Il devrait exister des cures de désintoxication à la politique comme il y en a pour toutes les addictions. La création d’une association d’aidants et de partage qui porterait fièrement le titre « des politiques anonymes » s’impose en cette période de « dégagisme ». Toutes celles et tous ceux qui le souhaitent, quelles que soient leurs origines, pourraient participer à des séances collectives durant lesquelles il leur serait possible de parler entre eux de ce séisme que produit un arrêt brusque de la consommation politicienne. Il va y avoir du boulot pour les spécialistes dans les prochaines semaines puisque des centaines d’élus nationaux ainsi que leurs accompagnateur(trice)s se retrouvent sevrés de cette véritable drogue dure qu’est la prise à dose massive d’un produit illicite : l’illusion du pouvoir. Certes beaucoup d’entre eux n’avaient qu’une période assez courte de cette dépendance quotidienne sous les ors de la république mais ils ont depuis aujourd’hui le sentiment profond d’un manque ! Surtout s’ils ont vu les images de la première réunion de l’Assemblée nationale ! Ils n’ont plus la griserie, l’ivresse, de mettre leur séant sur le velours pourpre des bancs du Palais Bourbon. Le cocon dans lequel ils évoluaient à leur rythme, avec des repères institutionnels de membres d’une élite républicaine depuis parfois des décennies, s’est brusquement (ou volontairement) brisé. Il arrive que certain(e)s soient dans un tel état de manque qu’ils ne parviennent même pas à accomplir les actes simples de la vie sociale qu’ils retrouvent contre leur gré. Il existait en effet autour d’eux des personnes payées pour leur éviter le moindre souci.

Réserver une place au restaurant, ; commander un taxi ; prendre un billet de train ou d’avion ; attendre chez le(la) coiffeur(se) ; planifier son emploi du temps ; payer au prix normal un repas ; acheter le journal ; faire les courses… Parfois depuis des décennies ils étaient vraiment assistés pour la grande majorité d’entre eux, pas seulement pour les idées mais pour les tâches de leur quotidien. Plus d’ailleurs l’élu(e) occupait depuis longtemps un poste important dans la hiérarchie politique et plus il a du mal à retrouver le sens des réalités. Qu’on le veuille ou non l’action publique contraint à un autre rythme, à une autre approche du temps et éloigne surtout des gens ordinaires. Si on n’y prend pas garde la souffrance est grande quand le vide s’ouvre devant vous. On sombre…

Plus de reconnaissance effective. Abandon par celles et ceux qui avaient promis la fidélité jusqu’à la dernière seconde. Oubli des souvenirs communs. Plus de ces attentions qui placent un(e) élu(e) au centre d’un petit monde dans lequel il peut être facilement le roi ou au moins le Prince. Des années de patience, de travail, de combat peuvent s’évanouir en quelques semaines. Trop nombreux sont celles et ceux qui ignorent qu’un mandat électif est un contrat à durée déterminée mais pas une « charge » acquise pour toujours. Il y a une vraie déception quand le seul patron qui est le suffrage universel vous prévient un dimanche soir que vous êtes dans un plan social en marche. On espère, on se persuade, on s’accroche à l’idée que l’on échappera au chômage ou aux soucis des gens ordinaires. Même si on les as connus on a tendance à trop vite les laisser derrière soi ! Et il en existe qui les ont jamais connus !

S’installer dans la certitude que le monde de la politique réserve un destin paradisiaque relève de l’utopie. Tout est bouleversé quoi que prétendent des donneurs de leçons ayant souvent fait le contraire de ce qu’ils professent. La famille en pâtit et surtout les enfants qui ne comprennent pas nécessairement des absences les privant de celle ou celui qui consacre du temps aux autres. Les vrai(e)s ami(e)s vous font remarquer que vous les oubliez ou, pire, que vous les snobez. Malgré une légitime fierté vos parents ne tardent pas à se plaindre de votre éloignement. Vos ennemi(e)s plus nombreux n’attaquent plus de front mais se spécialisent dans les pièges, les chausse-trappes, les traquenards.

Pour ma part j’ai toujours refusé de m’immerger dans ce microcosme pouvant faire tourner les têtes et perdre son identité. Jusqu’au bout j’ai maintenu mon activité professionnelle n’abandonnant même jamais ma passion pour le journalisme le week-end et l’écriture tous les soirs. J’ai abandonné mes mandats quand je le souhaitais : Communauté de communes en 2008 ; mairie (2014), suppléance du député (2017) sans aucun regret, sans aucune crainte, sans aucune nostalgie car je l’avais décidé et donc je l’assume sereinement. J’ai beaucoup appris. j’ai beaucoup donné. Je n’attends rien. J’ai occulté encore plus ce passé. Au contraire à chaque étape j’ai été soulagé. Je n’ai pas eu à retrouver mes repères d’antan car je m’étais évertué à ne jamais les perdre. Écrire, partager, découvrir, rester fidèle à des lieux, à des gens, à des manifestations, aux miens à toujours appartenu à mon monde de vie d’élu ou de citoyen… Il me suffit de continuer sur la lancée pour ne pas me sentir oublié ou esseulé. Bonne route à ces centaines de nouveaux qui entrent dans ce qui ne devrait jamais, vraiment jamais, être une carrière. Ils y entrent en marchant, en chantant, en souriant… pourvu que ça dure !