Oui c’est vrai, j’avais des posters de footballeurs sur les murs de la grande chambre que j’occupais avec mon frère au-dessus de la salle du conseil municipal de la mairie de Sadirac. Ils étaient rares car il me fallait avoir les ressources nécessaires pour acheter les magazines qui les plaçaient dans leurs doubles pages centrales. La sélection était donc sévère. Animé par une envie permanente de jouer au foot quand il n’y avait aucune équipe de jeunes sur Créon, privé d’une télévision encore rare, je ne classifiais mes idoles que sur la base des articles de Sud-Ouest et des commentaires des radios. J’avais donc jeté mon dévolu sur un trio… lyonnais encore peu connu pour diverses raisons : Fleury Di Nallo, Serge Chiesa, Bernard lacombe ! La frustration qui était la mienne de ne pouvoir faire trembler des filets avec un maillot distinctif sur le dos, se nourrissait donc des exploits de de deux lutins et d’un redoutable « tueur » d’espoirs des adversaires ! J’ai rêvé maintes fois de jouer à leurs cotés, de pouvoir tutoyer leur gloire et surtout d’être reconnu par eux comme l’un des leurs. Il m’aura fallu attendre plus d’un demi-siècle pour avoir l’opportunité d’échanger avec Fleury Di Nallo de quatre ans mon aîné, grâce à Bernard Lacombe. J’avais formulé, à celui qui est à vie dirigeant de l’Olympique lyonnais, le vœu de pourvoir un jour raconter le « Petit Prince de Gerland » en lui expliquant combien il m’avait rendu envieux et heureux pas son talent et sa classe ! Hier matin le moment était venu…

« Allo, Jean-Marie. Comment vas-tu depuis samedi ? Devine avec qui je suis ? Je bois un café avec Fleury… Tu veux lui parler ?.. Je te le passe !… » Pas le temps de réagir ! Pas le temps de réaliser ! Mon adolescence revient ! Je revois le poster avec celui qui volait sur la pelouse, qui ridiculisait les colosses aux pieds agiles, qui frappait plus vite que l’éclair. Je peux dialoguer avec lui… et je ne sais pas trop quoi lui dire ! Un constat s’impose : il vaut mieux affronter le présent que revenir sur sa naïveté du passé !

« Bonjour Fleury. Je voulais simplement vous dire que je vous ai beaucoup admiré et que vous avez enchanté ma jeunesse… » Peu brillant ! Banal ! J’ai honte ! Je suis un gamin ! Mais je suis redevenu un ado stressé-

     – Merci ! La voix est rocailleuse, rauque même ! Je sais par celui qui lui tient compagnie qu’il a été opéré il y a quelques temps d’un cancer de la gorge ! Il fumait ce qui maintenant serait inconcevable ! Il est aussi gauche que moi !

Vous n’avez pas eu la carrière que vous méritiez… en particulier au niveau international ! Mais quel beau joueur vous avez été. Je vous promets ! J’avais une passion pour vous… Vous m’avez enchanté

     – Peut-être. Je ne peux pas dire… c’était une autre époque .

     -Vous avez marqué 222 buts sous le maillot lyonnais… je n’en connais pas beaucoup qui l’ont fait pour leur club –       –Oui c’est vrai ? Je ne pense pas sincèrement que l’on batte facilement mon total. Il faudrait y ajouter ceux de Bernard! » ajoute-t-il en riant et en redonnaNt le téléphone à « Nanard ». Ah ! Lacombe, celui qui ne renonce jamais à ses amitiés quel qu’en soit le prix, quelle belle personne. Il a partagé le vestiaire avec Fleury et plus jamais il ne l’a abandonné même quand tout le monde lui tournait le dos. Il tient parole… et n’oublie pas lui-aussi d’où il vient ! Le camarade parfait soupe au lait et inquiet mais toujours là !

