Les relations historiques entre les socialistes et le monde du travail ont toujours reposé sur des réformes permettant de lutter contre l’oppression que représente une activité plus ou moins épuisante en échange d’un gain minimum destiné à maintenir soit-disant les possibilités de maintenir le droit de travailler. Il n’y a pas eu dans l’histoire sociale une seule amélioration du statut des salariés qui n’ait été due à la gauche. Avec en écho une réponse absolument similaire à toutes les époques : cette décison va ruiner notre économie. La seule nouveauté c’est que désormais des critiques quasiment similaires viennent d’un part de la gauche de gouvernement. On fait un procès d’intention destiné soit-disant à démontrer que les évolutions présentées non aucun sens. Il faut croire au plein emploi qui résoudra dans le prochain quinquennat toutes les difficultés sur le marché de l’emploi. On arrivera au chômage zéro par la politique de l’offre et par l’augmentation du temps de travail via le système du gagner plus (quand on a du boulot!) en travaillant plus !

Le combat historique de la gauche a pourtant constamment été celui de la réduction du temps de travail. Il y a eu d’abord la bataille pour la journée de huit heures légalisée en 1919 (après le carnage de la Grande guerre ayant amputé le pays de centaines de milliers d’ouvriers, de paysans, de fonctionnaires…) par le gouvernement d’un certain Georges Clemenceau. Pourquoi oublie-t-on que les congés payés furent la création d’un certain Léon Blum en 1936… et que ce fut un tollé de la droite réactionnaire et des maîtres des forges. On a soin d’occulter que ce droit figurait, parfois depuis plusieurs décennies, dans la législation d’une bonne partie du continent : en Allemagne dès 1905, en Autriche-Hongrie et dans les pays scandinaves depuis 1910, en Tchécoslovaquie, Pologne, Luxembourg, au début des années 20, et même dans nombre de pays latins (Italie, Grèce, Roumanie, Espagne, Portugal, Chili, Mexique, Brésil) entre la fin des années 20 et le début des années 30. En France, les congés payés, avant d’être l’espoir dont parle Léon Blum, ont longtemps été un rêve plus qu’inaccessible, à peine formulé, presque honteux. Certains patrons ont vitupéré ce qu’ils appelaient les  » congés payants « . La presse de droite, très puissante, fulminera contre  » la semaine des deux dimanches « . Et lorsque Pétain, plus tard, dénoncera  » l’esprit de jouissance  » qui, selon lui, l’avait  » emporté sur l’esprit de sacrifice « , c’est évidemment aux congés payés et aux 40 heures qu’il pensera.  La cinquième semaine de Pierre Mauroy et la semaine de 35 heures de Lionel Jospin et Martine Aubry ont été acueilli de la même manière. d’ailleurs ces deux avanacées sociales sont sans cesse remises en cause avec des motivations différentes . Et pour tous ces progressistes, il s’agissait bien à la fois de réduire la charge de ceux qui ont un emploi, et de permettre au plus grand nombre d’avoir un travail. Aurait-on brutalement perdu cette option à gauche ?

La raréfaction du travail n’est pas un mythe – c’est une réalité, et cela même dans les temps de forte croissance économique. Depuis 1950 en France, le nombre d’emplois a crû de 40%… mais le nombre total d’heures travaillées a diminué de 10% La croissance n’a pas créé les emplois : elle a permis de financer l’augmentation du salaire horaire, favorisant la réduction du temps de travail qui, elle, a créé les emplois… Nier cette réalité c’est tout simplement imaginer une monde social qui n’existerait jamais plus ! Les inégalités se creuseront inexorablement et une société d’affrontements avec des mouvements incontrôlables reposant sur un sentiment grandissant d’injustice détruiront un système démocratique discrédité ! Personne ne remet en cause la nécessité de la croissance, surtout si on l’associe à la transition écologique et énergétique, et que l’on comprend que c’est sans doute le meilleur moyen de convaincre nos voisins de la nécessité d’une relance des investissements en Europe. Il faut en parallèle admettre que cette croissance n’amènera le plein emploi qu’accompagnée d’une nouvelle réduction du temps de travail… Ce n’est ni utopique, ni débile ! Les deux mouvements ne sont pas opposables. Faute de trouver un chemin politique sur les deux sujets et surtout pas l’un sans l’autre, l’échec est garanti dans la prochaine décennie. Les injonctions visant à revenir sur les 35 heures de manières diverses cachées ou ouvertes ne résoudra absolument aucun des problèmes actuels. Une relance massive des investissements publics (numérique, éducation, environnement…) au niveau européen est une priorité.

