Je rentre de l’Allier l’un des départements français sur lequel la déprise démographique est constante depuis quelques années. En une quarante ans il a perdu plus de 35 000 habitants (-10 %) mais surtout les prévisions sont extrêmement pessimistes puisque si la baisse peut se limiter dans 10 ans à -2 % de la population globale elle pourrait être à deux chiffres pour les actifs ce qui entraînerait une hausse considérable du pourcentage de personnes âgées ! La plupart des bourgs sont désormais dénués de tous services et de tous commerces de proximité condamnant bien des habitants à l’isolement avec ses conséquences désastreuses. la situation est très critique… Le débat auquel j’ai participé ainsi que les visites que j’ai pu effectuer préfigurent vraiment une France inégalitaire dramatique. Ce département très à gauche durant des années a basculé à droite et il est certain que la « société Le Pen » finira par y faire des scores supérieurs à 25 % alors que les thèmes faisant son fonds de commerce n’ont aucun sens ! On sent bien la détresse des élus locaux qui désormais se retrouvent dans l’immense conglomérat de la région Rhône-Alpes-Auvergne, qui ont vu les intercommunalités s’étendre sur des territoires démentiels rendant impossible des projets communs réels et qui ne possèdent plus de recettes financières pour assurer la vie locale !

La promesse de l’égalité des territoires formulée en début de quinquennat sera vite effacée sous l’effet d’une réforme territoriale privilégiant les grands ensembles : grandes intercos, grandes régions, grandes métropoles et demain grands départements (si ce n’est disparition!). Le tout après des années de réorganisations territoriales (RGPP puis MAP) douloureuses, en particulier pour les villes moyennes. « On constate très peu de discrimination positive en faveur des territoires ruraux. On a plutôt de la discrimination négative », a souligné lors d’une récente réunion le président du Mouvement européen de la ruralité. Selon lui, « la réforme territoriale apporte des signaux inquiétants. On privilégie les masses critiques et pas les mises en réseau ». Pour ma part je l’ai toujours écrit et j’ai politiquement combattu ces textes destinés à satisfaire la commission européenne. La disparition des cellules de proximité que sont les communes générera une crise très rapide du monde rural ! C’est certains après ce que j’ai vu et entendu : c’est une certitude ! On en arrive par exemple dans certaines communes de l’Allier a offrir le terrain à bâtir sur des lotissements pour attirer péniblement une ou deux familles alors que des immeubles sont en ruines dans les bourgs ! C’est pourtant là que ce trouve la solution !

Des nouvelles données de l’Insee permettent de classer les territoires en fonction de leur densité. Il apparaît ainsi que les métropoles concentrent 35% de la population et 36% des emplois, les villes moyennes 29% de la population et 27% de l’emploi. Les communes peu denses représentent, elles, 31% de la population et 32% des actifs occupés. Enfin, les communes très peu denses, c’est-à-dire le rural profond, représentent 4% de la population pour 4% des emplois. Leur poids n’a donc absolument aucune importance dans le contexte européen actuel. L’espoir vient cependant de nouvelles tendances et d’une mutation sociologique forte. Il semble que la formule « maison, gazon, télévision » qui a régi la société ces dernières années ait du plomb dans l’aile mais que de nouvelles formes de vie sociale sont en passe d’apparaître remettant en cause les constats effectués par Or ce monde « rural ou péri-urbain » qui a été étudié par le géographe Christophe Guilluy dans la France périphérique a encore bien des ressources. Il concentre 64% de la population pour 63% des emplois !

La lente diminution de l’industrie et des grandes structures économiques font que contrairement aux certitudes répandues dans le milieu politique, ce ne sont pas les cœurs métropolitains français qui assurent la croissance de l’emploi depuis une quinzaine d’années mais bien le reste du territoire. Le tertiaire est en progression dans le rural, du fait  du vieillissement de la population et de l’économie résidentielle souvent portée par des TPE ou des indépendants. Si l’industrie n’occupe toujours que 2 emplois sur dix dans le rural il reste devant un secteur agricole mécanisé qui ne porte plus qu’un emploi sur dix ! Les propositions faites par les candidats de la gauche sur la transformation des méthodes de culture permettant d’aller vers une agriculture raisonnée ou biologique ne sont absolument pas utopiques sauf que les vastes propriétés « industrialisées » soutenues par la FNSEA vont à l’encontre de cette thèse et les élus locaux en sont issus !

