Le rugby professionnel français est en piteux état. Les leçons (au minimum) ou les raclées (au maximum) reçues en Afrique du Sud en attestent et commencent à réveiller le monde de l’Ovalie. Il serait présomptueux de prétendre que cette descente aux enfers des réalités d’un sport emblématique de l’esprit français pouvait être prévue. Et pourtant. Les racines de ces échecs sont ancrées dans la société hexagonale et surtout dans l’organisation d’un sport qui comme tous les autres est écartelé entre son élite professionnelle et sa base confronté aux pires difficultés. Le salut a toujours été présenté comme relevant de 14 grands clubs plus ou moins riches mais dont la solidité dépend, comme tant tous les autres sports corrompus par les accords télévisés, d’investisseurs privés plutôt plus que moins connaisseurs en rugby ! Il est impossible désormais de tenir au plus haut niveau sans bénéficier de subsides de Canal + et surtout d’entrepreneurs soucieux surtout de cultiver une image de marque. La surenchère a vite gagné ce monde qui n’avait pas le recul du football par rapport au monde du fric.

Recrutement massif de joueurs étrangers avec des salaires supérieurs à ceux donnés aux Français ; recours à des entraîneurs venus d’ailleurs ; absence de montées vers les sommets de très jeunes vite relégués par la concurrence des « importés » vers les séries inférieures ont conduit inexorablement à un vrai affaiblissement de l’équipe nationale. Il faut y ajouter que les coaches venus d’ailleurs ont appliqué leurs principes de jeu à des générations non préparées à une forte mutation physique et tactique. Les « éducateurs » de base ont une toute autre culture que celle qui transparaît au niveau international.

Les effectifs des écoles de rugby sont en baisse, par exemple au sein du comité de Gironde dans toutes les catégories d’âge. L’image portée par un sport de plus en plus exigeant sur le plan physique avec des protocoles médicaux inquiétants freinent les parents. La concurrence très forte de nouvelles disciplines plus attractives pour les jeunes de morphologie « normale » prive aussi de l’adhésion de talents potentiels. Il faut y ajouter le fait vérifiable que très peu d’enseignantes, majoritaires dans l’éducation, ne font plus au sein de l’Usep cette sensibilisation qui existait il y a seulement deux décennies. Bien évidemment la génération actuelle reflète cette faiblesse inscrite dans la durée. D’ailleurs Laporte en convient : « Parce qu’on se targue d’avoir 450 000 licenciés depuis bien longtemps ; or, c’est faux. Il y en a 320 000. Ce n’est pas la même chose. Ensuite, on a une perte de 16 000 gamins à l’école de rugby depuis 2012. Ce n’est pas possible ! Cela veut dire qu’on a un manque de notoriété, un manque de proximité avec les scolaires ».

Les nécessités financières de survie des « grands » clubs ont également généré une inflation des compétitions pouvant rapporter des droits télévision. Le nombre des matches a été pointé du doigt mais il sera impossible comme dans tout le secteurs du sport professionnel de le réduire vraiment. La principe de contrats fédéraux privant les équipes du Top 14 de leurs meilleurs éléments français est à double tranchant puisqu’ils seront probablement remplacé par des joueurs de l’hémisphère sud beaucoup moins sollicités et ravis de venir s’offrir des « piges » en France. La solution passe par des « quotas » beaucoup plus stricts au sein des effectifs professionnels et l’obligation de faire figurer sur la feuille des matches à tous les niveaux de « jeunes » issus des centres de formation. « Il y a le physique, mais il y a aussi la technique, c’est pour cela que nous voulons à nouveau former nos éducateurs » explique le Président de la FFR ! Récemment l’un des responsables de la lutte antidopage me confiait que les cas positifs les plus nombreux étaient détectés dans le monde du rugby contrairement à bien des idées reçues. Bien qu’ayant été blanchi pour « raisons thérapeutiques »il faut se souvenir que lors de la finale du Top 14 entre le Rcaing et Toulon des traces de corticoïdes, puissants antidouleur, avaient été retrouvées dans les urines des trois joueurs, Dan Carter ainsi que ses deux coéquipiers, Joe Rokocoko et Juan Imhoff.

Dans certains clubs l’augmentation indispensable de la masse musculaire devient une obsession pour favoriser des affrontements façon bulldozers. Or on a pu constater lors des trois derniers tests disputés contre les Springboks que, l’agilité, la capacité d’échapper aux placages, l’adresse restaient des atouts décisifs sur un terrain de rugby. « On ne parle pas de musculation mais de vélocité et de vitesse.. » explique Bernard Laporte ! Ces valeurs ne sont pas incompatibles avec la puissance mais elles ne doivent pas disparaître à son profit. Le rugby hexagonal est globalement lent et laborieux. On s’ennuie ferme devant le jeu développé par les clubs et désormais par sa vitrine en bleu ! Il faudra une révolution pour changer la donne !

(Photo de titre André et Guy Boniface -une autre époque-)