Tous les clichés de la première année des congés payés montrent des jeunes triomphants partir vers des horizons inconnus sur leurs bicyclettes. Prêts à effectuer des dizaines ou des centaines de Kilomètres ils filaient vers les plages, les campagnes (pas tant que ça car ils en sortaient) ou les lacs afin de découvrir le plaisir de ne rien faire quand finalement bien d’autres gens s’agitent autour de vous. Le vélo, la bécane, la petite reine attestaient de la fortune au sens bonheur de ces moments arrachés au quotidien plutôt ingrat. Lentement on est passé par la motocyclette ou la motocyclette pour les plus aisés avant que la sacro-sainte bagnole permette d’accéder à la liberté d’aller partout ou nulle part. Ah ! Qui n’a pas en mémoire ces départs à l’aube après une nuit très courte car peuplée de rêves de baignades ou de pâtés de sable, de rencontres familiales annuelles ou d’escapades montagnardes audacieuses ?
L’automobile chargée parfois au-delà des ses capacités attendaient cette fameuse escapade annuelle sur la route des vacances au goût de plus en plus bouchonné. Elle symbolisait la réussite sociale permettant aussi d’afficher une véritable possibilité nouvelle : meubler ses congés payés avec des souvenirs pour le reste de l’année. Un privilège dont on sait fort bien qu’il n’était pas accessible (et qu’il n’est plus!) accessible au commun des salariés ! De la deux chevaux libératrice des premiers départs en aventurier solitaire au 4×4 rutilant apte à escalader des trottoirs des stations huppées et friquées il y a parfois des bouleversement saisissants des mentalités estivales pour des personnes passées de la jeunesse insouciante des apparences à la vieillesse ostentatoire.
La voiture choisie spécialement pour cette virée annuelle avait comme les bateaux une annexe plus ou moins imposante. La remorque contenant la tente familiale avec chambres séparées, auvent, recoin cuisine pour camping gaz, restait le stade au-dessus de la galerie installée sur le toit et bardée de sandows dans une bâche bleue comme le ciel espéré sur le parcours. Il était de bon ton afin de marquer son ascension sociale de passer ensuite ou directement à la caravane pliante, sorte de grand papillon déployant ses ailes dans un camping où l’emplacement avait été réservé d’année en année.
L’auto devait alors avoir une puissance suffisante pour tracter cet équipement déjà beaucoup plus encombrant que la remorque antérieure. Il restait l’étape la plus valorisante avec l’achat de la caravane qui selon ses options pouvait être considérée comme un concentré du bien-être quotidien reposant sur l’électro-ménager. Bien évidemment cette option d’itinérance avait une incidence lourde sur le choix du véhicule tracteur ! La fidélité à un modèle en prenait pour son grade car il fallait s’adapter aux contraintes de la puissance et de la robustesse plus qu’à la vitesse et au style. Lors des rendez-vous institutionnalisés sur un terrain de camping les habitués déjà installés lorgnaient avec un brin de condescendance ou d’auto…satisfaction l’arrivée des autres. On pourrait présenter sa nouvelle bagnole et discuter de ses reprises autour de cet apéro tant mérité par une conduite harassante avec « la caravane au cul » !
Il y a aussi des personnes qui aimaient tellement leur auto et qui allaient au bout de ce que peut leur apporter leur monture et ils en épuisaient toutes les ressources mettant un point d’honneur à partir avec la même. On peut évoquer pense notamment à certains propriétaires de Mercedes ou de Peugeot dans les pays chauds ou bien à la fameuse Volvo P1800 d’Irv Gordon, qui a récemment décroché un énième record de longévité de vie commune (5 millions de km) avec sa suédoise. On adaptait alors les vacances au véhicule et pas question de déroger à son utilisation pour des périples même au long cours ! La bagnole donnait un air conditionnel aux vacances…
On peut imaginer combien de sacrifices à pu faire ce Roumain pour une Dacia Logan achetée neuve en 2007 et qui a parcouru avec lui au volant depuis… plus d’un million de kilomètres avec une version MPI 75 ch fonctionnant au GPL, un carburant qui est plus populaire dans certains pays que par chez nous ! Imaginons un instant qu’il débarque au camping des Flots bleus avec son équipement ce campeur basique ! Une véritable attraction… prolétarienne !
Désormais la mode est au camping-car ! On transporte sa maison en concentré avec la satisfaction de pouvoir la poser où bon vous semble… Oubliées les caravanes et le fameux « combi » Volkswagen à fleurs… On passe d’un extrême à l’autre avec les adeptes du confort permanent et ceux de la canadienne ou de l’igloo sommaire rangé dans les sacoches d’un vélo. La progression exponentielle du retour aux vacances vélocipédiques, 80 ans après les premières, marque une véritable changement de société. Des milliers de couples ou de familles s’exilent volontairement sur les pistes cyclables pour des trajets similaires à ceux des navigateurs sur les mers du globe. Une nouvelle manière de tout oublier !