Quand elle devrait être en pleine campagne pour l’élection présidentielle avec sa cohorte de réunions thématiques, de visites sur le terrain et de déclinaison d’un programme de gouvernement, la France est plongée dans un marécage politique sans précédent. Les candidats que l’on pensait les plus installés y pataugent péniblement sans avancer d’un pouce. Ils ont de grosses suspicions de vases communicants pour l’une et un véritable cloaque pour l’autre quand ils espéraient régler leur maigres différences dans un second tour déjà acquis.

Marine Le Pen vient de recevoir un « bleu » du parlement européen pour avoir tricher avec les règles d’emplois du personnel qu’elle rémunérait avec les subsides de cette Europe qu’elle vomit ! Étrange scénario que celui qui consiste à déblatérer sur la gabegie de l’UE, sur l’absence de rigueur des gestions publiques, sur la défense du travailleur, de la veuve et de l’orphelin menacés par les hordes de migrants quand soi-même on triche sur ses déclarations de patrimoine (plusieurs millions d’€ ont été dissimulés) et sur les fonds alloués pour ses propres salariés. Bien évidemment il ne s’agit que de « calomnies » destinées à miner la crédibilité d’une candidature populiste se prétendant populaire. Le fameux « air de la calomnie » du Barbier de Séville est entonné par les chanteurs travestis en bleu Marine… elle refuse de rembourser les 360 000 euros demandés et attend de pied ferme les juges pouvant lui infliger 10 ans inéligibilité pour fausse déclaration sur sa fortune ! Des broutilles quand on prétend défendre le peuple laborieux ! Mais dans le fond sa chance repose sur le fait que désormais le mot qui traverse le camp de la droite se voulant plus respectable c’est « courage Fillon ! ». Elle passe au second plan puisque ses 360 000 € distribués aux autres font « gagne-petit » par rapport au million du triomphateur de la primaire flamboyante des ex-UMP !

Pris dans les sables mouvants le candidat triomphant de deux adversaires ayant connu une « mise en examen ». Lui le parangon de vertu de la Sarthe aurait un peu abusé des facilités accordées par les assemblées pour la rémunération des assistants indispensables à l’exercice d’un député. Il faut cependant ajouter que le cumul des mandats (Fillon en a cumulé quelques-uns) ne rendait pas très utile la collaboration familiale qu’il avait instituée. Mais, soit il lui en fallait une légère comme une plume à discours et précieuse pour lui tenir son carnet de rendez-vous déjà probablement maîtrisé en de nombreux autres endroits (mairie, présidence du Conseil général, groupe parlementaire..) par des dizaines d’autres personnes travaillant pour lui. C’est vrai qu’il fallait de temps à autres inscrire : « course automobile », « réception au manoir », « piscine », « chasse », « coiffeur » ou « « médecin »… indispensables pour la bonne marche eds affaires publqiues. Plus il se débat dans ce marigot des rémunérations de ses proches sans contrat de travail et plus il s’éloigne de la rive où il comptait bien se lancer dans la campagne. Alors point de salut autre que celui de chanter sur la scène médiatique le grand air de la « calomnie »…. qui cette fois est repris avec délectation par (Le) Figaro ! C’est une grande tradition !

Le troisième a échappé de peu (provisoirement) à une exploitation d’une note de frais un peu trop volumineuse. Emmanuel Macron aurait trop souvent dit « Bercy » dans les restaurants avant son départ « En Marche ». L’enveloppe annuelle des frais de représentation du ministère de l’Économie dépasse cent cinquante mille euros, soit au moins cent vingt mille euros utilisés en huit mois par le jeune ministre pour ses seuls déjeuners et dîners en bonne compagnie. Pas grave. On reprend à son compte là encore l’air de la calomnie et on réfute toutes les affirmations contenues dans un livre que l’on se gardera bien de remettre en cause… au cas où il faudrait sortir les tickets ou les factures !

Arrivé depuis peu dans le jeu des 7 familles politiques actuellement en course, Benoît Hamon devra inscrire sur la porte d’entrée de son futur siège de campagne : « gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge ! ». Comme elle est de Voltaire elle peut lui être utile pour ne pas rester Candide. Il va lui falloir apprendre à surveiller ses arrières et faire sortir les mines que vont chaque jour placer sur son chemin vers le second tour, des gens qui ne lui veulent pas du tout du bien ! Le « frondeur » qui a, soit-dit en passant, voté plus de 90 % des textes gouvernementaux et qui est l’auteur de deux lois que l’on s’accorde à reconnaître comme de qualité sur la consommation ou l’économie sociale et solidaire va être vite un cœur de cible pour une vingtaine de ses ex-collègues. Pour lui il s’agit davantage d’un trail de montagne que d’une traversée de marécages mais les ravins sont proches et une simple poussette discrète suffit…