Il est difficile d’imaginer que dans une société hyper-connectée, hyper-médiatique, hyper-consumériste il existe encore de millions de personnes en situation de solitude. Une enquête du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC) démontre que jamais la situation n’a été aussi alarmante en France. Ce repli sur soi, cette solitude volontaire ou involontaire pèse sur l’évolution du fonctionnement social.  En 2016, ils sont cinq millions à n’avoir quasiment aucune relation sociale, selon une enquête du Crédoc pour la Fondation de France. Vous avez bien lu 5 millions soit presqu’un Français sur dix. La plupart d’entre eux ne rencontrent jamais leurs amis, leurs proches ou leurs voisins. En 2010, ils étaient quatre millions dans ce cas soit une augmentation de 25 % ! Quand d’autres comptent leurs amis virtuels ou expédient des milliers de tweets, d’autres n’adressent la parole à personne, ce qui dans le fond est presque identique !

A la question de l’enquête « vous sentez-vous seul ? », 52% des Français répondent « oui », contre 48% des Françaises. L’étude nous apprend aussi que toutes les catégories d’âge sont concernées. Le taux d’isolement croit ainsi progressivement avec l’âge : 7% chez les moins de 25 ans, 11% chez les 25-39 ans et 12% au-delà et jusqu’à 69 ans ! Cette enquête, réalisée en ligne, ne permet pas, en revanche, d’estimer un taux d’isolement au-delà de 70 ans qui doit  pourtant être très largement supérieur. Une dérive qui a tout lieu d’inquiéter car elle renforce l’angoisse, la misère culturelle et la dépendance télévisuelle ! Le pire c’est que le cercle de proximité n’existe même plus !

Généralement, les Français construisaient leur réseau social en priorité autour de leurs amis et de leur voisinage. La vie professionnelle et la vie associative sont secondaires pour eux. On s’inquiète partout pour les relèves dans ce domaine. Cette enquête révèle que le mal s’enracine et que ce que l’on appelle égoisme n’est que le reflet d’une incapacité au partage. Ce schéma se retrouve aussi chez les personnes isolées n’ayant qu’un seul réseau : les voisins se révèlent même le premier mode de socialisation (36%), devant les amis (26%), puis la famille (22%)… Et ce constat s’accentue avec l’âge. La vraie déstructuration de la famille passe par l’éloignement des générations pour raisons économiques et la perte du réseau des « copains » des « potes » des « camarades » devient aussi très problématique. Il faut savoir que le dernier lien avec l’extérieur pour les personnes âgées demeure le facteur (quand il a le temps) ou l’assistante de vie (quand elle existe).

Plus que l’âge, l’étude du Crédoc montre aussi que la solitude est liée aux conditions de vie. Les « isolés » sont ainsi surreprésentés parmi les chômeurs, les gens du RSA (la resocialisation devrait être une priorité!). Ainsi, plus du tiers des personnes isolées (34%) ont des revenus faibles, de moins de 1 200 euros par mois et encore plus sous le seuil de pauvreté ! Par ailleurs, la solitude est un enchaînement fatal.  Les personnes seules, quel que soit leur âge, ont tendance à se replier sur elles-mêmes et plus elles restent seules ! Les conséquences sur les pratiques sociales apparaissent dans l’étude du CREDOC : 17% des personnes qui déclarent ne pas voter sont isolées, soit plus du double par rapport à celles qui votent à toutes les élections (8%). C’est donc environ plus de 800 000 « isolés » qui sont aux citoyens absents donc beaucoup de jeunes ! L’égalité hommes-femmes n’existe pas face à ce fléau. On trouve 52% de Français se sentant seuls contre seulement 48 % de Françaises. Or on parle souvent des « femmes seules » car leur précarité matérielle devient souvent plus problématique que celles des « hommes seules ».

Incontestablement cette croissance d’un million d’isolés traduit un vrai échec des valeurs républicaines de fraternité, de solidarité et d’égalité. Cet isolement est souvent synonyme de mal-être et même de maladies. La moitié des concernés disent ne jamais se sentir heureux ou seulement de façon occasionnelle. Toutefois, 38% des sondés assurent ne pas se sentir seul. Cette attitude s’accompagne d’une défiance à l’égard des institutions et d’un rejet de l’autre. Ainsi, deux tiers des isolés pensent que l’on est jamais assez méfiant vis-à-vis d’autrui. Le retour vers les croyances voire les phénomènes sectaires ou les extrémismes de toutes sortes découle de ces situations de désocialisation.

« L’isolement c’est presque un phénomène structurel comme le chômage », a commenté sur france info Martine Gruère, experte Solidarités de la Fondation de France. « On est dans une société qui produit de la solitude. » « En plus du repli sur soi, les professionnels du social ont observé que de plus en plus de gens ne veulent plus aller vers les services qui pourraient les aider » a ajouté cette spécialiste… C’est probablement là le plus grave ! Seuls les élu(e)s réellement au contact du terrain et de sa réalité se préoccupent de ces phénomènes beaucoup plus inquiétants que ceux que l’on aborde sur les podiums électoraux ! En ce qui me concerne tout le reste de mon seul mandat électif sera concentré sur deux objectifs : citoyenneté et partage !