La capacité d’un pays à se sortir de la crise repose sur une démographie dynamique. Soit elle est autonome soit elle est améliorée par des apports extérieurs. C’est ce que l’Allemagne a compris et ce que la France n’a pas encore accepté. Une nation vieillissante ne permet pas de garantir son avenir car son développement ne passe pas par des strates sociales inactives mais par un véritable renouvellement des générations. Et dans le cas contraire il est indispensable de s’appuyer sur des politiques migratoires… Or la France s’enfonce lentement mais inexorablement dans les sables mouvants dans lesquels se débattent d’autres pays européens. Longtemps citée en exemple comme l’un des pays européens les plus dynamiques en matière de natalité, la France a connu en 2015 une année mitigée, marquée par un ralentissement des naissances, et une hausse importante de la mortalité. Deux paramètres qui n’inquiéteront absolument pas un politique sérieux mais qui constitue un véritable aveu de faiblesse dont dans deux décennies on mesurera l’impact négatif.
Le bilan de l’INSEE indique que 66,6 millions de personnes peuplent l’Hexagone et les DOM-TOM en 2015 ce qui permet au solde d’être encore positif. Mais pour combien de temps ? C’est ce que l’on peut légitimement se demander car cette tendance pouvant être rassurante ne tiendra pas longtemps.
2015 est en effet la pire année, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, en ce qui concerne le nombre de décès. 600 000 personnes sont mortes au cours des 12 derniers mois. Cette hausse, significative par rapport aux années précédentes, serait liée à la grippe, avec 24 000 décès lors des trois premiers mois de l’année, et à des épisodes climatiques extrêmes, comme la canicule de cet été. Ces statistiques mettent vraiment en cause l’équilibre général de notre démographie. Les spécialistes constatent également que l’espérance de vie diminue légèrement, d’un trimestre pour les hommes (79 ans) et de 4 mois pour les femmes (85,1 ans). Après l’âge de 65 ans, le nombre de décès a beaucoup augmenté cette année, ce qui explique ce phénomène… Guère rassurant en une période où l’on parle de repousser l’âge de la retraite. Les causes proposées (grippe et canicule)ont « bon dos » car on peut légitimement s’interroger sur les pesticides, la pollution, la nourriture, le tabac, l’alcool, les produits dangereux n’y sont pour rien. Il faut en effet ajouter que la médecine réalisant chaque jour des progrès, cet abaissement de l’espérance de vie pose une vrai problème depuis 1969, la situation s’était améliore plutôt améliorée puisque femmes et hommes ont gagné plus de dix ans d’espérance de vie en quarante-cinq ans. N’empêche que nous assistons à une inversion de la courbe !
Le nombre de naissances s’établit à 800 000 bébés, soit 19 000 de moins que l’an dernier. Un autre signal d’alerte. Il ne s’agit pas d’une baisse très importante, mais elle inquiète tout de même les démographes, dans la mesure où le taux de fécondité diminue également. Il passe sous la barre des deux bébés par femme (1,96) ce qui donne un signe très négatif sur le moral des jeunes dans le pays. En plus le premier enfant arrive de plus en plus tard. L’âge des mères de ce premier bambin atteint en moyenne à 30,4 ans. La baisse de la fécondité provient d’ailleurs des femmes les plus jeunes, de moins de 35 ans, car celle des plus âgées n’évolue pas. Il existe un lien certain entre la situation sociale actuelle et ce phénomène. Le contexte économique et le durcissement de certaines politiques familiales, traditionnellement généreuses dans le pays, peuvent expliquer cette réalité qui n’a pas passionné le système médiatique.
On constate ces phénomènes dans le fonctionnement du département de la Gironde concerné par le soutien à tous les âges de la vie. Ainsi les dépenses pour l’Allocation personnalisé d’Autonomie (APA) en faveur des personnes âgées a seulement augmenté de 0,57 % en 2015 ce qui est loin des prévisions effectuées dans les années antérieures. Les restrictions budgétaires ont certes conduit à des coupes dans les plans d’aide mais il y a aussi un tassement de l’évolution du nombre d’allocataires. Dans le même laps de temps la précarité des + de 25 ans s’accroît de 9,08 % (RSA) ce qui traduit un climat particulièrement morose et notamment parmi les jeunes couples prenant les difficultés sociales de plein fouet (travail, logement, pouvoir d’achat, précarité). La confiance dans l’avenir n’est pas au beau fixe dans les générations pouvant redonner son dynamisme antérieur à la démographie française. Bien évidement il sera affirmé que ce constat est « circonstanciel » mais pas révélateur d’une tendance. Acceptons-en l’augure !

3 Réponses

  1. Bernadette

    Bonjour Jean marie,

    Il est logique que l’INSEE dresse un portrait synthétique à partir de sources dont disposent cet institut public. C’est une image dressée à partir de chiffres exploites et déclaratifs bof c’est opaque, triste.

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  2. J.J.

    Il ne faut pas non plus sous estimer les difficultés croissantes pour certains d’accéder aux soins, la CMU ne règle pas tout. Cette inversion de courbe était à prévoir et pour certains cyniques, serait même la bienvenue : avec l’allongement de la durée du travail, cela réglerait le problème du financement des retraites.

    Ajoutez à cela la campagne insidieuse contre les vaccinations, la montée en puissance des soi- disant médecines douces qui brillent par leur inefficacité, la morosité économique et sociale qui ne pousse pas les jeunes à procréer, et vous avez les éléments nécessaires et suffisants à l’arrivée d’une catastrophe démographique.

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