Allez osons la comparaison : dimanche soir à l’Euro l’équipe de France va être confronté à celle de la Corse ! Imaginons en effet qu’avec ses 322 000 habitants l’île de Beauté ait enfin obtenu son indépendance et qu’elle puisse aligner une équipe de football professionnel lors des compétitions internationales. Elle compte actuellement près de 10 000 licenciés et une bonne cinquantaine de joueurs professionnels… et bien évidemment on y trouve toutes les structures de formation destinées à sortir les vedettes du ballon rond. Un France-Corse serait ainsi à la même hauteur médiatique que le match qui va opposer les Islandais à nos Bleus ! Le parcours des Vikings à l’Euro 2016 est d’autant plus remarquable que le pays ne compte en effet que 22.000 licenciés. C’est 87 fois moins que le nombre de licenciés de la fédération française (plus de deux millions). A notez que nos futurs adversaires ne totalisent eux en tout et pour tout que… 100 joueurs professionnels dont la grande majorité évolue d’ailleurs à l’étranger.
La véritable valeur de cette rencontre apparemment disproportionnée vient de la différence énorme des moyens mis en œuvre pour arriver à ce niveau d’une compétition internationale. Le système français reposant sur une pyramide soigneusement établie avec des contraintes réglementaires fortes et la prétention à faire émerger d’un vivier énorme quelques vedettes potentielles. On commence l’apprentissage sportif très tôt avec une avidité de compétition souvent portée par les adultes tuant ainsi dans la grande majorité des cas le plaisir de jouer ! Pas de grands stades dans cette île mais un réseau extraordinaire de halles couvertes spécialement dédiées au football. Il s’agit de permettre la pratique permanente du sport mobilisant près de 30 % de féminines parmi ses licenciés. Pour la Fédération ce n’est jamais le haut niveau qui compte mais la notion de pratique maximum permettant de forger un état d’esprit.
Ainsi il y a sur le territoire habité islandais 7 salles couvrant un terrain synthétique et d’une hauteur de 13 à 20 mètres chauffées en permanence. La première a été inaugurée en 2000. Les plus grandes coûtent entre 15 et 20 millions d’euros. Les autres, environ 5 millions. Elles ont été bâties avant la crise économique. Ils ont également une trentaine de terrains synthétiques et plus de 150 mini-terrains praticables toute l’année. Rapporté à la France on aurait la bagatelle de plus de 3 000 installations d’aires conformes aux normes en synthétique et surtout plus de 15 000 destinés aux enfants ou adolescents. Ce réseau d’équipements est à comparer avec ce dont dispose en France une ville de 330 000 habitants comme Bordeaux ! Quand on ajoute que la durée hebdomadaire de l’enseignement élémentaire n’est que de 20 heures le taux de pratique sportive sur ces installations est extrêmement élevé !
L’Islande c’est aussi et surtout un état d’esprit reposant sur une citoyenneté exemplaire et une volonté de survivre dans un contexte souvent hostile. Avec la Grèce, c’est le pays qui a connu l’une des plus sévères cures d’austérité ces dernières années. Le 7 octobre 2008, trois semaines après la faillite de Lehman Brothers, le pays voit ses trois principales banques (Kaupthing, Glitnir et Landsbanki) – dont les actifs avaient atteint 185 milliards de dollars, près de 14 fois le PIB national ! – s’écrouler comme des châteaux de cartes. Des milliers d’épargnants se retrouvent pris à la gorge. Face à l’urgence de la situation, le pays administre un traitement de choc : contrôle des capitaux, mise en faillite et nationalisation du système bancaire, relance monétaire (dévaluation de la couronne islandaise jusqu’à 70% de sa valeur), boom de la fiscalité, baisse des dépenses publiques…et discrédit total des élites politiques dont une grande partie a été mêlée récemment aux affaires des Panama Papers. D’ailleurs en plein Euro les Islandais viennent délire à la Présidence de leur République un professeur d’Université, candidat sans étiquette, hostile à une intégration de son pays dans l’UE dont il se méfie ! Gudni Johannesson a remporté l’élection présidentielle en arrivant en tête après un scrutin avec 39,1% des voix. Il a devancé lors de l’unique tour de scrutin la femme d’affaires Halla Tomasdottir, également sans étiquette (27,9%) . Ce duo démontre que les islandais ont définitivement remplacé l’appartenance à un parti par la valeur humaine et la capacité à répondre aux attentes concrètes de la société.
Sur un terrain les représentants de l’île des volcans se comportent simplement, courageusement et avec cette sérénité des gens n’ayant rien à perdre mais certain que ceux du camp d’en face ne portent vraiment pas les mêmes valeurs. C’est leur force ! Celle qui leur a permis de renverser jusque là toutes les « montagnes » du profit et de la suffisance… on en reparle bientôt !

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