Il y a eu au fil du siècle écoulé bien des manières de se mettre dans le bain. Toutes ont correspondu en fait à la place de la femme dans la société car on sait que la mode n’en est que le reflet. Pour aller prendre les eaux on est passé en une centaine d’années la tenue a largement évolué passant du maillot intégral au monokini en passant par le « une pièce », le bikini, le string et même sur certaines plages au nu intégral !Il n’y pas eu une seule de ces tenues (ou non tenues) qui n’ait provoqué de vives polémiques. C’est une constante sociale : tout ce qui est hors normes pour n’importe quelles raisons (provocation, revendication, libération…) engendre des remous pouvant aller bien au-delà des affrontements verbaux. L’église a toujours, absolument toujours été contre les formes d’émancipation féminine ! Le « diable au corps » avant d’être un film célèbre qui fit scandale a été invoqué par les intégristes désireux d’éloigner les filles et à fortiori les femmes de tout les plaisirs de la vie.
C’est ainsi que jusqu’en 1850, l’aristocratie qui prônait la blancheur de la peau et la pudeur, se rendait à la plage pour des activités diverses comme se ressourcer, se promener, pêcher… très rarement pour se baigner et encore moins pour bronzer. On adoptait des vêtements de ville inconfortables et peu pratiques mais qui évitaient des sermons véhéments des tenants de la vertu dissimulée. A la révolution industrielle, la bourgeoisie accède à son tour aux plages normandes comme l’aristocratie avant elle mais rien ne permet d’envisager que l’on aille vers une baignade dénudée. Le puritanisme souvent inspiré par des considérations religieuses va conduire à l’usage d’un habillage largement plus « fermé » que celui du « burkini » provoquant des réactions sur-exploitées médiatiquement et politiquement.
Rappelons qu’au milieu du XIX° siècle les prémices de ce qui ne s’appelait pas encore le « maillot de bain », étaient composé d’au moins 6 pièces différents ! La pudibonderie religieuse exigeait que le minimum du corps soit visible. Cette règle s’appliauait avec rigueur et dans certaines commune des arrêtés furent pris par des maires pour « interdire la baignade des femmes au nom de la morale ». Un pantalon bouffant jusqu’aux genoux, une chemise large à manche courte, un ceinture, un bonnet et parfois des bas et des chaussures constituaient déjà une atteinte à la pudeur. Ce n’était pas inspiré par la religion mais au contraire considéré comme un défi aux principes d’aliénation du corps de la femme avec l’application du fameux vers de Tartuffe : « cachez ce sein que je ne saurais voir ! ». On en arrive à ce que les baigneuses adoptent le port d’un petit jupon court dans un jersey de laine couleur foncée.
Peu à peu, ce « costume de bain » diminua et le pantalon se trouva au dessus du genou, la chemise devint plus seyante mais il fallut attendre 1907, pour que la nageuse australienne et star du cinéma muet Annette Kellerman –une avocate des tenues de bain plus adaptées à la nage– est gratifiée d’une amende pour être apparue sur la plage de Revere, à Boston, dans une tenue épousant ses formes et sans manches. Un vrai scandale qui provoqua des manifestations, des heurts entre pro et anti maillot de bain intégral une pièce ressemblant étrangement au burkini .La querelle judiciaire qui en découla fit les gros titres de la presse et poussa les plages du pays à revoir leur législation interdisant ce type de vêtement. En 1915, les femmes américaines portaient couramment des maillots de bain une pièce. C’était il ya quasiment un siècle !
On connaît l’histoire de Louis Réard qui en 1946 fait la présentation de son modèle « Le Bikini » révolutionnaire pour l’époque ! Un véritable déchaînement de condamnations véhémentes et encore une fois de violentes querelles qui firent qu’une seule une célèbre danseuse nue du Casino de Paris accepta de porter ce maillot à la piscine de Molitor à Paris. Encore une fois on prit des arrêtés sur certaines plages et on vit même ce maillot interdit sur toutes les plages de Belgique, d’Australie, d’Espagne, du Portugal et d’Italie… c’est ce qui dans le fond rendit le plus grand service à cette création vendue à un prix exorbitant et qui finit pas devenir tout à fait ordinaire. Il en fut de même pour le monokini… qui déclencha les mêmes excès et les mêmes réponses débiles institutionnelles. Le meilleur moyen de banaliser un comportement social reste d’éviter de le stigmatiser, de le valoriser, de l’inscrire justement dans un processus revendicatif.
Sur ce sujet la règle est immuable partout dans le monde on se fout de notre gueule avec par exemple cette réaction de la BBC : les autorités françaises « devront distinguer les nageurs en burkini et ceux en combinaison de plongée » (sic) . Le Telegraph se montre également très virulent contre ces arrêtés municipaux. Pour le quotidien conservateur (sic) : « Les vrais ennemis de la liberté ne sont pas les femmes qui portent des burkinis, mais les politiques qui veulent les interdire (…) Comme un régime théocratique, l’interdiction du burkini à Cannes oblige les femmes musulmanes à choisir entre leur religion et leur identité nationale, et suggère pernicieusement que leur choix du vêtement est une déclaration politique, que ce soit le cas ou non. » Et dire qu’ils sont des médias de la Prude Albion !
Jean-Marie Darmian