La principale richesse de la planète porte un nom que le grand public ignore voire méprise tant il lui paraît abstrait : la biodiversité ! Ce terme recouvre en effet l’essentiel de la précieuse qualité de la vie terrestre puisqu’il permet d’offrir à chaque être vivant un intérêt dans l’immense chaîne de la vie. Il n’y a aucune espèce animale, végétale de toute taille et de toute nature dont on ne peut se priver sauf à être totalement inconscient sur l’avenir de la planète. Malheureusement nous portons toutes et tous une responsabilité particulière dans le désastre qui progresse lentement mais inexorablement dans notre quotidien. Les espèces animales disparaissent environ cent fois plus rapidement que par le passé sans que l’on assiste à des manifestations mobilisant les peuples. Les estimations les plus optimistes montrent que la faune de la Terre est en train de subir sa sixième extinction de masse, selon une étude publiée par des experts des universités américaines. Jamais, selon eux, la planète n’a perdu ses espèces animales à un rythme aussi effréné que depuis la dernière extinction de masse, il y a 66 millions d’années, celle des dinosaures. Leur étude « montre sans aucun doute possible que nous entrons dans la sixième grande extinction de masse »… et les humains feront probablement partie des espèces qui disparaîtront, préviennent-ils. « Si on permet que cela continue, la vie pourrait mettre plusieurs millions d’années à s’en remettre, et notre espèce même disparaîtrait probablement assez tôt » ajoute ces scientifiques qui alertent avec autant d’efficacité que leurs collègues du monde végétal.
Les statistiques sont éloquentes mais ne passionnent guère les populations avides de « propreté », de nourriture, de standardisation, de consommation outrancière des espaces. 16 928 espèces de plantes et d’animaux sont menacées d’extinction et il s’agit d’un chiffre sans doute sous-estimé car moins de 3 % des 1.9 millions d’espèces ont été évalués car il resterait encore sur cette terre féconde entre 10 ou 100 millions d’espèces à découvrir ! Lors des 500 dernières années,  l’activité humaine aurait déjà été responsable de l’extinction de 869 d’entre elles et on considère qu’un mammifère sur 4 et un oiseau sur 8 seront très fortement menacés d’extinction dans un futur proche avec un repère affolant voulant que le nombre d’espèces vraiment menacé passe de 5205 à 8462 depuis 1996. Bien évidemment pour le Français indifférente ça se passe ailleurs et loin de chez lui sauf que si les pays où les disparitions sont les plus nombreuses sont bien dans l’ordre l’Indonésie, l’Inde, le Brésil,  et la Chine, notre belle France se situait au huitième rang mondial des pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées.
Tout concourt à cette disparition inexorable puisqu’au-delà des aspects strictement matériels (urbanisation, utilisation de produits toxiques, sur-pêche, braconnage, destruction de biotopes…) le mal est bel et bien dans les esprits. Nous entrons à cet effet dans une période où il est aisé pour un élu local de vérifier que la préservation, par exemple de la biodiversité de proximité, indiffère au plus grand nombre. Les questions montent de partout dans les rencontres fortuites : « Quand allez vous faucher le bord des routes ? C’est dégueulasse ? » ou « il est inadmissible que mon trottoir ne soit pas en enrobé » ou mieux « je ne paie pas des impôts locaux pour voir des herbes pousser le long de ma murette ? », « Faites faucher ce pré car dans les broussailles il y a des serpents.. ; » ou « Les moustiques vous vous en occupez quand ? »… « Le coq du voisin me réveille… faites lui tuer car je n’en peux plus ! ». Nous sommes entrés dans une société inconsciente qui passe sont temps et son énergie à vivre sur le principe paradoxal : « préservez la nature mais détruisez tout ce qui ne me convient pas ou me gêne dans cette nature ! ».
Les marguerites, les renoncules, les carottes sauvages, les pois de senteur, les iris, le trèfle et tant d’autres espèces végétales des bords des routes doivent être ratiboisées, tondues, exterminées pour que les bas-côtés soient réputés entretenues. Une plante ou simplement de l’herbe sur un trottoir engravé et non bitumé provoque l’ire des rares passants empruntant l’espace (sur certains trottoirs il n’y pas un passant par jour car dans le lotissement tout le monde utilise la bagnole pur quelques centaines de mètres vers l’école). Qui fait la différence entre une couleuvre inoffensive et une très rare vipère pouvant s’approcher d’une habitation ? Nous exterminons à coup d’insecticides, de pesticides, d’herbicides… pour finalement voir les hirondelles, les hannetons, les lézards, les crapauds, les pissenlits, les « baraganes », les jonquilles, les perce-neige, les vraies renoncules… et tant d’autres joyaux de notre enfance se fondre dans nos souvenirs. En revanche le glyphosate lui est entre dans nos pores, nos cellules et surtout celles de nos enfants où ils ne laissera pas que des images de bonheurs simples mais des stigmates d’une disparition inéluctable de notre propre espèce. Nous sommes tous des assassins qui s’ignorent de notre avenir !