La composition d’un gouvernement a bien des points communs avec une émission télévisée du genre Top-Chef puisqu’il faut sur la base d’une demande faite par un maître de confectionner un plat de la meilleure qualité possible. Les ingrédients, le tour de main, la vitesse d’exécution, la présentation ont la même importance. Bien entendu il y a les tenants de la « cuisine  traditionnelle » et ceux de la « cuisine moderne » avec à l’arrivée forcément des appréciations fort différentes des membres du jury populaire. Il y a celles et ceux qui adorent les mélanges « sucré-salé », ceux qui préfèrent le « pimenté », le « nature », le « fade »… bref un gouvernement traduit simplement la tendance de celui qui est aux fourneaux mais surtout quelle clientèle il souhaite intéresser. Le chef « Macron » a donc patiemment concocté son menu d’ouverture avec une certaine habileté. Ne pas le reconnaître c’est vraiment manquer de lucidité. Il a tenu ses promesses sur le dosage en prenant à la fois des produits traditionnels et novateurs, en osant une parité parfaite, en proposant des talents venus d’ailleurs et en recherchant un assemblage cohérent car très resserré. Il reste à voir comment le grand public va apprécier cette nouvelle « carte » ! Et pour ça rien ne vaut le marketing !

Il va falloir s’y habituer : les partis pris habituels n’existent donc plus depuis ce jour où la maison « Emmanuel et Édouard » a décidé de mixer tous les stocks existants. C’est une nouvelle donne qui a tendance à plaire à ceux qui rêvent depuis des décennies d’une « unité nationale » réputée indispensable en situation difficile. En fait la technique de la fabrication du « pâté de campagne » qui est probablement la plus difficile qu’il soit…et là chapeau bas la marque « Macron » a réussi sa première production. Pou obtenir ce résultat il était indispensable de réaliser un mélange mieux dosé que ceux qui existent ou ont existé avec une bonne dose d’audace dans les condiments.

En décidant Nicolas Hulot à faire une entrée royale dans le royaume des femmes et des hommes verts il a singulièrement mis à mal le mouvement écologiste qui aura désormais bien du mal à exister.

Comment désormais constituer ce fameux parti « socialo-écolo » quand le « pape » ou le « gourou » médiatique prend le commandement de la transition réclamée à corps et à cris par les Hamonistes et Jadauistes ? C’est incontestablement le coup le meilleur que celui de mettre le plus populaire des défenseurs de la planète en ingrédient de base dans son premier pâté de campagne ! Il reste à connaître la résistance à l’épreuve de la cuisson du pouvoir de ce produit de grand luxe ! En attendant durant le mois qui vient il va singulièrement peser sur le marché très ouvert des législatives. La coopérative « En marche » va vite mettre en vitrine les produits dérivés de Saint Nicolas et EE-LV va devenir quelque peu inutile sur les étagères !

Les Républicains avaient une grande spécialité : l’économie et la chasse aux fonctionnaires ! De ces deux créneaux le premier a été concédé à l’un des candidats à la primaire avec toutes les succursales. Quant au second la solution a vite été trouvée : suppression du ministère de la fonction publique qui disparaît ainsi du vocabulaire. On est dans le symbole mais c’est fort car les discussions seront désormais inscrites uniquement dans le cadre des finances publiques. On traitera à Bercy les restrictions budgétaires qui devront générer les effets secondaires que les élus locaux, départementaux ou régionaux devront assumer. On va avoir bien du mal durant la campagne d’expliquer que le nouveau ministre des finances va appliquer une autre politique que celle qu’ils réclament dans leurs programmes. Ils ne pourront qu’approuver ou voter « En marche » les yeux fermés puisque Lemaire était encore plus anti-fonctionnaires que… Fillon ! D’ailleurs pour ce dernier la nomination à la justice de Bayrou risque bien de calmer bien des ardeurs belliqueuses Le pâté de campagne « Macron » a donc été conçu comme un produit d’appel pour conserver les acheteurs les plus motivés et possédant un bon pouvoir d’achat.

Pour les socialistes l’approche a été différente : cristalliser l’éclatement et favoriser le combat des Insoumis qui vont vite apparaître comme les seuls véritables opposants à un gouvernement un plus à droite qu’au centre ! La division va se renforcer…dotant que les uns sont préservés et que les autres ont la pression ! Personne n’a été épargné et il n’y a plus aucune alternative : on est pour Macron et on accepte le changement de paradigme ou on le refuse et on passe pour un ringard. Dans les débats (sans Pujadas ça va être triste!) les représentants des partis auront du mal à critiquer les propositions d’un gouvernement qui ressemble à l’arc-en-ciel et qui donc va s’appuyer sur une opinion dominante provisoirement satisfaite ! L’application des méthodes de l’étude de marché appliquées à la politique permettent vraiment d’accréditer le changement. Il reste à ne pas décevoir la clientèle et à ne pas trop chercher les cornichons !