Je comprends qu’à 74 ans Fleury ne souhaite pas trop que l’on revienne sur une période peuplée de regrets. Pour lui aucune fortune amassée, aucune gloire glanée sous le maillot des Bleus et l’obligation d’attendre que son ami Bernard lui donne une invitation pour qu’il puisse assister aux matchs de son club de cœur. Le « Prince » ne roule pas sur l’or… et a plongé pour des fautes lui ayant valu un carton rouge judiciaire. Une splendide carrière sans véritable suite heureuse. Pas plus que celle de l’insaisissable Serge Chiesa !

Bernard, Fleury et Serge ce trio de Mousquetaires intenables a en effet symbolisé l’Olympique Lyonnais des années 70. Le dernier rejoint rarement à Lyon ses deux compères depuis Riom, dans le Puy-de-Dôme, où il tient désormais un tabac-presse-loto. La triplette offensive évoque très peu souvent l’épopée de la Coupe de France 1973, les adieux du « Petit prince » Di Nallo à Gerland en 1974 ou les performances actuelles instables des … enfants gâtés de ce Lyon de millionnaires du ballon rond ! En fait le trio des posters de ma chambre a eu des destins biens différents. Di Nallo a été derrière les barreaux… et Chiesa après avoir manqué son rendez-vous avec une notoriété méritée n’a jamais trouvé sa voie.

Bernard ne peut s’empêcher de revenir ce 13 novembre 1974 quand il évoque la carrière de celui qu’il place dans les 5 meilleurs footballeurs (1) avec qui il ait joué : Serge Chiesa. « Nous étions dans notre chambre pour le début du stage de l’équipe de France avant un match décisif pour le championnat d’Europe contre la RDA. Il était assis silencieux sur son lit et tout à coup il m’a annoncé : « je rentre à la maison ! Je ne supporte plus les stages. Je vais retrouver ma femme et mes enfants.. Je ne veux plus venir en équipe de France » ». L’annonce est brutale mais Lacombe le sait, celui qui est l’une des valeurs sûres du football français ne reviendra pas en arrière. Il tente de le raisonner : impossible. Il fait tout pour éviter qu’il aille l’annoncer au sélectionneur : inutile « Je me souviens que François Bracci qui le dominait de la tête et des épaules l’a pris par les épaules et l’a promené dans le parc pour le convaincre. C’était risible de les voir tous deux si proches alors que, lors des Marseille-Lyon Bracci ne lui faisait aucun cadeau. On a fait venir le président Sastre qui a joué sur la fibre « pied-noir ». Rien n’y a fait ! Pas plus que les menaces de sanctions. Il est rentré chez lui et on ne l’a jamais revu chez les Bleus. Il a écopé de 5 000 francs d’amende et 3 matches de suspension… alors qu’il pouvait tellement nous apporter ! » Chiesa a enchanté son jardin de Gerlant mais a perdu ses chances de faire une carrière hors de France!  Bernard a par contre poursuivi sa carrière sous le maillot frappé du coq avec le succès que l’on sait mais il a toujours un doute sur ce qu’aurait été l’équipe de France si Serge n’avait pas tant aimé le nid douillet de sa famille !

Peu importe Fleury Di Nallo, Serge Chiesa et Bernard Lacombe sont encore en posters dans la chambre de mes souvenirs et j’ai rajeuni !

Une réponse

  1. jojo33420

    Cher Jean Marie,
    quel article sur des phénomènes tels ce trio, vous êtes un autre artiste.
    Je vous jalouse tant j’aurais aimé à votre place, même au téléphone. Moi aussi, les lutins me fascinaient par leurs vivacités, leurs dribles et la précision de leurs passes et le foot que j’aurais rêvé pratiquer.
    Je ne peux vous caché plus longtemps le plaisir d’avoir était invité par l’OL il y a une trentaine d’années (j’ai été l’organisateur et initiateur du foot à 5 en salle……………).
    Mais comme un enfant, comme vous d’ailleurs, j’ai eu des frissons dans la salle des trophées à Gerland avec mes idoles. Certes, en gravure, mais insolite pour notre génération. (Noir et Blanc pour beaucoup).
    Merci pour le souvenir que vous me refaites vivre.
    Et oui, le foot ball est un vecteur riche . Le sport amateur
    en général.
    Bien à vous

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.