erreurs détruisant toute valeur aux choix effectués. On a donc immédiatement créé un rideau de fumée avec divers arguments : « Il faisait froid ». « En raison des contrôles de sécurité, la durée d’attente pour accéder à la place en a dissuadé plus d’un ». « C’était une journée plus officielle, moins populaire ». La réalité n’a pas été dissimulée ! En fait on a tellement pressé le citron de l’émotion qu’il n’a craché que les pépins du mépris et les moisissures de l’indifférence ! Un comble quand on a en tête de recréer un climat de compassion et de recueillement. Trop… c’est trop !
Les gens qui étaient authentiquement Charlie ont refusé ce mélange hétéroclite ou populiste des symboles. Les autres très éloignés de ces préoccupations ostentatoires n’étaient plus au rendez-vous sur la Place de la république. Ils auraient logiquement préféré la liberté de la mémoire, l’égalité dans la célébration et souhaité davantage de fraternité discrète comme ils le font depuis le massacre du Bataclan ou des terrasses du café avec des fleurs, des écrits, des drapeaux, des bougies devant la statue d’une Marianne enthousiaste. Commémorer…Encore commémorer…Toujours commémorer…L’accumulation n’est pas une preuve réelle d’attachement aux « grandes valeurs » comme a reproché aux indociles le Premier Ministre ais plutôt un aveu de faiblesse imaginative.
La preuve Anne Hidalgo Maire de Paris a tenté de se démarquer de ces « symboles » élyséens qui commencent à pourrir l’atmosphère. Elle qui ne décolère pas après l’annonce de la « déchéance nationale » (bien entendu cette proposition n’a aucun rapport avec l’absence de ce peuple qui avait défilé solidaire il y a un ana!) a confirmé au second degré l’échec de cet hommage : « D’abord, c’est le matin, et les Parisiens ne sont pas toujours du matin. Donc je pense que, dans l’après-midi, beaucoup d’entre eux seront là. Et puis c’est vrai qu’il y avait un dispositif de sécurité – normal d’ailleurs – compte tenu notamment de la présence du chef de l’État » Fermez le ban ! Elle sait fort bien que la fin de sa déclaration est à double sens quand on annonce au même moment dans la presse la chute de popularité du Chef de l’Etat !
Les plus sincères commémorations sont dans les cœurs sincères et ceux-là sont silencieux et discrets. Ils ne sortent qu’à la lumière de la raison et se dissimulent quand ne luit que celle artificielle des sunlights de l’actualité.

4 Réponses

  1. J.J.

    Jai écouté avec plaisir dimanche soir sur la »2″une interviouve de Jean d’Ormesson, vieux sage de droite (ça peut exister, la preuve ) qui se sent dépassé par la droite et par ceux que l’on n’attendait pas là !
    Je ne sais si tu l’as écouté, mais je trouve que son opinion, à propos des ces commémorations, rejoint la tienne que j’apprécie.

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  2. Bernadette

    Comme l’a signalé M.Valls, il faut créer des entreprises en milieu rural. La ville avec ses zones franches urbaines et ses bouchons sur la rocade, il y en a marre.
    Je regrette infiniment que l’administration et le conseil général m’aient envoyé sous les roses pour créer un plan d’eau sur 2,ha1/2. On nous rebat les oreilles avec l’écologie, avec les zones humides, avec la compensation environnemental pour cause Lgv. Assez de ce manque de services publics. Voilà pourquoi le FN a pris la place de ce qui n’ont rien fait.

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  3. faconjf

    Bonsoir, Je suis attristé par cette commémoration qui a battu tous les records d’infantilisme. Lorsque l’on a accompagné comme lecteur les victimes de l’attentat de Charlie comment comprendre le choix du chanteur exilé fiscal notoire et honnit de la rédaction. Comment accepter de faire interpréter une chanson de Jacques Brel antimilitariste aussi notoire que les victimes de Charlie. Comment ne pas sourire du beug « Wolinsky » sur la plaque commémorative. Tout cela sentait bien trop fort la récupération pour convaincre les foules… Et encore moins les anciens lecteurs de Charlie qui ne risquaient pas de se compromettre dans ce spectacle de patronage où il ne manquait que les religieux.
    Salutations républicaines

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