La campagne des présidentielles touche à sa fin. Le second tour peut-être joué dès dimanche soir. Tout aura été fait pour qu’il n’y ait aucun débat de fond car c’était trop dangereux. Imaginons un instant que les citoyens s’emparent des programmes plutôt que des affaires en tous genres. Car dans le fond le personnage le plus célèbre de ces dernières semaines aura été Pénélope ; l’innovation la plus performante a été celle de l’hologramme ; les meilleurs membres du who’s who politique tous azimuts ont été collationnés ; les Judas ou les Ganelon ont retrouvé leur rôle ; un débat ressemblant à un catalogue de vente par correspondance a été organisé ; une immunisée non ouvrière a inventé l’assistanat parlementaire européen; on s’est offert au comptoir un berger blanc détonnant; les réseaux sociaux ont été repus d’insultes, de fausses informations et de mélées ouvertes entre partenaires… et tant d’autres faits réputés capitaux ont influé sur le résultat d’une élection devant décider des orientations pouvant redonner espoir à tout un pays. En fait cette balade en campagne a plutôt éloigné les inscrit(e)s du chemin vers les urnes que de les avoir passionnés. On constatera dans un peu plus de 48 heures que le pire ennemi de la démocratie c’est purement et simplement l’indifférence. Un Français sur trois n’ira pas voté et un autre tiers qui ira voter ne sait pas encore pour qui il ira voter ! 

Il est vrais qu’il n’y a eu guère eu de moments positifs dans ces quelques semaines. En fait la confiance dans le système démocratique a été sapée et altérée encore plus profondément.qu’elle ne l’était antérieurement. Les séquelles ne sont pas prêtes de s’effacer et les années qui vont suivre risquent d’être douloureuses… qui que ce soit qui prenne le chemin de l’Elysée. Quand en plus la peur des attentats instille les comportements, quand l’angoisse de l’insécurité sociale envahit le quotidien, quand l’échec est devenu le mal rongeant la jeunesse il ne faut espérer autre chose que de l’irrationnel ou du désespoir transformé en votes. Comme le veut la tradition tout le monde aura gagné dans cette guerre des croyances en des femmes ou des hommes providentiels. Si le résultat n’est pas à la hauteur du résultat escompté il suffira de pratiquer le sport favori en France : «  c’est de la faute des autres ». Il y aura aussi de la méthode Jospin dans l’air avec des gens abandonnant la politique avant que leurs amis qui ne leur veulent plus que du bien les mettent dehors. On en abandonnera comme ces objets usagés qui ne plaisient plus. D’ici à ce que l’on en retrouve pour 2022 sur le Bon Coin ! 

Les règlements de comptes de campagne ne seront pas seulement effectués par les mandataires financiers. Ils vont occuper une bonne partie de l’entre deux tours dans la perspective de la prochaine échéance. Sans être des tontons les « flingueurs » seront de sortie et ça va selon une formule célèbre qu’Audiard prête à Raoul Vofoni alias Bernard Blier : «  Je vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins de Paris qu’on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. Moi, quand on m’en fait trop, je correctionne plus : je dynamite, je disperse, je ventile ! ». Les partis du troisième, du quatrième ou du cinquième vont vite exploser face aux nécessités financières des prochains mois. Les radeaux de la Méduse flotteront sur l’océan des réalités… sans qu’aucun capitaine ne soit responsable du naufrage. C’est ainsi depuis que les soirées électorales existent et que les télévisions se régalent des empoignades entre ex-alliés ou entre porte paroles de bois.

Les présidentielles 2017 resteront dans l’Histoire comme celles qui auront été les plus indigentes politiquement. Toutes les tentatives faites par Hamon ou Mélenchon pour donner du contenu au débat se sont diluées dans la confusion générale du prêt à porter idéologique ou les sables mouvants approximations attrape-tout. C’est d’ailleurs le choix qui attend probablement au second tour… sauf si la peur conduit à une mobilisation inattendue. En fait je crains que la suite ressemble à ce dialogue extrait du fabuleux film « Le Président » avec Jean Gabin :  « Un ministre : Je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas confiance à des financiers en matière de finances….
Antoine Monteil, ministre des finances : L’ennui, c’est que leur intérêt ne coïncide pratiquement jamais avec ceux du pays.
Un ministre : Qu’est ce que cela prouve ?
Le président Beaufort : Cela prouve qu’un homme intelligent peut dire des bêtises ! »

Et en l’occurrence il ne faudra pas longtemps pour s’en apercevoir. Mais ce que j’en dis n’a guère d’importance… puisque je suis certain de ne pas être dans le camp de ceux qui auront gagné et dans le fond ça me rappellera une tribune libre que m’avez demandé Sud-Ouest en avril… 2002 après le désastre ! Elle s’intitulait « revenir aux fondamentaux »… et elle a été inévitablement oubliée ! Le silence politicien s’installe jusqu’à dimanche soir ! C’est mieux ! Il est remplacé par le sang, les larmes et le crime…