Il va bien falloir se rendre à l’évidence : les grands pays européens ne survivent que grâce à leurs retraités. C’est le cas en France que l’on compare à l’Allemagne où tout serait exceptionnellement parfait quand on ne regarde que la seule rentabilité économique. Ainsi le taux de pauvreté dans notre pays chez les retraités est de 8 % (13,9 % pour l’ensemble de la population) contre 14,7 % pour les plus de 65 ans en Allemagne. Enfin, selon une étude précise en France en 2012, le montant des pensions de droits directs tous régimes confondus était de 1 598 euros pour les hommes de plus de 65 ans, 811 euros pour les femmes, soit 1 250 euros en moyenne. Et en Allemagne, les données sont 1 599 euros pour les hommes, 643 euros pour les femmes et 1 071 euros en moyenne… Or on présente la politique allemande comme protectrice de ses « anciens » qui ont un niveau de vie confortable avec une épargne exceptionnelle. En fait la réalité est très différente.

Entre 1970 et 1973 en monnaie constante le revenu moyen des 60-69 ans a progressé en France de 152 % et celui des 70-79 ans de 142 % selon le travail effectué par un économiste du conseil général de l’environnement et du développement durable. C’est ainsi que l’on peut assurer que des pans entier de la croissance. Ce sont eux qui répondent majoritairement à la politique de l’offre et qui souvent participent à la création d’emplois notamment dans le domaine des services à la personne. Il est important de mesurer leur impact sur « l’aide » apporté aux plus jeunes (enfants et petits-enfants) dans la vie quotidienne à travers la prise en charge souvent des enfants hors temps scolaire, des soutiens financiers réguliers pour les études par exemple. Les crédits remboursés en une période d’inflation laissent une part de pouvoir d’achat acceptable pour celles et ceux qui ont eu des parcours professionnels salariés dans des secteurs alors en plein boum ! Plus fréquemment définitivement propriétaires de leur résidence principale, et donc « immunisées contre les hausses des prix d’achat et des loyers », elles sont « les gagnantes de l’envolée du prix des logements depuis 2000 »: elles ont vu leur patrimoine augmenter et vivent plus longtemps.

L’autre constat plus inquiétant c’est que sur la même période le revenu moyen des jeunes de 20 à 29 ans n’a augmenté que de 3 % ce qui devrait interpellé les gens qui condamnent par avance et sans vraiment une analyse objective le revenu universel d’existence proposé par Benoît Hamon. Dans un contexte où le logement, la nourriture, les objets manufacturés ou les services ont largement dépassé ce pourcentage. Faute de soutien familial fort ils ne peuvent accéder aux éléments constitutifs d’une vie acceptable pour leurs études ou dans des situations de précarité liées au marché actuel du travail. Les jeunes se sont ainsi paupérisés comparé aux retraités, du fait notamment de l’augmentation des retraites et de la montée du chômage, « qui ne touche pas les retraités », épargnés aussi par « la concurrence des pays à bas salaires », souligne l’étude. Ils se sont également appauvris par rapport à la moyenne de la population française, en raison de différents facteurs : départ plus fréquent du foyer parental avant un emploi stable, allongement des études et mise en couple -permettant de cumuler deux revenus- plus tardive.

Ils ont beaucoup de mal à trouver leur place dans le système actuel puisque, par exemple, ils « bénéficient de moins en moins de HLM depuis 20 ans »: seuls 16% des 20-25 ans habitent en HLM en 2011 contre 25% en 1995, explique l’économiste du CGEDD. Car « la garantie de maintien dans les lieux joue contre eux et les occupants actuels des HLM en sortent moins souvent pour accéder à la propriété »... faute de possibilités d’accession à la propriété (raréfaction du foncier et incertitudes professionnelles) et les »primo-accédants, ils ont été les perdants de l’envolée du prix des logements ». Ils héritent de plus en plus tard (vers 55 ans ) et de moins en moins souvent en raison de l’entrée de leurs ascendants en EHPAD très coûteux nécessitant la vente des biens. Ils devront en plus supporter la dette globale du pays (dette des manages pour l’acquisition de maisons à vingt ou 30 ans ou dette publique pour le financement des retraites actuelles).

Ainsi, « à objectif constant, le coût d’une politique sociale ciblée sur une population dont l’effectif ne diminue pas et qui se paupérise ne peut qu’augmenter », observe l’économiste, « a fortiori si l’on veut réduire les disparités ». Dans ce débat où il faudra vraiment de gré ou de force une politique intergénérationnelle plus solidaire. Or on parle d’augmentation du temps de travail, de décalage de l’âge du départ à la retraite (65 ? 70 ans?), de réduction de la contribution individuelle aux nécessités de la vie collective, de la suppression de la sécurité sociale… et on refuse d’envisager des mesures progressives de sécurisation des parcours de vie au prétexte que nous détruirions la « valeur travail » qui n’existera plus dans une décennie ! Les jeunes d’aujourd’hui seront les retraités malheureux de demain. Regardons les origines sociales des votes FN…pour imaginer le chemin à parcourir sur le chemin de la solidarité !