Dans les dernières heures de la campagne des présidentielles la pression va reposer sur la victoire possible au premier tour de Marine Le Pen. Elle va monter surtout en faveur de la « grande surface « où on trouve tout » ( chez Emmanuel ) qui doit absolument bénéficier du vote « utile ». En ajoutant la menace d’une opposition entre les deux supporters de Poutine et de El Assad on arrivera bien à persuader les hésitants que le salut passe par un vote de centre gauche pour Emmanuel Macron et pour François Fillon par celui des apeurés du populisme prolétaire lepéniste. Or il n’y aura jamais eu de combat réel contre le FN pusique qu’il n’y a pas eu une vraie opposition frontale sur les valeurs…républicaines. Depuis des années les opposants se contentent de faire « peur », de brandir le danger de l’arrivée de l’extrême-droite, de dénoncer des errements individuels identiques dans tous les partis, de parler du passé quand il serait indispensable de lutter par l’éducation, la raison, la conviction, la clarté contre des idées simplistes !

La Gauche a sa part de responsabilité dans la situation présente car elle a construit de stratégies reposant largement sur les bons sentiments mais pas suffisamment sur des argumentations solides ou des propositions concrètes fiables. Abandonnant le terrain de la laïcité (le système éducatif actuel n’ose même plus en appliquer le principe), délaissant la vie associative de partage, détruisant le seul patrimoine des couches populaires qu’étaient les services publics, en prêtant le flanc aux critiques sur l’exemplarité, en trahissant parfois son électorat, en laissant le parisianisme imposer sa loi elle a instillé l’idée qu’il ne fallait plus avoir confiance dans la fraternité, l’équité, la proximité et la liberté. La montée de l’idéal républicain porté par le socialisme s’est éteint avec la disparition du réseau citoyen que représentait les « hussards noirs de la République » ou leurs « successeurs » exterminés par la suppression des écoles normales. Par leur engagement pédagogique, citoyen, syndical, mutualiste, politique ils ont entretenu le débat et plus encore un état d’esprit au plus près du terrain. Partout pare xemple où les amicales laïques ont disparu le communautarisme religieux de tous poils et de tous bords a grandi et comblé le vide provoquant des replis de défiance ! La disparition des clubs sportifs de village, des fêtes locales, des moments de partage dans les quartiers méprisés par un intellectualisme grandissant a causé la perte des repères du vivre ensemble. Tant que l’école a pu refermer les plaies de l’inégalité par les activités périsoclaires, l’ascenseur social mu par la reconnaissance du mérite on a masqué le décrochage des valeurs de gauche dans ses bastions historiques.

Les programmes des présidentiables à l’exclusion de ceux de Mélenchon et Hamon se contentent de reproduire sans cesse des cataplasmes techniques sur des jambes de bois idéologiques… Il n’y a plus de vision à moyen ou à long terme permettant au peuple d’espérer des lendemains qui chantent. Il se détourne donc logiquement de ce qui lui paraît des promesses matérielles immédiates jamais tenues. Sans faire rêver la politique nécessite une prise de hauteur bien différente des querelles de boutiquiers qui traversent actuellement les partis devenus de véritables coquilles vides. C’est la tendance du moment : après la « communication » on est entré dans le « marketing » ! Les consommateurs étant plus nombreux que les citoyens c’est plus rentable ! On vend des « produits » et plus des « idées »!

La lutte contre la peste FN ne sera pas menée dans les prochaines semaines par un Emmanuel Macron qui va encore éloigner le pouvoir des réalités du quotidien qu’il ne connaît pas ! Jean-Luc Mélenchon se gave de mots sans pour autant panser les maux qui se profilent demain. Il a construit son mouvement sur la « révolte » qu’il a canalisée vers des cibles (Europe, finance, président sortant, intégrisme, OTAN, constitution…) pouvant être confondues avec celles de Le Pen nouvelle formule. Quant à la Droite forte elle est devenue inaudible sauf dans les élites réactionnaires qui sont sorties de leurs réserves où les avaient abandonné moralement un Nicolas Sarkozy obsédé par la nouvelle classe privilégiée du fric facile. Les communicants du FN ont pour leur part délibérément abandonné ce créneau en refusant d’aller sur les manifestations considérées comme déconnectées du « peuple » de Sens Commun.

Quel que soit le score de Marine il laissera des traces pour l’échéance suivante des législatives où c’est certain les arguments seront plus traditionnels : immigration, impôts, sécurité, solidarité… Quel sera le programme porté par la Gauche sur ces sujets quand il n’y a aucune cohésion nationale, quand les accords portent sur des nombres de candidatures et pas sur les contenus. Il risque d’y avoir autant de positions affichées que de postulants au Palais Bourbon. Si l’on ne revient pas d’urgence aux fondamentaux républicains, si on ménage la chèvre libérale et le chou de la régulation étatique, si on renonce au corps à corps sur les valeurs la désillusion sera supérieure à celle du soir d’un premier tour des présidentielles marqué par la confusion idéologique totale. C’est la tendance du moment : après la « communication » on est entré dans le « marketing » ! Les consommateurs étant plus nombreux que les citoyens c’est plus rentable !