Prétendre que Benoît Hamon tourne le dos à la « valeur travail », au cœur des combats socialistes, est une absurdité manifeste : pour que tous puissent s’épanouir dans le travail il faut que chacun en ait, mais que personne n’en ait trop… Si les salariés de ce pays le comprenait ce serait déjà le début d’une autre approche des présidentielles !

6 Réponses

  1. CADEREAU Josette

    Je suis d’accord avec toi et il faut que l’on démarre cette campagne rapidement à fin que les médias parlent du bien fondé du programme et de ses retombées positivent et non de faits paravents qui arrangent bien la droite et le fn qui nous montrent qu’ils ne veulent pas améliorer le social mais le grand capital pour leur propre compte

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  2. LAVIGNE Maria

    Partager le travail, il faudra bien y arriver puisque les machines remplacent les humains et c’est tant mieux. Mais imposer toujours plus de flexibilité responsable de bien des problèmes, flexibilité voulue afin de fragiliser les salariés qui se taisent pour essayer de garder un emploi fut-il précaire, mal rémunéré. Il est plus facile de manipuler cette population que ceux qui ont les revenus de la famille qui fait l’actualité et vit dans un château . Hélas, toutes ces décisions prises par une oligarchie hors sol précipitent le peuple dans les bras d’une autre famille qui se réclame du peuple, enrichie pas des héritages douteux.
    J’en veux à ma famille politique qui, il y a des années déjà, a permis de fortes réductions de cotisations sociales pour les entreprises qui employaient des salariés à temps partiel. Là encore, les entreprises ont encaissé et les salariés ont subi. Combien de salariées, essentiellement des femmes, recrutées par la grande distribution avec des horaires hors normes, étaient obligées de rester en salle de pause pendant les coupures qui pouvaient être de 2 à 4 h voire plus. Et quand on est domiciliée à 40 kms du centre commercial il est impossible de rentrer chez soi. Que l’on ne me dise pas que cela est faux, des proches en ont subi les conséquences…
    Alors, lorsque je vois les salaires fictifs rémunérés avec l’argent durement gagné par les plus pauvres, distribué aux plus riches, je dis qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans notre beau pays

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  3. Michel

    Que pense M. Hamon de la scandaleuse loi anti code du travail, que M. Valls a fait voter au forceps (49.3)? Va-t-il l’abroger ? Va-t-il rompre avec la logique « socialiste » (!) des années précédentes contre le monde du travail ? Voilà ce qui intéresse un salarié modeste comme moi, qui n’a pas les grandes compétences des débatteurs devant les caméras… Ah oui : les élus (le maire de ma commune) seraient tout aussi contents de savoir si les logiques liquidatrices des communes et des départements, de Sarkozy à Hollande et la loi NOTRe vont s’arrêter. On abroge ?

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  4. Georges SIMARD

    «LE TRAVAIL N’AURA PLUS LA MÊME VALEUR… C’EST IRRÉMÉDIABLE !»
    Cet argument à propos de la valeur du travail, est non seulement le leitmotiv sarköziste, mais il est celui des tenants de l’exploitation capitaliste depuis ses début : soumettre la rémunération du salarié à la dure loi du marché … (retour au Moyen-Âge en place de grève.)
    Depuis 1848, les analystes économiques sérieux, ont compris et explicité l’évidence :
    il n’y a pas d’autre producteur de richesse que le travail.
    Donc la valeur du travail est celle de l’ensemble de la production.
    Tout détournement d’une partie de cette valeur en direction des coffres forts des propriétaires lucratifs du capital (actionnaires ou banquiers)est donc un vol institutionnalisé sous l’effet de la dictature capitaliste.
    Et ceux qui proposent un « partage raisonnable » entre capital et travail de la valeur exclusivement produite par ce dernier, sont donc complices de ce vol.
    C’est ainsi que le premier ministre travailliste anglais Clement ATLEE rassurait les banquiers de la City en proclamant :
    «Nous, travaillistes, seront les gérants loyaux du capitalisme»…
    Tout le programme social-démocrate depuis … 1920 ?
    Le « hollandisme » n’est qu’un avatar de ce principe historiquement vérifié.
    Souviens toi de la vase de Weimar.

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