Il faudra bien à un moment où à un autre tirer la leçons du passage au pouvoir des gens issus du scrutin législatif de 2012… car faute d’évaluation on retombera dans les mêmes travers en n’importe quel contexte politique. En fait les gouvernements Ayrault et Valls ont dès leur mise en place adopté un postulat catastrophique voulant q »il ne faille plus à l’époque actuelle faire de politique. Lorsque l’on a accédé à une responsabilité, de quelque niveau que ce soit, la première pensée qui doit guider ses actes : se présenter en gestionnaire et jamais en porteur de valeurs. La « gestion » du quotidien avec ratios, quotas, comptes devient inexorablement le gage du bonheur supposé des gens auxquels elle est destinée. En perdant leur boussole « idéologique » Président, Premier Ministre et ministres de tous niveaux ont achevé la maigre confiance qui pouvait encore exister dans des mots simples comme « socialisme ». Ils l’ont détruit méthodiquement comme pour éviter que ne leur soit reproché une quelconque vision partisane surannée. Cette erreur devient très répandue : on oublie l’essentiel pour se parer dans la vertu gestionnaire !
En courant après des ordres chiffrés venus de Bruxelles ils ont mécontenté absolument toutes les couches sociales. Aucun souffle dans des décisions jugées toujours insuffisantes par la Droite et dénuée de tout sens social par la Gauche. La perte des repères permettant de juger à l’aune de l’humanité des mesures transformées en objectifs chiffrés souvent utopiques a causé des ravages profonds ! Le mal est même irréparable durant de longues années. La courbe du chômage scrutée comme la ligne bleue des Vosges en d’autres temps ; la profondeur du déficit budgétaire appréciée en terme de gouffre ou d’ornière ; les nombres multiples étalés comme des vérités intangibles : finie les grands principes sous-tendant des mesures phares que doit prendre un gouvernement. A force de caricaturer la politique on l’a rendue insupportable à tout le monde et on a ouvert la voie aux idées simplistes les plus corruptrices de l’esprit.
Il est à craindre que l’orchestre gouvernemental sans partition affichée et jouant individuellement accentue une pratique désormais habituelle : celle qui consiste a vouloir seul(e) laisser une trace dans la petite histoire d’un secteur social par une réforme ! On sent bien que le sort de chacun(e) se joue avant les échéances de 2017 sur la capacité à occuper un espace utile à son image. Cet éparpillement des positions souvent contradictoire avec les valeurs que l’on doit défendre (les autoroutes en est l’illustration) ne contribuera pas à l’image globale des partisans de François Hollande. L’absence de ligne directrice claire a rendu la politique de son mandat illisible puisque ce ne fut (en dehors de quelques sujets de société et encore pas toujours traités jusqu’au bout) souvent que des adaptations aux circonstances. La « comptabilité » aura été au cœur des décisions prises en raison du carcan imposé par l’Europe et l’humain a été quasiment toujours absent. Ce sentiment conscient ou la plupart du temps inconscient d’abandon a détourné le « peuple » de tout ce qui a été fait de positif.
Toute gouvernance qui ne place pas l’Homme au centre de ses préoccupations avec une opiniâtreté constante se livre en fait pieds et poings liés à la loi du marché, de la finance et du profit. Malheureusement depuis longtemps cette volonté de l’Humain d’abord a disparu chez les responsables de droite ce qui a toujours été le cas mais chez une frange de ceux qui portaient en France les idées de la gauche. L’usage de la force comme moyen de régler des différents ethniques, religieux, politiques illustre à merveille cette propension à considérer que la vie humaine a un prix différent d’un lieu à l’autre. La part croissante laissée au libéralisme économique qui considère que la régulation de ses profits ne peut se faire que par l’aliénation de l’Homme ne pouvant survivre que par le travail est devenue préoccupante.
La négation des dégâts environnementaux préjudiciables à la santé de millions d’humains devient un véritable crime impuni contre l’Humanité. Les grandes déclarations n’ont jamais constitué une preuve de la lutte contre ces principes ancrés dans un socialisme reflet d’une conception différente de la société. Privé de cette utopie collective non incarnée par des politiques les électrices et les électeurs s’éloignent de plus en plus des sentiers de l’espoir pour basculer dans l’immédiateté et l’irrationnel (religion ou fanatisme politicien) . La technique de gestion ne remplacera jamais la considération, la cohérence entre idéal et décisions. Le gouvernement a oublié des idées (décentralisation, justice sociale, protection des plus faibles, solidarité active…) pour une forme de centralisme gestionnaire parcellisé qui va conduire à ce que s’étant détourné de la politique au sens noble les électrices et les électeurs optent pour un apolitisme démagogique réputé plus efficace !