« Le poids de l’origine sociale des élèves sur leur réussite scolaire est bien plus important chez nous que chez nos voisins « comparables », et (ce poids) s’est aggravé sur un temps très court », note Georges Felouzis, un des chercheurs ayant participé au rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire, organisme totalement indépendant du Ministère de l’Éducation nationale. Est-ce véritablement une révélation pour celles et ceux qui, de l’intérieur et de puis trois décennies vivent la réalité de ce secteur essentiel de la vie sociale. On sait bien en effet qu’en multipliant les réformes, les ajustements, les concessions et en se contentant de parler de moyens les gouvernements successifs ont totalement déstabilisé une « école » de plus en plus coupée de la réalité. La véritable destruction d’une formation autonome et spécifique des enseignants a constitué le début de la remise en cause d’un système éducatif adapté au contexte actuel.
L’élitisme s’est renforcé avec à la fois le refus de la mixité dans les établissements (explosion du secteur privé) et plus encore par une sélection par l’échec. Pour lutter contre les inégalités sociales et scolaires au sein de l’école, particulièrement prononcées en France, les gouvernements successifs se sont appuyés sur le principe de « l’éducation prioritaire » qui ne « marche pas » selon le rapport qui tombe au plus mauvais moment pour le Président de la République encaissant le même jour une hausse du chômage et un gros doute sur la sincérité du budget 2017. Si plusieurs facteurs expliquent l’aggravation des inégalités sociales, le Cnesco a surtout étudié « les effets pervers » de l’éducation prioritaire, mise en place pour aider les établissements situés dans des zones socialement défavorisées. Conçue à l’origine pour être temporaire, elle perdure encore en 2016, avec des effectifs croissants (10% des collégiens en 1982, plus de 20% en 2015). Or elle ne fonctionne plus du tout puisqu’elle stigmatise les établissements concernés et provoque le départ des familles les plus favorisées vers d’autres lieux réputés, accentuant le rétrécissement de la composition sociale de ces écoles et la dégradation du niveau des élèves. Un enchaînement qui ne fait que s’accélérer depuis 30 ans… rendant inutiles tous les moyens alloués aux zones concernées. La carte scolaire est contournée et devenue inutile !
Cette politique de compensation « humaine et matérielle » ne renforce pas « les dimensions cruciales dans les apprentissages des élèves, tels que le temps d’enseignement, leur expérience, la qualité des méthodes pédagogiques. Bref, on est loin du mythe de l’égalité des chances. « Au lieu de lutter contre la ségrégation, on dit qu’on donne plus de moyens, manière de la rendre plus acceptable moralement », a déclaré Nathalie Mons, présidente du Cnesco.
Je partage totalement son avis car la réussite ne repose pas uniquement sur les moyens mais sur d’autres critères d’accompagnement et surtout une pédagogie individualisée. Il devient urgent de redonner la confiance aux familles dans le choix des établissements… et pour y parvenir il faut cesser de créer des ghettos scolaires comme c’est dans les faits, le cas depuis des années.
Les élèves des écoles et collèges réputés « prioritaires », souvent défavorisés, ont des temps d’enseignement plus courts (à cause de problèmes de discipline), des enseignants moins expérimentés (problème essentiel), davantage de non-titulaires (contractuels non formés), un climat scolaire moins favorable (violence sociale réelle) et un entourage familial ou d’accompagnement peu porteur. La France fait partie des pays de l’OCDE dont le niveau des élèves défavorisés baisse le plus entre 2003 et 2012. Sur 4h de français par semaine annoncées en classe de 3e, le temps d’enseignement effectif serait de 2h 30 en éducation prioritaire, 2h 45 hors éducation prioritaire et 3 h dans le privé. Un tiers des élèves disent se sentir en insécurité au sein de leur collège d’éducation prioritaire.
Le rapport du Cnesco tend donc à montrer que les inégalités sociales à l’école empruntent des formes multiples : inégalités de traitement dans les ressources d’apprentissage dont les élèves disposent réellement à l’école, inégalités dans leurs résultats scolaires, inégalités sociales dans les orientations, dans les diplômes et même dans le rendement des diplômes sur le marché du travail. L’école hérite d’inégalités familiales mais produit, en son sein, à chaque étape de la scolarité des inégalités sociales de natures différentes qui se cumulent et se renforcent. 
« On a plutôt des preuves que ça ne marche pas mais on continue. Les pays qui avaient adopté ce dispositif l’ont tous abandonné, car ses effets pervers sont plus nombreux que les effets positifs », affirme l’un des auteurs du rapport. Avec aucune chance d’être écouté et approuvé ! Tout le monde sera contre lui !