Durant des années l’incomparable Deux Chevaux Citroën a été la clé de la liberté estivale. Posséder une automobile aussi modeste et dépouillée soit-elle permettait d’abolir les distances vers les fêtes et affirmait surtout une vraie indépendance déjà obtenue par l’obtention du permis de conduire. Il y avait bien évidemment une concurrence sévère auprès des jeunes filles avec les Triumph Spitfire, les Renault Gordini ou les Simca 1000, toutes plus rutilantes et plus attractives vis à vis des copines époustouflées par la prouesse que représentait la double conquête : du chauffeur et du volant. Bien évidemment la 2 CV, c’était moins valorisant surtout pour la mère épiant derrière le rideau de la cuisine la qualité de celui qui emportait sa fille… Et pourtant elle traduisait le caractère peu attaché aux apparences de celui qui la conduisait et constituait un gage de simplicité et d’authenticité avec une dose plus ou moins forte de joie de vivre.
La « Deuche » respirait l’insouciance et le mépris total des apparences… ce qui pouvait il est vrai en matière de rapport social constituer un lourd handicap. Un boulot de vacances, une entrée dans la vie active, un succès à un examen valorisé par des grands-parents fiers servaient à accéder sur le marché de l’occasion à un modèle roulant dans un état convenable. Premier achat des familles aux revenus restreints la « 2 chevaux » étaient remplacée dès que les finances le permettaient par un modèle plus révélateur de l’ascension sociale en cours. Désormais de par sa rareté elle est devenue un produit de luxe pour nostalgiques d’une jeunesse méprisant les bourgeois en Mercédés ou en DS Citroën. On s’arrache des exemplaires de collection qu’il ne faut surtout pas utiliser tel que ce fut le cas lors de la mise en service de ce modèle extrêmement robuste et populaire.
Partir à la plage, capote ouverte sur un soleil exubérant, les cheveux dans le vent « climatiseur » avec un transistor branché sur un câble d’antenne au-dessus du pare-brise, chantant à tue-tête naturel aura constitué le must de ces étés d’une autre époque ! Rien de plus dépouillé que ce véhicule inventé par un bureau d’études de chez Citroën mandaté par Pierre Boulanger qui avait souhaité avant guerre une « très petite voiture ». Il en définissait ainsi les caractéristiques sorties d’un large sondage : «  quatre places assises, 50 kg de bagages transportables, 2 CV fiscaux, traction avant, 60 km/h en vitesse de pointe, boîte à trois vitesses, facile d’entretien, possédant une suspension permettant de traverser un champ labouré avec un panier d’œufs sans en casser un seul, et ne consommant que 3 litres aux 100 kilomètres. Elle doit pouvoir être conduite facilement par un débutant avec comme slogan publicitaire dès la fin des années 60 , « 4 roues sous 1 parapluie ».
La « Deuche » résistait à toutes les offenses des titulaires récents du permis de la conduire.
En été elle passait partout dans le ressac d’une suspension absorbant n’importe quel cahot avec une souplesse pouvant donner le mal de mer aux passagers ! Les banquettes en tissu posé sur des sandows tendus accentuaient ces mouvements et il faut bien l’avouer avaient le redoutable inconvénient d’être partagée devant par une barre qui rendaient les étreintes amoureuses plutôt inconfortables mais d’une souplesse exceptionnelle !
Circuler fenêtres de l’avant demi-ouvertes et rabattues vers le haut pouvaient valoir de sérieux avatars lorsque le système de retenues lâchaient brutalement sur un bras prenant l’air en toute insouciance. En fait pour bien des raisons la Deuche favorisait la vie au grand air ! Jamais une automobile n’a autant joué la carte du réchauffement climatique ! En effet tout se gâtait par temps pluvieux ou en période de gel hivernal.
Le souci de l’économie donnait aux essuie-glace une efficacité symbolique. Actionnés par le compteur de vitesse il étaient enclenchés par un interrupteur dont la taille était inversement proportionnel aux effets que produisait son lancement. Il en était de même pour le système de chauffage. Les ingénieux ingénieurs s’étaient confectionné pour les essais en hiver, à partir de manchons en feutre récupérant les calories du tuyau d’échappement un dispositif sommaire ayant l’avantage d’apporter des effluves du moteur dans l’habitacle sans vraiment réchauffer l’ambiance !
Qui n’a pas pourtant la nostalgie des étés avec sa première « 2 CV » quand il eu le privilège d’en avoir une ? Il faut bien avouer qu’il est difficile de savoir si c’est la « Deuche » que l’on regrette ou si c’est tout simplement l’insouciance de sa jeunesse ? N’empêche que pour moi les deux vont ensemble et que les étés de mes 20 ans n’auraient jamais été ce qu’ils ont…été ! Leurs habitacles sont peuplés de rêves d’avenir, de promesses supposées éternelles et de rires qu nous ne connaissons plus. Heureux ceux qui ont fait confiance à « Deux chevaux » certes peur fougueux mais porteurs de tant d’espoirs de jours meilleurs !
Jean-Marie Darmian