En Gironde on a pris le chemin d’une urbanisation forcenée de la Métropole (1) ce qui conduira vite à la saturation et pas nécessairement à l’amélioration d’une qualité de vie déjà médiocre. Si l’on arrive dans la prochaine décennie à régler le problème de la mobilité sur le territoire girondin (une avancé décisive avait été TransGironde) la « métropolisation » atteindra vite ses limites. Les territoires ruraux offrent bien des avantages : meilleur cadre de vie, foncier disponible, immobilier moins cher , qualité des équipements mais il reste un défi : le déploiement du numérique, le maintien d’une offre de formation de qualité et la transmission des activités économiques de proximité. La récente réforme fait que la région a repris ces thèmes : elle aura une responsabilité décisive pour le sauvetage des équilibres territoriaux !

Pour renforcer leur attractivité, des collectivités se tournent vers le très haut débit et certaines anticipent en créant des « tiers-lieux » essentiels pour la redynamisation de leur territoire. Mais le rural peut aussi devenir demain la zone d’élection des télétravailleurs venus chercher un meilleur cadre de vie et il devrait être en première ligne du développement. L’égoïsme disparaît chez les jeunes générations et elles sont prêtes à inventer des formes inédites de coopération et de partage pour aller vers une autre forme de vie sociale et familiale. De nouveaux citoyen(ne)s arrivent dans les campagnes. Le revenu universel d’existence pouvait constituer pour ces jeunes un atout décisif pour les inciter à imaginer, à créer, à relancer la ruralité ! Tout le monde rural n’en a pas conscience et continue à se lamenter sur son sort quand il lui faudrait être force permanente de proposition!

(1) Macron a scellé le sort du conseil département de la Gironde en annonçant la métropolisation de son territoire… ce qui bien évidemment a été masqué par ses élus supporters !

5 Réponses

  1. bernadette

    Monsieur Darmian bonjour,

    Le renouvellement de l’urbanisation doit tenir compte de ceux qui ont eu la possibilité de construire et qui sont heureux et puis il y les autres qui n’ont pas eu la chance de classer leur terrain en zone constructible. Que l’égalité des territoires soit tout le monde n’est pas dans un processus égalitaire. C’Est grave, profondément dévastateur chez les familles rurales. La déclinaison de ce système entraîne une inegalite où il est demandé aux élus d’agir différemment. Ce sont eux les complotistes du système antidémocratique.

    Salutations republicaines

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  2. bernadette

    Au début du siècle le service d’études de la Fnsea estimait que globalement tous les 10 ans disparaissait la valeur d’un département en terre. Rien d’autres comme justification. Si j’étais élue, je calculerai la part des propriétaires servis par l’urbanisation. Il n’y a rien de tout cela.

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  3. Christian Coulais

    Relancer la polyculture en Gironde, voilà un vrai défi !
    Conserver les terres agricoles pour une agriculture vivrière de proximité, comme il y a encore 30 ans.
    A Cénac, poireaux et tomates de plein champ poussaient non loin des vignobles. Brebis, vaches étaient encore présentes aussi.
    Aujourd’hui ce sont des friches végétales dans l’attente d’un modification du PLU en terrain constructible. Comme dans les communes environnantes, les chevaux ou les ânes ont remplacé les veaux, vaches, cochons…
    Du bâti ancien est abandonné, alors qu’à 100 m des maisons lotissement poussent sur 250 m² de terrain agricole.
    Et pourtant, comme l’eau et l’air, la nourriture de proximité est, sera encore plus primordiale demain.
    Alors oui, le monde rurale a encore de beaux jours devant lui, si la spéculation est interdite, si le travail manuel est valorisé, si le pouvoir d’achat est augmenté afin d’acheté local, et bio !
    Le m² devrait valoir 200 en zone naturelle, 100 en terre agricole, 30 en terrain constructible, 5 en terrain industriel, et non pas l’inverse !

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    • bernadette

      @Christian Coulais

      La polyculture c’était dans les années 70.
      Il aurait été opportun de mettre le prix des terres agricoles à la hauteur des terrains constructibles. Ces PLU si rien est fait pour trouver une entente entre les différents zonages, ça va être la guerre….
      M. Coulais, des terrains en friche pour faire du maraîchage existent, mais il faut un point d’eau.

      Tous les exploitants agricoles qu’ils soient viticulteurs, maraîchers etc… sont des écologistes, attention à ne pas trop stigmatiser sur le qualificatif « écologiste »

      Salutations

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    • bernadette

      M. Coulais,
      Votre conclusion n’est pas realists.
      Ce que vous proposez est impossible.
      Le bio et le local sont issus de cashier des charges. Ce n’est pas la Terre ou la zone qui sont naturelles mais le produit issu et cultive sur
      Ces terres.
      Ce que je parle est du favoritisme.

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