Tout n’est qu’une question de vocabulaire quand on parle des futures primaires d’une partie de la Gauche organisée certes pour désigner l’un des candidats à l’élection présidentielle. Plus les jours passent et plus les pessimistes utilisent les mots « fiasco », « mascarade », « débandade », « échec »… alors que d’autres pensent uniquement à sauver le PS dans sa forme actuelle, vaste navire doté d’un commandement pléthorique mais abandonné par les marins qui le font fonctionner.

J’avais eu le privilège en 2005 de m’expliquer dans Libération. J’avais été suivi par un journaliste ( Paul Quinio) dans une réunion des « Hollandais » et je m’étais à la fois exprimé dans ce journal puis sur « Roue Libre ». Je vous livre ce papier vieux de 11 ans… car il illustre que le changement n’a jamais existé et que les mêmes erreurs conduisent aux mêmes conséquences. Les primaires de serviront qu’à contrôler les reliquats d’un parti recroquevillée sur ses querelles internes et ses clans.

Le titre de cet article était «  Hollande n’est qu’un gestionnaire de l’entreprise PS »… est-ce que ça a vraiment changé ? A vous de juger. Voici ce papier… datant de novembre 2005 !

« Un mouton noir s’était glissé dans la salle du Kratatoa de Mérignac, en Gironde. Ce département, dans la géographie socialiste, est un fief de Laurent Fabius. «Une terre hostile», résument les hollandais qui organisaient mercredi dernier leur réunion de motion. Outre le premier secrétaire du PS, Alain Rousset, président de la région Aquitaine, et Gilles Savary, député européen, sont à la tribune. Tous les deux sont des ex-amis de Laurent Fabius, en rupture depuis son non au traité constitutionnel européen. Jean-Marie Darmian, le mouton noir, lui, a rejoint le député de Seine-Maritime après le 21 avril 2002, « bien avant les événements européens ». Adhérent du PS depuis 1974, élu local depuis 1983, aujourd’hui maire de Créon, Jean-Marie Darmian a longtemps été proche de Michel Rocard. Il a 57 ans. « Certains de mes anciens amis rocardiens ont rejoint Emmanuelli. Moi, je me suis arrêté à mi-chemin, sourit l’ancien journaliste sportif. Je n’idolâtre pas Fabius. Mais il a eu le courage de quitter la pensée majoritaire, parce qu’il a douté du chemin qu’il empruntait depuis des années. Les autres ne doutent jamais. Ou bien Fabius est d’une perversité absolue. Ou bien il est sincère.» Pour Jean-Marie Darmian, il est sincère et François Hollande n’est qu’« un expert comptable, un gestionnaire de l’entreprise PS » incapable de « redonner de l’espoir aux gens ».

« L’avantage de cette rencontre entre le premier secrétaire […] et ses ouailles, c’est qu’elle ne m’a pas obligé à sauter d’enthousiasme sur ma chaise… J’en aurais été incapable », écrira Jean-Marie Darmian sur son blog après la réunion de mercredi soir. « S’il arrive que certains aient le vin triste, d’autres ont la victoire prévisible plus que morose.» Pendant la soirée, Jean-Marie Darmian se retient de soupirer trop fort quand les critiques fusent contre Laurent Fabius. Le maire de Mérignac, Michel Sainte-Marie, évoque « les prises de position aventureuses » et la « démarche aventurière » de l’ex-ministre des Finances. Gilles Savary se dit d’accord avec « l’opposition frontale, à condition qu’elle soit crédible » (sic).

«Y a-t-il un seul argument avancé par les partisans du non pendant la campagne référendaire qui ait aujourd’hui une réalité », interroge Alain Rousset. Quant à François Hollande, il met en garde contre la tentation du « plus à gauche que moi tu meurs ». Jean-Marie Darmian réplique que tous ces orateurs « confondent expression populaire et vote populiste ». « Je n’ai pas entendu une seule explication sur le vote du 29 mai, dénonce-t-il. Hollande ne propose pas aux militants de voter un projet mais d’adopter un règlement intérieur.»

Sur son blog, il ironise sur « la diatribe volubile » du premier secrétaire, qui « tourne autour des mots « respect », « règles », « vote démocratique ». Il aura outrancièrement manqué « social », « emploi », « logement », « peuple », « salaires » […] . On n’était pas là pour penser mais pour voter contre les « méchants » qui ont osé avoir raison avec les électrices et les électeurs le 29 mai. […] Le succès attendu sera donc probablement au rendez-vous. Il ne reposera pas sur une adhésion à un projet de société mais sur le rejet d’une dissidence forcément dangereuse pour les intérêts de la caste. […] François Hollande joue à fond sur le sentiment légitimiste… Et je suis certain que ça marchera car la discipline appartient à la culture militante.» Sauf en Gironde bien sûr… »

Je n’ai jamais eu la réputation de pratiquer la langue de bois et je suis heureux de relire cet article qui dresse en fait un vrai bilan du quinquennat et donne un avant-goût des primaires. Que dois-je retirer aux positions des uns et des autres ? rien ! Ils n’ont pas changé et moi non plus !  Encore une fois je serais minoritaire, défaitiste, négatif… N’empêche que cette fois « l’entreprise est proche de la liquidation populaire ! » et dans onze ans elle aura mis la clé sous la porte ! 

(1) Libération du 5 novembre 2005