Lorsqu’au hasard des cérémonies des vœux il y a bien évidemment quelques échanges autour de ma position sur le « symbole » de l’inscription dans la Constitution du principe de « déchéance de la nationalité française » pour des criminels aveuglés par un pseudo-extrémisme religieux. C’est inévitable. Il y a certes celles et ceux qui approuvent ma décision de me mettre en congés du PS afin de ne pas engager le parti sur mes positions personnelles mais dans le fond ce n’est pas avec eux que j’ai besoin de dialoguer. Certains cependant n’osent pas m’apporter leur soutien public et je les sens bien gênés aux entournures quand le débat est lancé par une personne extérieure au parti. A ce jour publiquement seule l’une d’entre elle m’a publiquement apporté son soutien. Les autres se réfugient derrière une prudente réserve ou tire parti du contexte actuel des vœux pour ne pas évoquer d’autres faits que les attentats. C’est révélateur d’un climat particulièrement inquiétant voulant que les combats menés pour des valeurs ou des principes soient considérés comme dangereux en ces temps sans mémoire.
Il fut une époque où le sujet de la polémique actuelle aurait en effet vraiment mobilisé les esprits un tant soit peu éclairés. La perte des repères civiques fondamentaux (Qu’est-ce que la Constitution? Quel est son rôle? Qu’Est-ce que la nationalité ?) a atteint son niveau record et la superficialité l’emporte sur l’analyse raisonnée. Ce sont même les « soldes » des consciences républicaines et le plus grand nombre regarde ces débats avec une indifférence déconcertante. Le rôle du (de la) militant(e) éclairant le chemin des citoyen(ne)s a totalement disparu et il faut se contenter de suivre les directives venues de là-haut ou des donneurs de leçons circonstancielles. Au sein du PS la classification peut-être vite faite entre la tendance des « suivistes disciplinés» et les autres qui forcément sont soit « frondeurs » soit « inconscients » soit « illuminés » ou des « petits camarades » aigris ou « revanchards »…
C’est ainsi que le principal argument hostile qui ressort immédiatement c’est celui de « l’infidélité faite au Président » quand il était en passe de reconquérir grâce à l’état de guerre la confiance d’une France souhaitant le retour du diptyque « ordre et patrie » comme le confirme un sondage du… Figaro ! « Tu devrais arrêter m’a conseillé un élu socialiste car tu renforces le Hollande bashing et il n’a pas besoin de ça ! ». C’est l’argument suprême qu’entendent au téléphone de la part d’un éminent conseiller élyséen les députés ou les sénateurs quand ils ne sont pas conviés cette semaine à un souper à Matignon ou un « apéro » au Palais présidentiel histoire de les mettre dans la bonne direction.
Il faudrait probablement rappeler au gens qui oseraient proclamer « on n’est as (encore) couchés » quelques éléments clairs et solides. D’abord à ma connaissance aucun des socialistes, comme moi, ne conteste la nécessité de prendre des positions concrètes fermes et efficaces contre la barbarie quelle qu’en soit ses origines. C’est dit mais pas entendu ! Je ne pense pas ensuite qu’ils contestent les efforts effectués en faveur du recrutement de personnels qualifiés dans tous les secteurs de la sécurité publique. Enfin aucun d’entre eux ne propose que l’on annule les textes légaux actuels portant des sanctions (dont la déchéance de nationalité) envers des agresseurs du peuple de France. Il n’est pas inutile de souligner qu’il existe parmi les « récalcitrants » des militants et des élus qui se sont engagés résolument pour l’élection de François Hollande au moins de manière aussi efficace que d’autres prompts à les dézinguer pour leur prise de positions sur la réforme constitutionnelle. Aider le Président ne consiste pas à flirter avec la Droite ou même l’extrême-droite mais de le conforter lorsque ses propositions sont conformes aux orientations qu’il a proposées au pays. Trop facile de déclarer à bout d’arguments qu’ « être contre un texte inefficace, inutile, faussement symbolique serait participer à l’hallali médiatique et tuer Hollande ». J’en doute quand on sait de l’aveu même de l’un de ses proches conseillers que la proposition a été arrêtée à l’Elysée la veille du discours au Congrès en… un quart d’heure !
« Ce choix que nous (NDLR : le nous est significatif) avons fait, a argumenté le Premier Ministre dans l’émission on n’est pas couché, c’est pour s’adresser à ceux qui tuent les Français, qui déchirent symboliquement leur passeport, qui veulent s’attaquer à notre liberté d’expression, à notre police, à notre jeunesse (…), qui nous déclarent la guerre.» . Ils devaient regarder l’émission ! Il a ajouté: « Ce sont des compatriotes. C’est important de leur dire, vous ne faites plus partie » de notre pays. Il a oublié au creux de la nuit de préciser que ce n’est qu’une catégorie de « compatriotes » qui est visée par la proposition de modification de la Constitution et que de toutes les manières le symbole n’interviendra que dans deux ou trois décennies au mieux en l’état actuel du texte !
Facile aussi de rejeter le principe de la création de deux catégories de Français, en ressassant qu’il croyait « à la force des symboles ».
Moi-aussi je crois fermement aux symboles mais surtout à celui de « l’égalité » en matière de nationalité française une et indivisible « Quand on est en France, les symboles ont leur importance», a-t-il insisté. Moi-aussi je pense que offrir le « symbole » d’une attaque souhaitée par la Droite dure et l’extrême droite, dans le marbre constitutionnel de la nationalité revêt une importance symbolique néfaste et désastreuse pour l’avenir. Et affirmer que cette mesure permettra de dire « ce que c’est que d’être Français » est tout simplement une exagération dangereuse car exploitable par d’autres au profit de leur propagande des années 1930. Je suis aussi d’accord avec lui quand il affirme devant les gens qui ne s’étaient pas couchés, qu’« être Français, ce n’est pas seulement (…) un bout de papier, ce sont des valeurs ». Oui « ce sont des valeurs » au pays des Droits de l’Homme c’est exact! : être Français c’est être viscéralement attaché à la défense de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de la laïcité! Surtout si on est socialiste !