Désormais il existe des systèmes de comptage des pas que vous pouvez effectuer dans une journée. Ils vous permettent de vous déculpabiliser si vous franchissez le cap fatidique vous autorisant à prétendre à une vraie diminution de vos graisses nocives. L’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), conseille aux Français de tous âges de pratiquer chaque jour au moins l’équivalent de 30 minutes de marche rapide, soit environ  3 500 pas. Dans sa lutte contre le surpoids et les maladies cardio-vasculaires, l’OMS fixe la barre à 10 000 pas quotidiens…. soit plus de deux heures de marche intensive sans véritable but si ce n’est celui d’afficher un score bénéfique au moment de vous coucher. Alors pour ne pas transformer cette contrainte sanitaire en véritable plaisir les gens sont de plus en plus nombreux à se lancer dans la randonnée pédestre. Ils se donnent parfois bonne conscience mais surtout ils trompent leur angoisse de la prise de poids en partant à l’aventure sur des chemins balisés alors que le reste du temps ils occupent intensément leur canapé devant le sport réputé de haut niveau.
L’été est propice aux débuts de randonneur (à ne pas confondre avec le marcheur) car c’est la saison des bonnes résolutions. Quand certains choisissent un lieu de vacances les pieds dans l’eau pour n’avoir que quelques pas à accomplir pour pêcher ou se baigner d’autres programment des kilomètres de chemins ou de sentiers afin de se changer les idées « gazolinées » d’une semaine normale. Ils achètent cartes, guides, plans afin de repérer les tronçons de grands itinéraires ou les boucles à parcourir sac à dos un territoire inconnu. L’aventure n’a pas du tout le même sel en groupe ou en individuel surtout quand le programme comprend un « panier sorti du sac » ou un « cocktail » de barres énergisantes ou au minimum nutritives accompagnées d’eau fraîche au début et tiédasse en fin des course.
La première solution suppose pour le bataillon de marche, un appétit solide dit « reconstituant » car le partage des nourritures terrestres vire souvent au gueuleton champêtre ! On échange « son » pâté fait maison contre des « rillettes d’une amie », du clafoutis contre du quarte-quart ou du vin dont tu me diras des nouvelles contre un grand cru classé oublié dans la cave. La convivialité estompe alors tous les effets réels de la démarche « pédibus gambus » et la notion de randonnée prend alors tout son sens.
Le solitaire ne s’appuie pas sur les mêmes principes car pour lui, qu’il le veuille ou non, la marche constitue un moyen moderne de se détacher des aléas du quotidien. Pour lui tout doit être prévu et surtout mesuré : l’itinéraire, l’hébergement éventuel et surtout la distance scrupuleusement comptabilisée. On trouve de ces randonneurs performeurs sur les fameuses autoroutes estivales à pèlerins vers Saint Jacques de Compostelle ou sur les célèbres GR 20, GR 10, GR 11 ou GR 75 dont il faut absolument connaître toutes les circonvolutions pour pouvoir prétendre à être admis dans les gens ayant participé à la longue marche. Ce sont ses terrains d’exploit ou de méditation sur la nature humaine confrontée à l’effort solitaire ou aux misères physiques de corps toujours à l’affût de prendre le dessus sur l’esprit.
Le randonneur quel que soit son objectif kilométrique a un amour immodéré pour ses pieds auxquels il consacre ses soirées et même parfois une partir de sa nuit. Il met un point d’honneur à éradiquer toute ampoule naissante ou à vite cicatriser ces bobos provoqués par des chaussures pourtant ajustées par la répétition des efforts à ses contraintes morphologiques. Son premier souci en arrivant le soir est de prendre son pied afin de jouir du bonheur de reprendre la route sur le bon le lendemain matin. Les bains, les crèmes, les lotions leur sont dédiées afin de les réconforter, les amadouer ou les renforcer dans ce lien précieux qu’ils entretiennent avec la terre. En été il n’y a pas que les esprits qui s’échauffent !
En se lançant dans les itinéraires les plus ardus on apprend concrètement que l’on ne peut dans la vie atteindre les sommets que par le sentiers les plus abrupts sur lesquels on monte les uns derrière les autres. Mais le plus important pour être certain de s’éclater c’est de savoir profiter au maximum de toutes les joies qu’offre la nature. Rien ne remplacera sur un parcours la présence d’un arbre, d’une plante, d’un insecte, d’une fleur, d’un cri ou d’un chant d’oiseau, d’un paysage, d’une construction de caractère pour peu que l’on ne marche pas le nez dans ses godasses. Et en arrivant avec de telles images, en se laissant tomber dans l’herbe ou sur une chaise la satisfaction est immense d’avoir atteint l’objectif du départ enrichi de la simplicité précieuse de la découverte. Jusqu’à quand ?
Jean-Marie Darmian